Statistiques ethniques : pratique nécessaire ou dérive raciste ?

Statistiques ethniques : pratique nécessaire ou dérive raciste ?

CONTROVERSE - François Fillon (Les Républicains) demande dimanche dans le JDD de "faire sauter le tabou" des statistiques ethniques pour piloter la politique d'immigration. Une pratique aujourd'hui interdite, mais qui revient de plus en plus souvent dans les débats.

Sujet sensible s’il en est, la statistique ethnique divise. Et la nouvelle proposition de François Fillon ne manquera pas de relancer la controverse. Dans une interview au JDD, dimanche, le candidat à la primaire Les Républicains demande de "faire sauter le tabou" qui entoure les statistiques ethniques pour "piloter la politique d'immigration".

"Sinon, on restera dans le non-dit, le refus de la réalité. C’est cela qui est en train de faire monter la colère de nos concitoyens", ajoute l'ancien Premier ministre.

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Nicolas Sarkozy s'était lui-même montré ouvert il y a peu à l'instauration de telles statistiques. En visite à l’Institut sur les maladies génétiques de l’hôpital Necker, il avait été interrogé sur leur utilité pour un usage médical, des experts partant du principe que certaines ethnies développeraient des risques de pathologies particulières. "Qu’on sache d’où sont les Français, aujourd’hui, cela ne change rien à la réalité de leur vie et c’est une information utile", avait répondu l’ancien président.

Pourtant, la Constitution française interdit aujourd’hui d’établir entre les citoyens toute distinction de race ou de religion, au nom d’une République indivisible et laïque.

Aggraver les discriminations ?

Une posture qui n’a pas empêché plusieurs travaux de se pencher sur la question. Déposé en janvier 2015, le rapport d’information des sénateurs Esther Benbassa (EELV) et Jean-René Lecerf (UMP) préconise d’introduire dans le recensement, une fois tous les cinq ans, une question sur l’origine des parents. Le but recherché : lutter contre les discriminations. Cette démarche est soutenue notamment par le directeur de recherches sur les discriminations ethniques à l’INED, Patrick Simon. Dans ses études , il explique que de tels outils permettraient de mettre à jour des différences de traitement quant à l’accès à l’emploi, au logement social ou encore en matière de salaires et donc de tendre vers davantage d'égalité entre les personnes.

Reste que pour les associations de lutte contre le racisme, cette pratique est une fausse bonne idée. Loin de diminuer les discriminations, les statistiques ethniques les aggraveraient, selon les porte-paroles de SOS Racisme , pour qui "enfermer les individus dans des identités ethno-raciales" reviendrait à transformer "les stéréotypes en idées sociologiques".

Le risque : la récupération politique

La principale crainte qu’on retrouve en filigrane dans les arguments des détracteurs, c’est en fait la récupération politique éventuelle de ces données statistiques. Tombés entre des mains peu scrupuleuses, de tels chiffres, rapportés à la population carcérale ou à la délinquance par exemple, pourraient alimenter des discours de haine et d’exclusion vis-à-vis de telle ou telle ethnie.

De nombreuses polémiques n'ont d'ailleurs pas attendu Nicolas Sarkozy pour éclater. En février 2011, le polémiste Eric Zemmour avait été condamné pour incitation à la discrimination raciale lorsqu'il avait asséné que "la plupart des trafiquants [étaient] noirs et arabes". Plus récemment, Roger Cukierman, président du Crif, avait suscité la controverse sur Europe 1 en faisant des "jeunes musulmans" les responsables de "toutes les agressions antisémites"

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Une question qui en reste pour l’heure à l’état de controverse. Interrogé début février sur l’utilité des statistiques ethniques alors que le Premier ministre Manuel Valls avait lâché le mot "apartheid", François Hollande s’est contenté d’un implacable : "La France aime bien les débats qui ne servent à rien."

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