Après les amendes bidonnées, les PV illégaux : la mairie de Paris assure qu'ils seront annulés

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AUTOMOBILISTES - "Le Canard Enchaîné" a révélé ce mercredi que la société Streeteo, chargée de contrôler le stationnement dans Paris, avait établi de nombreux contrôles "bidon" pour gonfler ses chiffres. L'entreprise aurait également demandé à des agents non assermentés de verbaliser des véhicules, ce qui est illégal. La mairie de Paris promet que ces PV illégaux seront annulés.

Dresser des Forfaits post-stationnement (FPS) - nouveau nom pour désigner les PV - sans quitter son bureau, et demander à des agents non assermentés de verbaliser les automobilistes parisiens. Ce n'est ni professionnel, ni légal, mais ce sont les pratiques reprochées aujourd'hui à la société Streeteo, filiale d'Indigo chargée du contrôle du paiement des parcmètres dans les rues de Paris. 


Ainsi, selon les révélations du Canard Enchaîné du 7 mars, des employés de l'entreprise se contenteraient de saisir manuellement des immatriculations flashées par les véhicules 'Lapi' qui sillonnent les rues, en prétendant les contrôler sur le terrain et de visu, sans quitter leur bureau. Ils justifieraient ensuite la non-verbalisation par des motifs tels que "PMR" (personne à mobilité réduite), "personne agressive", personne "dans le véhicule" ou "autre".


"On se retrouvait à 15 ou 20 agents, chacun muni de listes de numéros d'immatriculation - 1120 par agents. Alors qu'on était dans un bureau et pas sur le terrain, il fallait entrer ces numéros dans le système, comme si on les avait contrôlés", ont indiqué des salariés de l'entreprises au Canard Enchaîné. La supercherie a également été dénoncée par un salarié de la société via une vidéo YouTube. Retrouvé par Le Parisien, il précise : "C’est un système que l’entreprise a mis en place pour gonfler les chiffres de contrôle. Très vite, en janvier, Streeteo s’est rendu compte qu’on ne pourrait pas atteindre les objectifs de la Ville de Paris. Après avoir mis en place ce système, au moins la moitié des contrôles étaient effectués dans le bureau. On nous demandait de désactiver le GPS de nos PDA [leur appareil de contrôle] pour que les contrôles ne soient pas localisés."


Streeteo est censée effectuer 50.000 contrôles par jour sur les deux lots qu'elle gère, et sa rémunération ne dépend pas des rémunérations au FPS effectué mais du nombre de contrôles effectués quotidiennement.

Lésée, la Ville de Paris demande des sanctions

La mairie avait constaté des anomalies fin janvier à l'occasion d'un premier bilan de la réforme, de compétence municipale depuis le 1er janvier dernier. "Nous avons effectivement constaté un nombre anormalement élevé d'exemptions de paiement", a déclaré Christophe Najdovski, adjoint au maire en charge des Transports. La Ville a alors convoqué la société, lui demandand d'ouvrir une enquête interne "qui a permis d'établir ces pratiques". 


Des sanctions disciplinaires ont été demandées et des pénalités financières réclamées ; le Canard Enchaîné parle de 60.000 euros. Christophe Najdovski a indiqué que "ces pratiques visant à tromper la mairie de Paris ont cessé" le 22 février. Toujours selon lui, cette tromperie ne concerne que "de 2 à 3% des transactions" quand Le Canard Enchaîné, citant des agents, parle de près de la moitié des 50.000 contrôles quotidiens. Ce jeudi sur France Inter, la maire de Paris Anne Hidalgo a repris l'évaluation de son adjoint.

Des agents non assermentés chargés de verbaliser

Et selon les informations de RTL datant de ce jeudi, des consignes ont été passées par la direction de Streeteo pour apposer des FPS par des agents non assermentés, chose illégale. A chaque fois le but est le même : remplir les objectifs.


Hamidou Sall, employé de Streeteo, a témoigné auprès de la radio : "J’étais en charge de 20 agents, parmi ces agents-là certains n’étaient pas assermentés. À un moment, on a reçu des consignes qui venaient de nos supérieurs qui leur ont dit clairement de mettre des FPS même si on étaient pas assermentés". 


Plusieurs centaines de PV auraient ainsi été illégalement dressés. La mairie de Paris a assuré jeudi que ceux-ci seront annulés.

Dans un communiqué envoyé jeudi 8 mars, Streeteo a indiqué avoir pris "toutes les mesures pour mettre fin à des comportements inappropriés", menés, assure-t-elle, "à son insu". "Streeteo condamne de la manière la plus ferme ces pratiques. Les mesures adéquates ont été prises aussitôt afin de mettre fin immédiatement à ces comportement", ajoute l'entreprise, qui explique également avoir "diligenté une enquête interne". 

Déjà plusieurs couacs à l'actif de Streeteo

En janvier, la société Streeteo avait déjà été montrée du doigt après que deux de ses agents verbalisateurs avaient été contrôlés positifs au cannabis et un autre conduisant sans permis. De nombreux automobilistes se sont également plaints d'être verbalisés à tort, notamment des personnes handicapées ou des médecins et des infirmiers en exercice.

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