Sur la Promenade de Nice, les poids lourds roulent toujours malgré les interdits

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ATTENTAT - En théorie très limités dans leurs déplacements, les poids lourds circulent toujours sans encombre dans les rues niçoises après l’attentat du 14 juillet. La mairie fait valoir qu’il existe des dérogations et que, si les contrôles ont été renforcés, il est impossible de les surveiller tous.

2 août, Nice. Vitres baissées, peinture craquelée, un poids lourd circule sans encombre sur la Promenade des Anglais. Trois semaines après l'attentat qui a endeuillé la cité azuréenne, cette scène, capturée par un journaliste de France Bleu Azur , prend un aspect très symbolique. Voire embarrassant pour la municipalité, car deux arrêtés municipaux, l’un délivré en 2004, l’autre en 2014, y réglementent, en théorie, très strictement la circulation des camions.

Hors livraison, la ville interdite aux 3,5 tonnes et plus

Comme l’indique l’arrêté du 29 septembre 2014, pris par le maire de Nice, Philippe Pradal, "la circulation des véhicules utilitaires d'un poids total en charge égal ou supérieur à 3,5 tonnes, en transit, est interdite dans l'agglomération de Nice". En clair, sans dérogation, au-delà de ce poids et si le camionneur ne fait que passer, il n'a tout bonnement pas le droit de circuler.

Un régime légèrement différent pour les livraisons en ville. Elles sont cadrées par l'arrêté du 7 décembre 2004, qui signale que ces engins doivent évoluer "exclusivement sur les aires réservées à cet effet". Quelques exceptions sont tolérées, suivant la taille, la zone et la surface occupée par le camion (qu'il s'agisse d'une camionnette ou d'un porteur remorque n'engage pas aux mêmes contraintes). Mais, grosso modo, hormis quelques créneaux horaires, les rues sont censées être vierges de tout camion à partir de midi.

"Personne ne respecte la loi"

D’après les témoins interrogés par France Bleu, depuis que le camion meurtrier a fauché la vie à 84 personnes, le 14 juillet dernier, les pneus de ces véhicules lourds n’ont pas cessé de fouler l’asphalte du bord de mer, faisant redouter que les arrêtés municipaux ne soient pas scrupuleusement appliqués.

"Personne ne respecte la loi", souligne ainsi un livreur interrogé par la station. A Nice, tout le monde s’arrangerait avec les textes pour des raisons purement pratiques. La principale raison en est la congestion. Doubles files, places réservées aux livraisons campées par des particuliers, forment le quotidien routier des niçois. Ces entorses à la loi font désormais mauvaise figure, alors que c'est un camion qui ne disposait justement pas d'autorisation de circulation qui est à l'origine du massacre du 14 juillet.

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Démenti formel de la mairie de Nice

Sollicitée ce mercredi matin par metronews, la mairie de Nice balaye pourtant ces allégations, qu’elle juge "totalement fausses". "On ne peut pas dire devant le moindre camion qui circule dans Nice qu’il est ou pas autorisé, qu’il est dans l’illégalité, ou qu’il a une dérogation", explique le service de presse, avant d’égrener les exceptions possibles. "Il peut y avoir des camions qui livrent des restaurants, les plagistes, les hôtels, d’autres qui déménagent, y compris le 14 juillet…" A la condition près que tout transport public, agricole, de denrées périssables, toute livraison et déménagement sont soumis à une autorisation spéciale de la ville.

Il peut y avoir des écarts avec la loi. "On ne peut pas avoir un agent derrière chaque camion, c’est compliqué", reconnaît encore la mairie. Des déviations, dues au chantier de la 2e ligne de tramway, détournent aussi les convois exceptionnels et leur font emprunter la Promenade.

Rivalités entre les administrations

Cette affaire routière se déroule en réalité sur fond de rivalités entre les polices municipale et nationale, entre mairie et préfecture. Car les possibilités de contrôle policier sont restreintes. "Même en cas d’interpellation le 14 juillet, le conducteur du camion aurait été verbalisé par une simple amende de 22 euros au maximum pour infraction", fait valoir la mairie, qui juge que la police a "fait le job" et renvoie donc la balle à la place Beauvau. En tout état de cause, même si les contrôles ont été renforcés, la ville de Nice plaide que la police municipale n’est pas habilitée à fouiller les camions, et donc à prévenir toute menace.

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La polémique sur les gros véhicules avait déjà été éveillée au lendemain de l’attentat, la presse ayant relevé que la loi interdit à Nice comme ailleurs aux camions de circuler "les veilles de jours fériés de 22h à 22h le lendemain". Bien en vue des caméras de vidéosurveillance, le camion meurtrier avait commencé à rouler peu après 21h30. Il roulait depuis une heure quartier Magnan avant d’entrer sur le Promenade.

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