Surpopulation carcérale : construire des nouvelles prisons, la solution ?

SOCIÉTÉ
DOUBLE PEINE - En visite à la maison d'arrêt de Nîmes, dans le Gard, le Premier ministre Manuel Valls et le garde des Sceaux Jean-Jacques Urvoas ont décidé de lancer une étude pour un agrandissement de l’établissement pénitentiaire surpeuplé. Une annonce qui ne prend pas en compte la solution de l’aménagement des peines.

"Agrandir la prison de Nîmes". Voilà la réponse de Manuel Valls face à la situation alarmante de ce centre pénitentiaire, qui affiche aujourd’hui une surpopulation de 207% - soit 395 détenu(e)s pour 192 places. Et alors qu’aux côtés du garde des Sceaux Jean-Jacques Urvoas, ce lundi 8 août dans le Gard, le Premier ministre affirme sans détour que "la priorité, plus que jamais, est à la sécurité", les observateurs de la vie carcérale s’interrogent. Face au nombre croissant de détenus, la construction de nouvelles cellules est-elle l’unique solution ?

Certainement pas, pour François Bès, coordinateur du pôle enquête à l’OIP (Observatoire International des Prisons), qui répond ce lundi, en fin de matinée, aux questions de metronews. "C’est une réponse immobilière là où on attend de vrais moyens humains et d’accompagnement" déplore-t-il. Car selon lui, pour qu’une peine courte soit utile - notamment quand elle concerne la petite délinquance - il faut d’abord et avant tout qu’elle soit "bien aménagée".

Du laxisme, vraiment ?

"Pourquoi ne pourrait-on pas privilégier des peines d’intérêt général pour les cas d’atteinte aux biens ? Des systèmes de 'médiation-réparation', à base de suivi psychologique et de groupes de parole pour aider à sortir de l’engrenage de la violence, pour les auteurs d'atteintes aux personnes ?" Et pour les très jeunes condamnés ? François Bès préconise de mettre l’accent sur une obligation de travail ou de formation, afin de "ramener la personne sur la voie de l’insertion".

Mais dans un climat sécuritaire, où la peur du terrorisme n’incite pas à la clémence, beaucoup ont tôt fait de crier au "laxisme". "Il ne faut pas oublier que les aménagements de peines sont très contraignants et très contrôlés. Mais pour assurer cet accompagnement exigeant, il faut avant tout des moyens humains. "C’est pourquoi il serait plus judicieux de faire glisser le budget au profit d’associations et de conseillers d’insertion", reprend le coordinateur. "Sans compter, ajoute-t-il, que l’aménagement de peines permet de faire des économies." En effet, selon les chiffres du ministère de la Justice, un détenu coûte en France 100 euros par jour. Un chiffre ramené à 40 euros lors d’une peine aménagée à l’extérieur, estime l’Observatoire International des Prisons.

EN SAVOIR +
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