Swissleaks : pourquoi ce grand déballage de noms de personnalités ?

Swissleaks : pourquoi ce grand déballage de noms de personnalités ?

DirectLCI
ÉVASION FISCALE - Au lendemain des révélations du Monde sur le vaste réseau de fraude fiscale des clients de HSBC en Suisse, de rares voix s'interrogent sur l'opportunité de dévoiler les noms de certains d'entre eux en France, personnalité du show-biz, footballeur ou encore homme d'affaires. Arbitraire ou nécessaire ?

Un grand déballage peut-il en cacher un autre ? Vingt-quatre heures après la divulgation par Le Monde des noms de plusieurs personnalités françaises soupçonnées d'avoir dissimulé des avoirs en Suisse, Hervé Falciani, l'informaticien à l'origine des révélations, en promettait déjà d'autres ce mardi .

Qui seront les prochains fraudeurs présumés sur la liste après l'humoriste Gad Elmaleh, le fondateur des salons de coiffure Jacques Dessange, la descendante de la couturière Nina Ricci ou encore le sénateur Aymeri de Montesquiou ? Comment choisira-t-on parmi les 3000 Français qui auraient eu un compte caché en Suisse en 2006-2007 ? 

"Outing sensationnel"

Lundi soir, l'avocat Patrick Klugman, qui défend des familles poursuivies pour fraude fiscale dans cette même affaire HSBC, a publié une tribune rageuse sur Le Plus de l'Obs , dénonçant un "outing sensationnel" par les journalistes du Monde. Pour l'avocat, également adjoint de la maire PS de Paris Anne Hidalgo, l'intérêt de divulguer ces noms est "plus pécuniaire qu'éditorial". "La seule plus-value, juge-t-il, est de mettre des noms en face de comptes déjà examinés par l'administration fiscale."

EN SAVOIR +
>> Swissleaks - Christophe Dugarry, Jacques Dessange… Qui sont les personnalités soupçonnées de fraude fiscale ?

Un bémol beaucoup plus discret est venu par la bouche du banquier Matthieu Pigasse , l'actionnaire du Monde. Ce dernier a salué mardi le travail d'investigation des journalistes, tout en rappelant qu'il y a "un juste équilibre à trouver entre le fait de divulguer des informations d'intérêt général […] et de ne pas tomber dans une forme de maccarthysme fiscale et de délation".

"Personnalités à visibilité publique"

Alors, le déballage est-il justifié ? Questionné par des lecteurs lors d'un chat sur le site du Monde.fr, le journaliste Serge Michel a précisé les règles qui ont déterminé le choix de tel ou tel nom. Il s'agissait, dit-il, "de personnalités à responsabilité ou à visibilité publique", et la fraude devait être "manifeste ou grave".

"La présomption d'innocence doit être respectée, a plaidé sa consœur Anne Michel. C'est pour cette raison que nous ne divulguons pas l'intégralité de la liste mais seulement les noms pour lesquels l'administration fiscale ou les enquêteurs estiment qu'il y a eu fraude."

LIRE AUSSI
>> Tout comprendre à l'affaire de fraude fiscale chez HSBC  

Quid des fraudeurs qui ont régularisé leur situation auprès de l'administration fiscale ? Pour les auteurs de l'enquête du Monde, "le fait qu'il y ait eu régularisation n'enlève rien au délit commis", la fraude fiscale constituant un "délit pénal". Ce qui justifiait, selon eux, la divulgation de leur nom.

"Cela pose effectivement des problèmes pour des gens qui ont régularisé leur situation et qui voient leur nom jeté en pâture", explique à metronews maître Thierry Vallat, avocat fiscaliste qui gère les dossiers de clients fraudeurs. "La divulgation des noms pose également le problème de la violation du secret de l'instruction. Mais c'est tout le débat sur la liberté d'informer." Les journalistes du Monde ont indiqué qu'ils en resteraient aux noms déjà divulgués. D'autres prendront-ils le relais ?

Sur le même sujet

Plus d'articles

Lire et commenter