Telegram, cette appli de messagerie chiffrée utilisée par les terroristes

SOCIÉTÉ

ZOOM - On parle d’elle depuis les attentats de Charlie Hebdo et de l’Hyper Cacher, et à nouveau avec celui de Saint-Etienne-du-Rouvray : Telegram, la messagerie ultra sécurisée sur laquelle les partisans de Daech communiquent en toute discrétion. Utilisée par plus de 100 millions de personnes dans le monde et par certains politiques français, l’application base son argumentaire de vente sur sa communication indéchiffrable.

"Tu prends un couteau, tu vas dans une église, tu fais un carnage". Cette déclaration tristement prémonitoire a été diffusée sur Telegram par Adel Kermiche, l’un des deux assaillants de l’église de Saint-Etienne-de-Rouvray où le prêtre Jacques Hamel a été égorgé le 26 juillet. Selon l’Express , le jeune homme avait exposé pendant plusieurs semaines toute l’horreur de ses projets terroristes dans "des enregistrements audio aux allures de journal intime de propagande", destinés à une communauté de 200 personnes.

Parfois surnommée "l’application préférée des terroristes", Telegram est très prisée des partisans de Daech, notamment pour la sécurité de ses communications dont elle a fait son principal argument de vente. Amaq, "l’agence de presse " de l’organisation terroriste, y possède même une chaîne sur laquelle elle diffuse sa propagande et entretient le contact avec ses combattants. Le tout avec une immense discrétion. A ce jour, l’application compte plus de 100 millions d’utilisateurs dans le monde, parmi lesquels certains politiques français comme Christian Estrosi et Emmanuel Macron.

Qu’est-ce que Telegram ?

Grande rivale de Facebook et WhatsApp, Telegram a été lancé en 2013 par Pavel Durov, le fondateur de VKontakte , le "Facebook russe". Décrit par Le Monde  comme un "ami des hackers", ce dernier a fui son pays en 2014 après avoir fondé cette messagerie ultra sécurisée, voire indéchiffrable, qui lui aurait permis d’échapper au gouvernent de Vladimir Poutine.

Son utilisation est simple : comme le souligne le Figaro , on peut s’en servir pour échanger de façon classique avec une ou plusieurs personnes, ou en toute discrétion grâce aux "chats secrets" (dits des conversations "flash") où les messages s’autodétruisent après la lecture. Comme sur Wahtsapp, l’utilisateur peut ajouter ses contacts en entrant leurs numéros de téléphone et créer des groupes rassemblant jusqu’à 5.000 personnes. De même qu’il peut, comme sur Youtube, créer sa propre chaîne, sur laquelle d’autres utilisateurs peuvent intervenir.

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Si Pavel Durov affirme que Telegram "n’aime pas les terroristes", il reconnaît n’avoir "jamais livré le moindre octet de données personnelles à quelque organisation que ce soit. Y compris à un gouvernement". Parfois taxée de "laxiste", l’application n’a commencé à supprimer des comptes associés à Daech qu’à la suite des attentats du 13 novembre. Avant cela son fondateur affirmait : "Le droit à la vie privée est plus important que notre crainte de subir de mauvaises choses, comme le terrorisme". Le dirigeant en est revenu.

Prisée de la classe politique

Mais Telegram n’est pas seulement prisée des terroristes. Selon un récent article de   l’Express , Jean-Luc Mélenchon serait "un utilisateur intensif" de l’application, de même que Christian Estrosi, "trois conseillers de Marion Maréchal Le Pen", ainsi que le ministre de l’Economie Emmanuel Macron, qui, ébranlé par la fuite de sa déclaration d’impôts dans la presse, ne jurerait désormais que par elle. "On connaît l'appareil d'Etat et ses dévoiements, a également déclaré Arnaud Montebourg à l'hebdomadaire, pour expliquer pourquoi il s'était équipé du logiciel. Il faut se méfier du pouvoir en place... et des suivants. Sans oublier le risque que représentent certaines sociétés privées d'espionnage, qui n'ont pas de limite".

Même argumentaire pour Gilles Boyer, proche d'Alain Juppé, qui explique que "l'histoire récente a démontré que tout était possible, que nos échanges sont susceptibles d'être lus". Pour François Fillon, toujours selon L'Express, utiliser Telegram n’est pas une question de paranoïa, mais de "prudence". "Depuis que nous savons que les interceptions sont faciles à réaliser sur les mobiles, nous nous sommes tous équipés de Telegram et de WhatsApp. C'est une consigne suivie depuis deux ans et demi déjà".

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Telegram, une application sans faille ?

Comme le souligne le site Motherboard , certains experts en cybersécurité ont critiqué l’application, avançant que seuls les messages des conversations "flash" étaient chiffrés, contrairement à WhatsApp qui chiffre l’intégralité des échanges. Selon plusieurs médias américains dont The Daily Dot , le fondateur de Telegram aurait préféré passer outre le protocole de WhatsApp qui a fait ses preuves, pour engager des mathématiciens non experts dans le domaine.

L'expert Thaddeus Grugq, cité par le site spécialisé 01Net.com , "Telegram est sujet aux bugs, fonctionne avec un chiffrement fait maison, a déjà fait fuiter de volumineuses métadonnées, vole les carnets d’adresse et est maintenant connu pour être un repaire de terroristes. On ne pouvait pas faire pire combinaison pour une messagerie sécurisée". Si rien ne permet d'assurer que Telegram n'est pas aussi sûre que le prétend le fondateur, force est de constater que son protocole n'a pas été créé par des spécialistes. 

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