VIDÉO - Menacé de mort après avoir défendu Samuel Paty, un professeur témoigne

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LAÏCITÉ - Didier Lemaire, enseignant depuis vingt ans à Trappes (Yvelines), est visé par des propos haineux depuis qu'il a rédigé une lettre à la suite de l'assassinat de Samuel Paty. "Ces attaques sont une manière de me désigner comme une cible", témoigne-t-il sur LCI.

Professeur de philosophie dans un lycée de Trappes (Yvelines) depuis deux décennies, Didier Lemaire est aujourd'hui menacé de mort. Le 1er novembre dernier, deux semaines après l'attentat contre Samuel Paty, le professeur égorgé à Conflans-Sainte-Honorine, il a publié une lettre dans L'Obs. "Elle était adressée aux enseignants", explique-t-il sur LCI (voir vidéo en tête de cet article). "Il s'agissait d'un appel à protéger nos élèves de la pression islamiste, qui ne cesse de se renforcer dans certains quartiers."

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Mais plusieurs de ses élèves vont vite lui reprocher cette tribune. "Dans une de mes classes, les réactions ont été très hostiles", poursuit le professeur. "Les élèves m'ont demandé pourquoi j'avais écrit une lettre contre eux. Je leur ai expliqué que j'avais écrit une lettre pour eux, pour les protéger."

L'hostilité s'est ensuite propagée à toute la ville. "Le commandant de police m'a expliqué que Trappes était en ébullition, que la ville entière discutait de cette lettre", assure Didier Lemaire. "Beaucoup tenaient des propos haineux contre moi, m'accusant d'islamophobie, de racisme, de stigmatisation de cette population. Ces attaques, après l'assassinat de Samuel Paty, sont une manière de me désigner comme une cible."

"Depuis 2018, j'ai vu davantage de transformation à Trappes qu'en 18 ans"

Depuis, le professeur de philosophie vit sous escorte policière. "À l'entrée et à la sortie de l'établissement, les policiers m'accompagnent et vérifient que je ne suis pas suivi par une voiture. L'entrée du lycée est sécurisée." S'il assure ne pas vivre dans la peur, Didier Lemaire "vérifie" tout de même "que (ses) portières sont bien fermées" en sortant du lycée.

Il appelle d'ailleurs ses collègues à s'exprimer à leur tour. "Tous les enseignants qui vivent cette situation comme la mienne devraient prendra la parole et dire ce qu'il se passe en France", estime-t-il. "Les enseignants vivent dans la peur. Un sur deux s'autocensure."

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Le professeur décrit surtout une situation qui s'empire dans sa ville. "J'enseigne à Trappes depuis vingt ans, j'ai eu le temps de voir l'évolution de cette ville, de voir mes élèves se transformer", continue le professeur. "J'ai écrit une lettre au président de la République en 2018. Depuis, j'ai vu plus de transformation à Trappes qu'en 18 ans. [...] Il y a 20 ans, la synagogue brulait, les juifs puis un peu plus tard les Portugais s'en allaient (de Trappes). Aujourd'hui, ceux qui s'en vont sont les musulmans modérés et les athées. Il n'y a pas un seul coiffeur mixte à Trappes. Les femmes maghrébines ne peuvent pas entrer dans un café."

S'il continue de travailler dans son lycée, Didier Lemaire sait que sa situation "est vraiment problématique". Mais il ne semble pas résigné. "Je ne sais pas encore ce qu'il en sera pour moi demain. On me propose manifestement un déplacement dans un autre établissement", ce qui serait pour lui "une manière de nier le problème." "Je ne peux pas l'accepter, je souhaiterais rester. Mais ce n'est plus possible, ou alors il va falloir renforcer ma sécurité", conclut-il.

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