Tex, Griezmann et Cie... Twitter est-il trop puissant ?

Tex, Griezmann et Cie... Twitter est-il trop puissant ?

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DÉCRYPTAGE - Polémiques, coups de gueule viraux et indignations incessantes... Ce qui se passe sur Twitter reste-t-il sur Twitter ? En d'autres termes, le réseau social à l'oiseau bleu est-il devenu l'outil ultime des mobilisations militantes, quitte à nous échapper ? Nous avons posé la question à une universitaire et spécialiste des réseaux sociaux.

On ne compte plus, ces derniers mois, les polémiques qui ont éclos sur les réseaux sociaux et abouti à des sanctions bien réelles. Des conséquences "IRL" (pour In Real Life) selon l'expression consacrée. Il y a eu le départ précipité de l'animateur Tex de l'émission culte "Les Z'amours" après une sortie sexiste sur C8. Les excuses platement formulées par le footballeur Antoine Griezmann suite à la publication d'une photo de lui-même, grimé en personne noire, moins d'une heure plus tôt (lire ici pour comprendre pourquoi la blackface pose problème). Et puis il y a eu Roman Polanski, finalement destitué de son rôle de président des Césars après une mobilisation féministe sur les réseaux sociaux. Comment ne pas citer, enfin, l'effet international du hashtag #metoo, ou encore du français #balancetonporc, qui ont donné lieu à des rassemblements physiques pour dénoncer les violences faites aux femmes ?


Certains s'empressent d'y voir l'avènement d'un "tribunal". Ils dénoncent une nouvelle forme de "censure", voire d"'inquisition", quand d'autres se réjouissent de voir leur indignation si rapidement prise en compte par les responsables politiques ou par les gestionnaires des enseignes publiquement mises en cause. Toujours est-il que la puissance des réseaux sociaux - de Twitter en particulier, sur ces sujets de société - se confirme à chaque polémique. Alors, est-ce trop ? Avons-nous créé un monstre devenu incontrôlable ? Est-ce, au contraire, un simple outil décuplant l'ampleur d'une mobilisation ? 

Ce qui se passe sur Twitter ne reste pas sur Twitter

"Les rumeurs et les polémiques ont toujours existé" explique Anaïs Théviot, maîtresse de conférence à l'université catholique de l'ouest et spécialiste des réseaux sociaux.  Clairement, les manifestations et combats militants n'ont pas attendu les réseaux sociaux pour parler et faire parler d'eux. Mais avec Twitter, quelque chose a changé. "Cela tient aux profils sociaux des utilisateurs, qui ne sont pas les mêmes que sur Facebook. Sur Twitter, il y a énormément de jeunes, de militants, de journalistes et de politiques qui ont une expertise sur des domaines bien particuliers" poursuit Anaïs Théviot. "Depuis 2012 et l'élection présidentielle française, on a remarqué que ce réseau social est devenu un outil assez fort pour engager une mobilisation : en fait, Twitter agit comme une caisse de résonance pour amplifier les indignations et les mouvements qui existaient déjà hors ligne."


En ligne / Hors ligne : cette distinction, justement, n'a pas lieu d'être, selon la chercheuse. "On a longtemps cru que deux mondes distincts existaient : ce qui se passe sur le web, et ce qui se passe en dehors. Mais c'est faux, en fait il n'y a pas de cloisonnement." Exit donc le fossé entre Internet et "la vraie vie".  Ce qui se passe sur Twitter... ne reste pas sur Twitter. Et c'est précisément ce qui lui donne sa force : "Les journalistes présents sur Twitter reprennent les revendications dans les médias traditionnels et les propagent auprès du grand public. En cela, les frontières temporelles et géographiques sont abolies : aujourd'hui, ces mobilisations se font à très grande échelle et ont un effet immédiat."

Pas "trop puissant", mais peut-être "trop rapide" ?

L'universitaire ne dira donc pas de Twitter qu'il est devenu "trop puissant". "Il est très puissant, ça c'est sûr. Il produit des effets bénéfiques pour certaines causes :  une grande visibilité et une rationalisation du militantisme, par exemple" nous explique-t-elle. Mais comme tout outil, il a ses biais. "Twitter n'est pas trop puissant ; il est peut-être trop rapide. Conjuguer l'émotion et l'immédiateté peut avoir des effets dangereux, en véhiculant des informations non sourcées par exemple." Une limite qui peut être circonscrite, selon elle, en veillant à ne pas reproduire, en dehors des réseaux sociaux, la "temporalité Twitter" : celle qui impose de réagir vite - en 280 caractères désormais - à partir d'une indignation qui n'a rien de virtuel.

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