Timbuktu et l'Apôtre : deux films retirés des salles suite aux attentats contre Charlie Hebdo

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POLÉMIQUE - Le maire UMP de Villiers-sur-Marne a fait retirer de l'affiche le film Timbuktu. Le maire invoque des "mesures de sécurité", alors que le film raconte l'histoire d'un village aux prises avec djihadistes. De la même manière, le film L'apôtre, de Cheyenne Carron, qui raconte la conversion d'un jeune musulman au catholicisme a été retiré de deux salles françaises.

Sélectionné pour le Festival de Cannes, en lice pour les Oscars… Mais déprogrammé de Villiers-sur-Marne. Le film Timbuktu, réalisé par Abderrahmane Sissako, raconte l'histoire d'un village malien tenu par des djihadistes, qui y font régner la terreur. Mais, selon Le Parisien , les habitants de Villiers-sur-Marne (Val-de-Marne), ne peuvent plus le voir : le maire UMP de la ville a en effet décidé de le déprogrammer de sa salle, Le Casino.

"Je n’ai pas reçu de menace mais j’ai peur que ce film ne fasse l’apologie du terrorisme" indique Jacques-Alain Bénisti à nos confrères, pour expliquer sa décision. Il invoque "une mesure de sécurité eu égard aux événements".

"Coup de cœur" de metronews

Un argument difficile à faire valoir. La philosophie du film - "coup de cœur" de metronews au Festival de Cannes - est justement opposée à la terreur djihadiste. Lors de sa sortie, le 10 décembre dernier, Abderrahmane Sissako expliquait avoir été inspiré par un fait divers sordide, la lapidation d'un couple, qui avait eu des enfants hors mariage, au Mali. Et quand il parlait des djihadistes, sa réaction ne laissait pas de place au doute : "ces gens constituent un danger et causent un réel préjudice à l’Islam, estimait-il. Cette religion, comme d’autres, est régie par l’amour et la tolérance. Et quand ces deux choses sont prises en otage, c’est grave."

La décision de l'édile est également regrettée par l'opposition municipale. "Nous étions en accord avec le maire sur le fait de ne rien céder, d'organiser comme prévu les vœux du maire. Et ne rien céder, c'est aussi poursuivre la diffusion de ce genre de film", déplore l'élu PS Frédéric Masso.

L'Apôtre de Cheyenne Carron également annulé

Dans le même genre, c'est cette fois-ci le film L'apôtre, de Cheyenne Carron , sorti le 1er octobre dernier, qui a dû être retiré de l'affiche de plusieurs cinémas. Le long-métrage raconte l'histoire d'Akim, un jeune homme élevé dans une famille musulmane, qui décide de se convertir au catholicisme. Le jeune acteur principal, Fayçal Safi, est nommé aux Césars de la révélation masculine cette année .

À Neuilly (Hauts-de-Seine), le 12 janvier dernier, le cinéma Le Village a été contraint d'annuler une projection débat par la préfecture de police (PP). Idem à Nantes, où une soirée débat prévue le 23 janvier prochain a également été annulée, cette fois-ci par la DGSI (direction générale de la sécurité intérieure), "devant les risques d’attentats, cette projection pouvant être perçue comme une provocation par la communauté musulmane".

"Je pense que c'est une mesure de précaution, estime la réalisatrice à metronews. Mais avec ça, on perd le combat face au terrorisme. Mon film est très pacifiste, il met justement en avant la fraternité entre musulmans et catholiques". Cheyenne Carron n'a jamais reçu de menaces suite à son film. "J'ai bien entendu reçu des mails de désapprobation, mais jamais de menace, indique-t-elle. Mais pour moi, le combat contre les extrémistes nécessite de prendre des risques". Les deux cinémas concernés ont indiqué à la réalisatrice qu'ils allaient essayer de reprogrammer le film dès que possible.

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