"Touche pas à mon Eglise" : "Pour les musulmans, le sujet est clos", répond le président du CFCM

"Touche pas à mon Eglise" : "Pour les musulmans, le sujet est clos", répond le président du CFCM

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INTERVIEW - En réponse à une idée qui avait émergé il y a quelques semaines, le magazine "Valeurs actuelles" lance ce mercredi un appel à ne pas transformer les églises en mosquées, signé notamment par Eric Zemmour et Nicolas Sarkozy. Nouveau président du Conseil français du culte musulman, Anouar Kbibech réagit pour metronews.

L'idée avait émergé dans le débat public il y a presque un mois. Au cours d'une interview sur Europe 1 le 15 juin, Dalil Boubakeur, alors président du Conseil français du culte musulman (CFCM), avait évoqué une piste abordée dans son livre Lettre ouverte aux Français : transformer les églises abandonnées en mosquées. "C'est un problème délicat mais pourquoi pas", lançait-il. Mais face à la levée de boucliers suscitée par cette déclaration, le CFCM avait aussitôt rétropédalé, publiant le jour même un communiqué de clarification : "Il n'y a aujourd'hui aucun souhait ni volonté de projet dans ce sens (…), l'Église de France est la seule autorité habilitée à disposer des édifices religieux".

Pas de quoi calmer le magazine Valeurs actuelles qui lance ce mercredi, par la plume de l'écrivain Denis Tillinac, cet appel : "Touche pas à mon église !" Fustigeant des déclarations qui "offensent gravement les catholiques", le texte commence par souligner le danger d'"amalgames" qu’elles engendrent "en ces temps où le terrorisme islamiste ensanglante la planète et commet des crimes en plein Paris". "Une église n'est pas une mosquée, et prétendre que 'les rites sont les mêmes' relève d'un déni de réalité scandaleux", poursuit l'écrivain, avant de disserter sur la place des clochers dans l'histoire et le patrimoine de France. Un cri d'alarme signé par une vingtaine de personnalités, dont Eric Zemmour, Alain Finkielkraut ou encore Nicolas Sarkozy.

Alors, mise au point nécessaire ou fausse polémique ? Metronews a interrogé Anouar Kbibech, qui a succédé le 30 juin à Dalil Boubakeur à la tête du CFCM : 

Avez-vous été consulté avant ou prévenu de la parution de cet appel ?
Pas du tout, vous m'apprenez son existence. Hier soir, j'ai rencontré Nicolas Sarkozy à la Grande mosquée de Paris, à l'occasion du dîner de rupture du jeûne du ramadan, mais il ne m'en a pas parlé.

Etait-il nécessaire selon vous de relancer ce débat ?
Pour nous, le sujet est clos. Le recteur de la mosquée de Paris, Dalil Boubakeur, avait démenti lui-même cette idée, précisant qu'il s'agissait d'un quiproquo lors de son interview avec Jean-Pierre Elkabach. Le CFCM avait également indiqué que la mise à disposition d'églises pour les fidèles musulmans, si elle peut arriver ponctuellement à tel ou tel endroit, s'inscrit dans le cadre d'un geste fraternel, mais ce n'est pas une solution.

Comment recevez-vous le titre injonctif de cette tribune, et la référence au terrorisme islamiste dès la première phrase ?
Le ton utilisé est très fort mais nous sommes dans un pays de liberté d'expression, je respecte cette prise de parole. Mais je le répète : pour nous, musulmans, la question est déjà close.

Que répondez-vous, sur le fond, à cet appel ?
J'insiste sur le fait que les musulmans en France sont respectueux des traditions judéo-chrétiennes du pays et des lieux de culte chrétiens et juifs. Ils souhaitent pratiquer leur culte décemment mais ils n'ont aucune volonté ou prétention de transformer d'autres lieux de culte.

Quelle est, selon vous, la solution au manque de mosquées en France ?
C'est aux musulmans de se prendre en main. Il y a eu, à un moment donné, une volonté de construire des projets conséquents parce que les besoins étaient énormes. Mais ils étaient impossibles à financer, ou nécessitaient des financements étrangers. Ce temps des "mosquées-cathédrales" est derrière nous, heureusement. Aujourd'hui, les musulmans sont attachés à mener des projets à taille humaine, de proximité, qui soient finançables par l'effort des fidèles eux-mêmes.

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Comment combattre les réticences à la construction de nouvelles mosquées ?
Outre le fait de s’attacher à construire des mosquées de taille raisonnable, il faut aussi que celles-ci s'inscrivent dans le patrimoine architectural français. De même qu'il est important que l'islam s'intègre dans la République, il faut en effet que les mosquées s'intègrent dans le paysage urbain qui les entoure, dans un souci d'harmonie.

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