Tournage de films : comment les régions françaises draguent les producteurs du monde entier

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REPORTAGE - Mardi et mercredi se tient à Paris le salon des lieux de tournages. les exposants viennent proposer des lieux susceptibles d’offrir un cadre aux longs ou courts métrages. Parmi eux, les régions françaises tentent de se faire un nom. Et montrer qu’il y a une vie pour les films au-delà du périph’. Rencontres.

"Le Limousin, ça ne fait pas rêver ? Alors oui, on n’a pas le bord de mer, mais on a une qualité de vie formidable, et un silence qui est génial." Pascal Perennes arriverait à vous faire fondre pour cette région un peu paumée. Forcément, c’est son job : il est responsable cinéma pour les régions Aquitaine, Limousin, et Poitou-Charentes. En clair : chargé de faire miroiter aux producteurs, réalisateurs ou scénaristes les merveilles de son coin de France. Et leur donner envie de venir y tourner. Pour ça, il vient tenir depuis six ans un petit stand tapissé de photos bucoliques au sein du salon des lieux de tournage.

Sous le grand hall du Carreau du Temple, dans le 3e arrondissement de Paris,  une centaine d’exposants vient mardi et mercredi proposer des sites disponibles pour les tournages de films. Il y a de tout : SNCF, RATP, Air France, ministères de la Défense ou de l’Intérieur, société de la tour Eiffel, musées, ou de châteaux. Rien qu’en Ile-de-France, 2200 lieux ouvrent leurs portes aux caméras. Au coeur de ce grand marché, les régions tentent de se faire leur place. Et montrer que, elles aussi, elles ont des atouts. Il y a tout de même du boulot : l’Ile-de-France reste la première terre d’accueil de tournages.  

Pas les mêmes atouts

Face à la capitale, les régions se montrent unies. Enfin, surtout au début. Après, c'est chacun pour soi : "Quand on a un super film avec un super casting, forcément, on a tous envie de l’avoir sur notre territoire", reconnaît Pascal Perennes . "On participe toutes au même travail de décentralisation du cinéma et de l’audiovisuel. L’important, c’est de faire prendre conscience aux professionnels qu’il y a une vie à l’extérieur du périphérique". En ce moment, les affaires roulent pour le pôle sud-ouest : en 2015, l’Aquitaine a accueilli en cumulé 515 jours de tournage, Poitou-Charentes 319, et le Limousin environ 150.

Forcément, à ce petit  jeu, les régions ne partent pas avec les mêmes atouts. Au stand Provence-Alpes-Côte d’Azur, ça sent le soleil, les calanques, les cigales, et les lacs bleutés. Nathalie Pons, la représentante cinéma n’a pas franchement de mal à attirer. Sa région est la deuxième terre d’accueil de tournages au niveau national. Cet été, elle a accueilli Nicole Garcia et Marion Cotillard sur le plateau de Valensol, un "immense plateau avec de la lavande à perte de vue".  Et aussi Alexandra Lamy. Et Samuel Le Bihan, pour la série télé Alex Hugo. Mais Nathalie la joue modeste. "Nos territoires, touristiques, sont bien identifiés. Mais on ne peut pas toujours lutter, si quelqu’un a un scénario qui prévoit que ce sont des falaises normandes… Mais chez moi, j’ai les Gorges du Verdon, des beaux lacs… !" Et un grand sourire, commercial.

Des régions plus dures à vendre

Tant qu’à jouer du cliché, d’autres coins de France ont, a priori, une image plus dure à vendre. Comme la Seine-Saint-Denis. Et pourtant. "Nous accueillons énormément de tournages", nous affirme Marie, qui tient le stand. "Le gros dernier, c’était Hunger Games, superproduction américaine. La scène finale a été tournée Noisy-le-Grand". Car le département recèle à la fois d'un vaste patrimoine industriel, mais aussi "des coins de nature", des "vieilles maisons", ou des "décors anciens". Sans parler de la cité du cinéma de Luc Besson, basée à Saint-Denis. Et, argument ultime, la zone est très proche de Paris. "La proximité rend la logistique beaucoup plus simple. Seul hic, on n'a pas la mer. Mais ça, on ne peut pas l’inventer !", sourit la jeune femme.

Reste que le choix d'un lieu de tournage ne dépend pas seulement du décor qu'il propose. Personne ne s'en cache, ce qui fait pencher la balance, c'est souvent les aides financières proposées par les territoires pour attirer les caméras et les acteurs. Depuis une vingtaine d'années, les régions proposent des subventions, ainsi que des services gratuits d’accompagnement personnalisés sur place pour la recherche de décors ou de techniciens.

"Les régions qui accueillent le plus sont aussi les régions qui mettent le plus d’argent sur la table", confirme Caroline Julliard-Mourgues, de Film France.  Et ça marche. "Elles sont de plus en plus nombreuses à avoir plus 100 jours de tournages par an." Et si les régions se plient autant pour accueillir ces films, ce n’est pas que par amour pour le 7e art. "Les retombées économiques locales sont importantes", reconnaît Nathalie Pons. "Sur place, les productions dorment, mangent, font appel à des prestataires locaux". "Il y a aussi des retombées sur le plus long terme pour l’image de la collectivité, en termes de notoriété, de tourisme, et de rayonnement culturel", explique Caroline Julliard-Mourgues. Bref, les régions ont toutes les talents. Et ce n'est pas du cinéma.

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