Toxicomanes regroupés dans un parc à Paris : "Ça va être pire qu'avant" estiment les riverains

Toxicomanes regroupés dans un parc à Paris : "Ça va être pire qu'avant" estiment les riverains

STUPÉFIANT – Après le coup de gueule des habitants de Stalingrad, les consommateurs de crack du nord est parisien ont été regroupés dans un parc, le Jardin d'Éole. Une mesure qui ne ravit pas les habitants du quartier.

La plupart ont vu les camions de police lundi soir aux abords du parc mais ne savent pas pourquoi ils étaient là. "J'ai vu que les forces de l'ordre en bas de chez moi, certaines dans les véhicules, d'autres à pied, comme ce matin d'ailleurs, mais je ne me suis pas posée de question", confie Claire, dont les fenêtres donnent sur le jardin d'Éole. 

Comme beaucoup de riverains de ce parc situé à l'est du quartier de la Goutte d'or et inauguré en 2007, Claire ignore encore ce qui a été annoncé la veille en fin de journée par plusieurs sources policières avant d'être confirmé de manière officielle par la mairie de Paris et le ministère de l'Intérieur. La mesure consiste à regrouper dans ce jardin du 18e arrondissement les consommateurs de crack du quartier. 

"Super! réagit ironiquement la jeune femme. Les autorités s'activent vite après des années sans rien faire. Tout ça parce qu'on a vu dans les médias les images filmées des riverains avec des tirs de mortiers… Mais délocaliser les toxicomanes ça n'est certainement pas la solution. Ça va être pire qu'avant". 

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"C'est horrible pour les enfants"

Laminatou qui habite la rue d'Aubervilliers qui longe le jardin est elle aussi stupéfaite. "J'ai quatre enfants âgés de 2 à 14 ans. Je peux vous dire que le jardin d'Éole, ils n'y vont plus depuis un moment. On y a renoncé. On va dans un autre parc plus loin. Cela fait des années que le jardin d'Éole est envahi par les toxicomanes. Ils demandent de l'argent à tout le monde, même aux petits. Mon fils a été agressé. Regrouper les consommateurs de crack ici, ça veut dire quoi? En mettre plus, alors qu'il y en a déjà beaucoup. Vraiment, je ne comprends pas la logique. Surtout pour les mettre dans un parc de loisirs, où il y a un jardin potager, une ferme, et qui est censé être pour les habitants", s'indigne-t-elle. Puis elle ajoute: "Hier et ce matin, quand j'ai vu les policiers, j'étais contente. Je m'étais dit que peut-être, on allait pouvoir retourner dans 'notre jardin' pour les beaux jours. Qu'on allait se sentir en sécurité. En fait, les policiers étaient là pour les personnes qui se droguent. C'est dommage…"

À l'annonce de la nouvelle mesure, Sigalie n'en croit pas non plus ses oreilles. "C'est horrible pour les enfants. C'était déjà pas la vie de rêve ici, surtout depuis deux ans. Je ne sais pas ce qu'il s'est passé vers 2018-2019 mais tout d'un coup, les toxicos sont venus dans le jardin, et nous on ne peut plus y aller. Maintenant, on nous dit qu'on va parquer tout le monde ici jusqu'à 1 heure du matin !". Maman d'une adolescente de 16 ans, Sigalie a vécu jusqu'en 2015 rue Riquet et est maintenant rue d'Aubervilliers. "J'ai vu les choses s'aggraver. Tout le quartier est  squatté par des toxicomanes. Je n'ose même plus aller au bureau de tabac ou à la boulangerie. Il y a des consommateurs de crack partout. Je vous parle même pas de la nuit, mais de la journée, du matin, au soir. J'ai interdit à ma fille tout un secteur du quartier, car j'ai peur pour elle, et même pour moi". 

"Il faut bien trouver une solution"

Pierre, lui préfère tempérer. "Il faut bien trouver une solution pour ces pauvres gens. Le jardin d'Éole n'est pas forcément l'idéal, mais ce sera peut-être mieux que la situation que l'on connaît actuellement. Tout le monde a vu à la télé les images de Stalingrad. Pour que des habitants en viennent à jeter des mortiers sur des toxicomanes, c'est que vraiment elles sont à bout je pense. On verra avec le temps ce que donne ce dispositif. Et la police est là pour encadrer tout ça, ça devrait bien se passer. Tout du moins je l'espère".

Selon plusieurs sources, le regroupement dans le jardin d'Éole serait "provisoire". La mairie devait évoquer le sujet ce mardi matin à l'occasion d'une conférence de presse qui a finalement été reportée. On ignore pour le moment quel pourrait être la solution pérenne pour prendre en charge ces personnes dépendantes aux stupéfiants. 

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