Toxicomanie : pourquoi il ne faut pas parler de "salle de shoot"

Toxicomanie : pourquoi il ne faut pas parler de "salle de shoot"

POINT VOCABULAIRE – Pour parler de la salle de consommation à moindre risque (SCMR) inaugurée ce mardi à Paris, l’expression "salle de shoot" est très souvent utilisée. Il s’agit pourtant d’un raccourci à la fois péjoratif et erroné.

C’est ce mardi que la première "salle de consommation à moindre risque" ( SCMR) ouverte en France a été inaugurée à l’hôpital Lariboisière de Paris. Un dispositif communément appelé "salle de shoot" à longueur d'articles de presse. Car par souci d’espace, la plupart des médias n’utilisent pas - dans leurs titres tout du moins - l’appellation officielle, plus longue et il faut bien le dire, moins percutante (à LCI, nous parlons de "salle de shoot" entre guillemets).

L'image du junkie

Un abus de langage qui est bien loin de ravir les acteurs du projet. C’est le cas de Jean-Pierre Coutron, président de "Fédération Addiction" et psychologue clinicien, qui explique à LCI pourquoi parler de "salle de shoot" est à la fois stigmatisant et factuellement faux.

"Le ‘shoot’ est une expression d’argo pour décrire une façon de s’injecter. Elle renvoie à un côté brutal, à l’image du junkie", explique-t-il. "Cette image, on peut l’assumer, mais il est vrai qu’une salle de consommation a pour but d’encadrer ce geste, d’offrir les conditions qui vont le modifier et d'en faire un acte à moindre risque. En d’autres termes, de passer de la rue à un lieu sûr. Parler d’une 'salle de shoot', c’est sous-entendre qu’on ne change rien, c’est remettre en cause les acquis de ces locaux."

Une salle d'injection et d'inhalation

Une expression qui cantonne aussi ces nouveaux locaux à leur unique fonction d’aide à l’injection. Alors même que la salle a été pensée pour permettre d’autres formes de consommation de drogues à moindre risque. "A Paris, le matériel de la salle permet non seulement l’injection de substances, mais aussi leur inhalation. Cette méthode est utilisée pour le crack notamment, et parfois l’héroïne" nous précise Jean-Pierre Coutron. C’est pourquoi nous préférons parler de "salle de consommation". Et pour ceux qui veulent gagner de la place, il milite pour "l’acronyme ‘SCMR’, plus court encore que ‘salle de conso’ !" Mais qui attend, encore, de rentrer dans les usages.

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    VIDÉO - La première salle de consommation de drogues destinée aux toxicomanes a ouvert ses portes à Paris :

    En vidéo

    Polémique - une première "salle de shoot" ouvre à Paris

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