Sexisme, racisme et homophobie dans les médias : "Les journalistes ont un impact sur l’imaginaire collectif"

Sexisme, racisme et homophobie dans les médias : "Les journalistes ont un impact sur l’imaginaire collectif"

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MEDIAS - L’association des journalistes LGBT (AJL) publie ce mercredi 20 décembre une étude à partir de cinq talk-shows, mettant à jour plusieurs séquences jugées sexistes, racistes ou homophobes. L’occasion d’échanger sur la responsabilité des journalistes avec Alice Coffin, porte-parole de l’AJL, journaliste et militante.

Il n’y a pas que TPMP dans la vie. C’est un peut ce qu’a voulu démontrer l’association des journalistes LGBT (l’AJL), ce mercredi 20 décembre, en rendant publique une étude à partir de cinq talk-shows français, sur une durée d’un mois. Ensemble, ils ont mis à jour pas moins de 55 séquences qu’ils jugent problématiques, à cause d’un contenu raciste, sexiste ou LGBTophobe. Interview avec la porte-parole de l’association, journaliste et militante, Alice Coffin.

A l'école de journalisme (...) on ne m’a jamais parlé du pouvoir des journalistes : ce pouvoir qu’ils ont de donner la parole à qui ils veulent.

LCI : Après avoir décortiqué le contenu de l’émission de Cyril Hanouna, "Touche pas à mon poste", l’année dernière, vous attendiez-vous à pire que ce que vous avez mis à jour, en observant cette fois-ci cinq talk-shows ?

Alice Coffin : Nous avons été tellement ébranlés par le cas TPMP qu’il est vrai qu’au visionnage de ces talk-shows, nous n’avons pas retrouvé une homophobie dans les mêmes proportions. Mais cela ne nous rassure pas pour autant : justement, ce qui se dessine, c’est le fait que ces séquences soient issues d’un système. Il y a une utilisation des minorités pour faire des audiences. On en avait déjà l’intuition, mais là c’est frappant. J’ai notamment été sidérée par le traitement des agressions sexuelles. Alors, on peut se dire qu’on en a beaucoup parlé en plateau dernièrement avec le contexte de l’affaire Weinstein, mais je pense que cette minimisation des violences sexistes relève d’une attitude générale. Avec l’actualité sur le sujet, on a simplement pu découvrir l’ampleur de la catastrophe. Surtout, on met à jour avec cette étude un rapport aux invités qui me semble problématique : on invite en plateau sur le sujet des minorités certaines personnes parce qu’on sait qu’elles vont faire "le buzz" : c’est limite pavlovien et irresponsable.

LCI : Vous évoquez la responsabilité des journalistes. Qu’est-ce qu’elle suppose, selon vous ?

Alice Coffin : A l’école de journalisme, on ne m’a jamais parlé de cette responsabilité très lourde. On m’a appris les règles d’éthique, de déontologie, de respect des sources, oui. Mais on ne m’a jamais parlé du pouvoir des journalistes : ce pouvoir qu’ils ont de donner la parole à qui ils veulent. On ne m’a jamais parlé non plus de leur impact sur l’imaginaire collectif. Donc c’est une double responsabilité, qui est compliquée à exercer, je le reconnais. Etre responsable en tant que journaliste, c’est peut-être d’abord vérifier à quelles personnes expertes on donne la parole, élargir le spectre, et ne pas rechercher que l’audience, dans cette démarche.

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LCI : Vous avez annoncé vouloir interpeller les chaînes concernées ainsi que le CSA, dans la droite ligne de cette étude. Qu’en attendez-vous ?

Alice Coffin : Nous avons déjà commencé à discuter avec le CSA. Nous avons ainsi appris qu’ils disposent d’un baromètre sur plusieurs discriminations mais que l’homophobie n’en fait pas partie (Nous avons vérifié : en effet, depuis 2014, le CSA est tenu d’observer la diversité femmes/hommes à la télévision. Mais ils n’a aucune prérogative en matière de lutte contre l’homophobie, ndlr) ! Ils sont en train de se rendre compte que c’est un vrai sujet, et notre rôle à nous, c’est d’être force de propositions, d’apporter notre expertise dans ce domaine. En ce qui concerne les chaînes, on peut agir avec le "name and shame" sur Twitter quand on voit une séquence problématique. Mais de plus en plus, nous préférons leur envoyer directement des mails, pour leur proposer d’en discuter. Avec cette étude, nous pourrons arriver avec un catalogue de séquences à leur montrer. Reste à savoir si elles seront réceptives… je pense sincèrement que la plupart d’entre elles n’ont pas la volonté de mal faire.

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