Trump dit en avoir un gros..., mais il existe vraiment le "bouton nucléaire" ?

Trump dit en avoir un gros..., mais il existe vraiment le "bouton nucléaire" ?

DirectLCI
FANTASME - Donald Trump a déclaré mardi que son "bouton nucléaire" était "plus gros et plus puissant" que celui de son rival nord-coréen Kim Jong-Un. Oui mais voilà, ces "boutons" - qui permettraient de lancer une bombe A ou H - n’existent pas. Retour sur l’un des plus grands fantasmes qui entoure les chefs d’Etat.

Un "bouton nucléaire" à portée de main. C'est ce qu'assure avoir le président nord-coréen Kim Jong-Un. Du côté des Etats-Unis, on n'hésite pas à surenchérir : Donald Trump affirme avoir ce même bouton mais en "plus grand et plus puissant". Une guerre des mots qui peut faire sourire (ou pas) mais qui fait référence à l'arme la plus puissante au monde. On imagine facilement un bouton poussoir, rouge vif, forcément, sur lequel il suffirait d'appuyer pour voir décoller une bombe atomique. Et boum. Un scénario digne d'un film de science fiction … Alors mythe ou réalité ?

En vidéo

DISCOURS KIM JONG UN NUCLEAIRE

Au risque de vous décevoir, on vous l'annonce d'emblée, ce  gros bouton rouge n'existe pas. "C'est une image", nous explique Bruno Tertrais, le directeur adjoint de la Fondation pour la recherche stratégique. "Il n'y a jamais un 'bouton' unique, même si, pour le lancement des missiles au bout de la chaine de commandement, c'est souvent une clé que l'on tourne."  A peine plus rassurant qu'un bouton. Mais alors comment arrive-t-on jusqu'à cette clé ? 

"Le processus est connu dans ses grandes lignes, en tout cas dans les principaux pays qui disposent de l'arme nucléaire", poursuit Bruno Tertrais.  "Un ordre est donné par l'autorité légitime - qui n'est pas forcément le chef des armées : par exemple, au Royaume-Uni, c'est le Premier ministre qui donnerait cet ordre, mais c'est la Reine qui est le chef des armées. Cet ordre peut être donné verbalement ou par d'autres moyens. Ce qui importe, c'est que cet ordre soit authentifié. C'est à dire que l'on soit sûr que c'est bien l'autorité légitime qui donne l'ordre, et que seul l'ordre donné sera exécuté. D'où notamment des procédures d'authentification, qui peuvent être des codes mais aussi, parfois, des moyens biométriques."

Impossible donc de voir se réaliser le scénario aussi loufoque que terrifiant du Docteur Folamour, le film de Stanley Kubrick, dans lequel le général américain, Jack D. Ripper, pris de folie, envoie une bombe atomique sur l'URSS, sans que le président américain ne parvienne à le stopper. Brrr. Dans les faits, les procédures d'authentification sont heureusement très complexes. Bruce Blair, chercheur à l'université de Princeton, évoque à titre d'exemple "huit étapes" pour déclencher l'arsenal américain. Dans un entretien à CNBC, il explique que le président doit notamment avertir la tête du commandement stratégique, transmettre son ordre via des codes et messages cryptés avant que des officiers contrôleurs ne tournent plusieurs clés de sécurité simultanément.

Parmi ces codes, on compte les "gold codes" que le président américain doit toujours avoir sur lui. Ces éléments d'authentification " sont inscrits sur une plaque qui ressemble vaguement à une carte de crédit", détaille Bruno Tertrais. On l'appelle tout simplement le "biscuit", en raison de son enveloppe stratifiée.  Et en France ? Jusque dans les années 80, à chaque passation, le président sortant remettait au nouveau venu, non pas une carte mais un "médaillon" contenant les codes.  "De Charles de Gaulle jusqu’à Mitterrand, il y avait une passation physique", affirme ainsi à nos confrères de Ouest France, un expert de la Fondation pour la recherche stratégique. Mais les procédures, depuis, "auraient changé".


Peut-être parce que des pertes de "médaillon" ou de "biscuit" ont été dévoilés au grand public... Des membres de l’état-major américain ont ainsi affirmé que Bill Clinton avait perdu les codes pendant plusieurs mois. Avant lui Jimmy Carter et côté français François Mitterand auraient tous deux oublié leurs codes dans leur costume avant de l'envoyer chez le teinturier. Oups. Réaliste ? "Oui", nous répond Bruno Tertrais. " Mais la compromission des codes est évidemment un scénario prévu. Autrement dit, la personne qui aurait trouvé le 'biscuit' de Clinton - ou bien le 'médaillon' transmis par Giscard à Mitterrand - et que celui-ci avait égaré pendant quelques heures - n'aurait rien pu faire avec. Et, bien sûr, s'il avait fallu procéder à un ordre de lancement dans cet intervalle, des moyens alternatifs étaient prévus..." Nous voilà (presque) rassurés.

Dernier élément, digne d'un film à la James bond et pourtant bien réel : la valise nucléaire. Selon le New York Times, cette mallette pèserait une vingtaine de kilos aux Etats-Unis et suivrait en permanence le chef d'Etat, portée par l'un de ses cinq aides de camp. 


En France, une valise accompagne aussi le chef de l'Etat mais il s'agit d'un poste de communication mobile et non d'un outil de lancement d'une bombe A ou H . D'ailleurs, impossible d'en savoir plus sur les processus d'ordre de déclenchement du feu nucléaire. "En France, les personnes qui connaissent les procédures exactes (...) sont extrêmement peu nombreuses", nous avertit le directeur adjoint de la Fondation pour la recherche stratégique. "On les compterait sans doute sur les doigts d'une seule main..."

Sur le même sujet

Plus d'articles

Lire et commenter