55 séquences télé (en un mois) jugées "LGBTphobes, sexistes ou racistes" par une association de journalistes

55 séquences télé (en un mois) jugées "LGBTphobes, sexistes ou racistes" par une association de journalistes

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MINORITÉS - L’association des journalistes LGBT (AJL) rend publique ce mercredi 20 décembre une étude portant sur cinq talk-shows français. Son but : démontrer que l’émission « ‘Touche pas à mon poste’, épinglée lors d'une précédente étude, n’a pas la monopole des séquences homophobes, sexistes ou racistes ».

Baiser forcé sur une invitée, canular homophobe… On connait ces séquences, tristement fameuses, diffusées dans l’émission « Touche Pas à mon Poste » sur C8. Elles ont, en leur temps, suscité un tollé sur les réseaux sociaux et, partant, dans les médias. "Mais TPMT n’a pas le monopole des séquences sexistes ou homophobes". Ce constat, c’est celui de l’association des journalistes LGBT (l’AJL) qui oeuvre pour un meilleur traitement de ces thématiques au sein des médias français. 


Pour l’étayer, il leur a fallu s'astreindre à un travail de fourmi  : regarder, consigner et documenter cinq talk-shows français pendant un mois. C’est ainsi qu’en novembre dernier, plus d’une dizaine de journalistes engagés sur les questions LGBT ont passé à la loupe les émissions Quotidien (TMC), On n’est pas couché (France 2), Salut les Terriens / Les terriens du dimanche (C8), L’Heure des pros (Cnews) et C politique (France 5). Soit une cinquantaine d’émissions au total, pour 100 heures de programme. 

Homophobie, sexisme, racisme… Mêmes mécanismes d’oppression

Le résultat : un site développé par l’agence web datagif qui regroupe le fruit de ces heures de visionnage. C’est-à-dire pas moins de "55 séquences problématiques, jugées LGBTphobes, sexistes ou racistes." Car les journalistes de l’AJL ont choisi de ne pas circonscrire leur base de données aux seules sorties offensantes pour les lesbiennes, gays, bi ou trans : "Notre boulot, c’est de parler des LGBT, mais on ne pouvait pas passer sous silence les séquences sexistes ou racistes", explique la porte-parole, journaliste et militante, Alice Coffin. "Elles relèvent plus ou moins des mêmes mécanismes d’oppression", ajoute-t-elle.


Alors, que trouve-t-on dans ce recueil d’extraits désormais en ligne ? Plusieurs tendances se dessinent clairement, détaille l’association, en conférence de presse ce mercredi 20 décembre. "En ce qui concerne l’homophobie, nous avons relevé 17 séquences problématiques. Ce sont souvent des clichés éculés formulés sous couvert de blague." Exemple : le chroniqueur Laurent Baffie dans l’émission Salut les terriens, qui reproche à Dave d’être resté "dans le wagon de queue", ou encore Thierry Ardillon qui lâche en plateau l’insulte "quel enculé."

Deuxième tendance : la transidentité. "Sur ce point-là, on retrouve surtout des allusions au fait qu’on ne sait pas très bien qui on a en face de nous", expliquent les journalistes auteurs de l’étude. En témoigne cette séquence où le chroniqueur Yann Moix, dans On n’est pas couché, demande à la trans Galia si "elle est une femme à 100%."

Les femmes invisibilisées

Quant aux propos sexistes, ils arrivent eux aussi en bonne place, surtout dans le contexte de l’affaire Weinstein, où les violences faites aux femmes ont été largement discutées sur les plateaux TV. Et l’association de citer Quotidien, où Yann Barthès lui-même qualifie Brigitte Macron de "vieille ferronnière". L’émission L’Heure des pros sur Cnews, n’est pas en reste, avec Pascal Praud qui remercie les invités hommes par leur nom et prénom, et lance un "merci mesdames" général à l’égard des invitées femmes. "Nous avons remarqué une invisibilisation des femmes dans des séquences où des hommes parlent à leur place", reprennent les journalistes, "et surtout une minimisation du harcèlement et des agressions sexuelles".


Les séquences relevant du racisme, enfin, sont bien présentes dans cette étude. Avec en illustration, les propos tenus sur les musulmans. "Ce qui est inquiétant, c’est que cela semble relever d’une stratégie : on agite le chiffon rouge du communautarisme, dans la recherche du buzz", alertent les membres de l’AJL. "Mais attention", ajoutent-ils, "on ne dit pas que telle ou telle émission est homophobe, raciste ou sexiste. On souhaite davantage pointer ces séquences pour ensuite permettre une amélioration." A cet égard, l’association indique que son étude va donner lieu à des sollicitations des chaînes concernées et du CSA, dans le but de discuter, autour d’une table, de la représentation des minorités. 

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