Un algorithme pour favoriser la mixité sociale au collège : une fausse bonne idée ?

SOCIÉTÉ
ÉDUCATION - Dès la rentrée prochaine, les affectations des élèves dans les collégiens parisiens pourraient être confiées à un algorithme. Une méthode déjà employée dans les lycées de la capitale, mais qui ne fait pas l'unanimité.

Le débat sur la mixité sociale s’invite dans les collèges parisiens. Dans une interview accordée ce vendredi à l’agence de presse spécialisée AEF, le recteur de Paris François Weil a affirmé que la répartition des collégiens dans la capitale pourrait être confiée à un algorithme à la rentrée prochaine. "Un Affelnet en 6e est programmé" pour septembre 2017, explique-t-il. Ce logiciel emprunte son nom au projet déjà mis en place pour les lycées parisiens, qui permet de répartir aléatoirement les écoliers lors de leur passage de la troisième à la seconde. Si les critères d’affectation devraient être différents, selon François Weil,  le but de ce projet restera le même : casser les ghettos scolaires et recréer de la mixité sociale dans les établissements. 


Mais la mise en place de ce logiciel laisse déjà certains perplexes. "Pour ne rien vous cacher, ça ne m’inspire pas grand-chose", estime Michel Fize, sociologue et chercheur au CNRS joint par LCI. "Personne ne pense que l’on va réaliser la mixité sociale avec un algorithme. Car elle ne s’impose pas : il faut argumenter, donner envie à un petit bourgeois d’aller étudier avec un petit fils d’ouvrier." 

La vraie bonne idée serait l’exigence et la qualité de l’éducation pour tous les collèges publicsSamuel Cywie, président de la PEEP de Paris

Un avis partagé par les syndicats et les associations de parents d’élèves que nous avons invités à réagir. "La vraie bonne idée serait l’exigence et la qualité de l’éducation pour tous les collèges publics", assène ainsi Samuel Cywie, président de la PEEP de la capitale. De son côté, Thierry Ananou, du SNES-FSU de Paris, estime que l’algorithme "n'est pas une solution s’il ne va pas avec autre chose". Le responsable syndical enchaîne : "Il risque même d’avoir l’effet inverse et de faire fuir les enfants vers le privé". Selon le cabinet de Najat Vallaud-Belkacem, l’enseignement privé devrait en effet échapper à cet "Affelnet". Mais "il sera inclus de différentes façons", tente de se justifier l'entourage de la ministre de l'Education dans les colonnes du Monde.


Une décision qui fait d’autant plus débat que ce système ne faisait jusque-là pas l’unanimité. En juillet dernier, on apprenait en effet que le lycée Turgot (IIIe arrondissement de Paris) allait accueillir 83% d’élèves boursiers à la rentrée, après application du barème d’Affelnet. Le proviseur de l’établissement, Christophe Barrand, avait ensuite dénoncé la création d’un "ghetto social, ethnique et culturel". Najat Vallaud-Belkacem elle-même a affirmé il y a quelques jours dans les colonnes du Monde que l’algorithme ne pouvait "constituer une baguette magique".

Si une mesure a beaucoup d’inconvénients et qu’elle risque d’être plus nuisible qu’autre chose, il faut renoncerMichel Fize, sociologue et chercheur au CNRS

Tandis que Samuel Cywie regrette que "les enfants paient les erreurs de nos politiques et la mauvaise gestion de certains quartiers", Michel Fize va plus loin : "Quand on prend une mesure politique, il faut quand même regarder si les inconvénients ne risquent pas d’être supérieurs aux avantages. Et y renoncer si elle risque d’être plus nuisible qu’autre chose".


Avant de conclure : "Je ne remets pas en question la bonne volonté qui préside à cette idée – celle de corriger la non mixité –, mais est-ce que ça ne vas pas être plus un grain de sable qu’autre chose ?"

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