Un an après #MeToo, il n'est pas encore trop tard pour présenter des excuses

Un an après #MeToo, il n'est pas encore trop tard pour présenter des excuses

Société
INTROSPECTION - #MeToo, ça fait un an. Au-delà du fait social et des déclarations politiques, LCI s'est demandé ce que ce mouvement avait transformé dans la sphère intime. Exposés ou non sur les réseaux sociaux, les auteurs de violences ont-ils fait leur introspection ? Ont-ils présenté leurs excuses ? Plusieurs femmes racontent.

#MeToo. Un hashtag et deux petits mots de rien du tout pour un bruit monstre. Le mouvement, initié voilà un an à partir de l’affaire Weinstein, a fait la une des journaux, avant d'être cité et reconnu dans les plus hautes instances de l’Etat comme un fait social majeur. Il a amené des gens, surtout des femmes, à manifester, à parler. Il en a poussé d’autres à écouter. Il a occupé les discussions aux terrasses de café et animé les repas de famille. 


Mais quel impact a-t-il eu dans la sphère intime ? Les tweets accompagnés des hashtags #MeToo et #BalanceTonPorc ont-ils permis d’ouvrir la discussion entre ex-amants sur les violences qui, jusqu’alors, n’étaient peut-être pas apparues aussi crûment  ? Goût amer, sensation que ce qu’on a vécu cette nuit-là n’était pas normal, voire traumatisme durable… Elles sont très nombreuses à avoir exposé le comportement irrespectueux d’un ou de plusieurs de leurs partenaires sexuels, que ce soit au cours d'une relation longue comme dans un plan d’un soir. Ont-elles reçu des excuses en retour ? 

Inverser le rapport de dominationLaura

Laura n’a pas attendu que ses agresseurs reviennent vers elle. Encouragée par #MeToo, elle a décidé de les confronter et d’aller chercher elle-même des excuses. Au total, ils sont deux hommes à avoir eu de ses nouvelles. "Le premier cas est un viol commis dans une situation de ‘zone grise’, comme on dit. Il ne s’était pas rendu compte que c’était un viol" explique-t-elle à LCI. "La confrontation s’est plutôt bien passée, même s'il y a eu des moments difficiles. Il a commencé par m'expliquer ce que j'étais censée avoir ressenti, il m’a dit qu’il avait senti une bataille entre ma raison et mon désir même si je lui avais dit non. Ce n’était pas vrai. Je lui ai répondu qu’il venait de justifier, avec ses mots, que finalement ‘non, c’était oui’. Ça l’a marqué. Notre discussion était assez éprouvante parce qu’il a eu une phase de rejet. Mais ça m’a quand même fait du bien, d’autant plus qu’il a été le premier à prononcer le mot ‘viol’ que je n’arrivais pas à dire moi-même. Ensuite, j’ai coupé tout contact, je ne voulais pas l’accompagner dans son cheminement, ce n’était pas mon rôle. Je pense qu’il s’est remis en question, c’est déjà ça."


L’autre homme l’a agressée sexuellement à plusieurs reprises. "C’était en prépa, tout le monde trouvait ça drôle qu’il me siffle et me mette des mains aux fesses, parce qu’il était un peu fou-fou et beau gosse." Contrairement à la première, cette seconde confrontation tourne vite au vinaigre. "Il a nié les faits" reprend Laura. "Il a noyé le poisson en rappelant d’autres conflits qu’on avait eus et il s’est placé lui aussi sur le rang de victime." Néanmoins, la jeune femme ne regrette pas sa démarche. "Cela m’a permis de tourner la page sur ces faits et d’inverser le rapport de domination, en étant dans une confrontation active."

Il a réussi à m'isolerSamya

Pour Capucine, la situation est un peu différente. Elle aurait aimé, comme Laura, obtenir une réponse à ses sollicitations. Mais elle n'a eu droit qu'au silence. Capucine a vécu plusieurs années en couple, dans un contexte de violences sexuelles et psychologiques. "Je m'en suis rendue compte qu'après notre rupture" nous dit-elle. On est en septembre 2017. #MeToo n'a pas encore éclaté. Après une intense réflexion, un suivi spécialisé auprès d'associations et de professionnels, elle décide d'envoyer un "long mail" à son ex-compagnon. "J’attendais une réponse, j’aurais aimé des excuses. Pour écrire ce mail, il m'a fallu un ou deux mois et pas mal d’efforts." Et puis au mois d’octobre, voilà que le monde découvre le scandale Weinstein. "Il en a forcément entendu parler." Mais toujours aucune réaction. "Depuis, j’ai reçu trois messages de sa part me transférant des documents EDF ou me souhaitant un joyeux anniversaire, comme s’il n'avait pas lu ce que je lui avais écrit. Maintenant, je dois me reconstruire sans réponse de sa part. Je pense qu’il ne s’excusera jamais."


La confrontation peut être une étape pénible et douloureuse, même si la victime prend les devants. Samya pensait en avoir terminé avec la sienne, mais c'était sans compter sur #BalanceTonPorc. "J'avais 18 ans, nous étions dans une relation sérieuse. Je ne m'en rendais pas compte, mais il m'agressait de manière quasiment systématique dans nos rapports. Je l'ai compris au moment où j'en ai presque vomi, pendant l'acte. Je lui en ai parlé, il s’est excusé. Mais ensuite, il a continué." Samya devance elle aussi #MeToo. "Dès la fin de notre relation, je l'ai confronté. Je lui ai dit que ce qu’il m’avait fait avait eu des impacts impressionnants sur ma vie et ma sexualité. Il semblait comprendre et m’a assuré que ce n'avait jamais été volontaire." Et puis, peu de temps après, lorsque #BalanceTonPorc débarque en France, la jeune femme raconte son histoire sur les réseaux sociaux. "Et là, son comportement a radicalement changé. Il ne m’a jamais confrontée directement, mais il a contacté mes amis proches. Il s’est défendu en disant que je faisais de la diffamation. Il était peiné que dans les commentaires, des amis le reconnaissent et me soutiennent. Il a réussi à m’isoler, certains copains m’ont tourné le dos après cela."

La pédagogie et la fatigue

Durant nos recherches et parmi les réponses à notre appel à témoin, nous n'avons pas trouvé de femme ayant reçu, spontanément, des excuses de la part d'un ex. Souvent, les femmes qui ont accepté de nous parler ont eu une démarche proactive autour de #MeToo. Pourtant, l'habilité au dialogue et à la pédagogie ne tombe pas sous le sens dans une telle situation. Certaines en sont fatiguées d'avance, ou persuadées qu'une confrontation directe serait pire que mieux. Laura elle-même nous précise qu'elle ne "conseille pas à tout le monde" de se lancer dans un règlement de compte. "Si la confrontation se passe mal, si l'agresseur arrive à manipuler, alors on peut se sentir encore plus mal..."


C'est bien ce que redoutait Sandra. Au départ, cette jeune femme d'une vingtaine d'années se pensait à des années-lumière des mots "viols" ou "agressions sexuelles". "Je me disais que je ne pouvais pas être concernée. Il m'a fallu #MeToo pour que je comprenne... qu'en fait, si." Elle reprend : "J’avais rencontré cet homme sur Tinder. Nous avons été amis pendant plus d’un an avant de coucher ensemble. On a fini par avoir des relations sexuelles à plusieurs reprises, dont une fois à l’hôtel, où il s’est mis en tête de m’apprendre la vie. J’étais d’accord, déjà déshabillée, mais il s’est mis à faire quelque chose que je ne voulais pas faire. Je lui ai dit d’arrêter, à plusieurs reprises, en vain. A la fin, j’ai mis mon cerveau sur pause et j’ai simulé pour ça se termine plus vite. En sortant de là, je me suis simplement dit que c’était pas top, ce qui venait de se passer. D'autant plus qu'il avait insisté pour coucher sans préservatif : résultat, j'ai attrapé deux MST." 


Aujourd'hui, Sandra décrit cet amant comme quelqu'un de "relativement ouvert". Elle aurait espéré que la vulgarisation de certains discours féministes, cette année, provoque chez lui une prise de conscience. Mais elle n'a pas la force d'aller chercher elle-même la réponse : "Si je le confronte, j’ai peur qu’il ne comprenne pas, qu’il pense que je suis une fille coincée. Je ne veux pas remuer le couteau dans la plaie, je ne suis pas sûre que ça me fasse du bien." Mais dans le silence, la colère ou la lente compréhension des agresseurs, Laura, Samya, Capucine, Sandra et les autres peuvent toujours trouver une consolation : aujourd'hui, une chose est sûre, ces ex ne peuvent plus dire qu'ils ne savent pas.

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