"Un cado pour un charclo", un étudiant lillois vous met au défi d'offrir un cadeau à un SDF pour Noël

SOCIÉTÉ

SOLIDARITÉ - A Lille, l’an dernier, Arthur, étudiant en commerce avait mis les habitants au défi sur Facebook : offrir pour Noël un cadeau aux sans-abri. Devant le succès de l’opération, elle est reconduite cette année.

"Un cado pour un charclo", c’est d’abord l’histoire d’une rencontre. Celle d’Arthur, étudiant lillois, et d’Etienne, SDF. "Tous les matins, sur le chemin de l’école, je croisais ce sans-abri", raconte Arthur Berthault, 21 ans, à LCI. "Au début, je l’ignorais complètement, un peu gêné, ou faisais un petit sourire en coin, je pressais le pas." Et puis, un jour, Arthur s’est arrêté. Il a répondu au 'bonjour', et est resté discuter avec Etienne. "Je me suis dit que je lui manquais de respect, de considération. Quand on croise quelqu’un dans la rue qui dit bonjour, on s’arrête. Et là, parce que la personne est dans une situation difficile, on ne répondrait pas à ses sollicitations ?"

Petit à petit, entre les deux, une relation se crée. Le temps d’une petite discussion sur le bout de trottoir, d’un sandwich partagé. Et puis un jour de novembre, Arthur amène à Etienne un sac de vêtements, qu’il ne met plus. "Je n’avais pas eu l’impression d’avoir sauvé le monde, mais sa réaction a été hyper forte. Il n’arrêtait pas de me remercier, j’étais bouleversé. Je me disais : 'Waouh, pour Etienne, aujourd’hui, c’est Noël' !" 

On veut changer le regard des gens, retrouver cette considération pour la personne- Arthur, étudiant lillois

L’histoire aurait pu s’arrêter là. Mais Arthur, en école de commerce, sort un jour de son cours d’entreprenariat social avec une idée : mettre les Lillois au défi. Au défi d’offrir, pour Noël, un cadeau aux sans-abri. "C’était l’époque des Ice Bucket challenge, qui grouillaient sur les réseaux sociaux. Tout le monde s’y mettait. Alors pourquoi ne pas faire pareil ?" Alors le 1er décembre 2015, Arthur lance la page Facebook "Un cado pour un charclo"

Pourquoi "cado" ? Pourquoi "charclo", le verlan de "clochard" ? Arthur assume le côté choc. "C’est fait pour interpeller ! Montrer qu’on n’a pas peur des mots", dit-il. "Le terme premier peut avoir une connotation un peu péjorative. Mais "clochard", étymologiquement, c’est celui qui sonnait les cloches à Notre-Dame ! On sait que ça choque, c’est aussi le but, mais ça va dans notre logique de casser les étiquettes, de changer le regard qu’on a." Quant à "cado", Arthur reconnaît en rigolant avoir déclenché quelques foudres du côté des profs de français, à l’époque. "On parle d’un autre cadeau, on n’offre pas qu’un cadeau matériel", défend-il. "Notre ‘ cado’, c’est aussi le temps d’échange ou de partage. L’essence même de l’initiative, à travers le cadeau, est de créer du lien social. On veut changer le regard des gens, retrouver cette considération pour la personne, l'humain."

Partagée, relayée, en une dizaine de jours l’an dernier, la page "Un cado pour un charclo" a fait le buzz. 15.000 like, 8.000 partages, 600 commentaires. Et dans la réalité, cela a donné 3000 cadeaux distribués, grâce à l’aide de 200 bénévoles, venus aider à préparer, empaqueter, distribuer. Gros, beau succès. 

Objectif fixé à 3.000 cadeaux

Là encore, l’histoire aurait pu s’arrêter là. "Mais cela avait tellement bien marché que nous avons décidé de faire une association -baptisée évidemment "Un cado pour un charclo"-, et de renouveler le projet toute l’année", raconte Arthur. Cet été, l’asso a monté une opération "Un été autrement", pour collecter des bouteilles d’eau pour les SDF, qui souffrent énormément de la chaleur. Et surtout, pour les fêtes de fin d’année, elle relance donc son opération phare de cadeaux de Noël. La collecte a été entamée samedi dernier, un appel aux bénévoles a été passé, une carte pour définir des points de collecte pour les entreprises ou associations est en train d'être constituée, et une cagnotte va être créée sur un site participatif, pour tous ceux qui souhaitent offrir, sans être sur place.

Sans le buzz de l’an dernier, il faut relancer la communauté, redonner le souffle, à quelques jours de Noël. Mais Arthur y croit. "Une grande enseigne d’électroménager est venue nous donner une centaine de radios, des kilomètres de papier cadeau, 300 rouleaux de scotch. C’est exceptionnel, dingue !", se réjouit-il. "Les particuliers amènent des peluches, du parfum, du textile, des stylos, des carnets de jeu." L’objectif est fixé, cette année, à 3.000 cadeaux. Mais pas de pression.  "Ce n’est pas la course au chiffre. On veut de la quali’ !", martèle Arthur. "Cette année, nous allons personnaliser les cadeaux, en glissant dans chacun une carte de vœu." Tous les présents sont appréciés : chocolats, "super tapis de sol", petite tente, bonnet, "lampe torche de compèt’", "chaussettes bien chaudes", ou encore mini-radio, qui permettent de casser la solitude. "De l’utile et de l’agréable, ce qui permet à un sans-abri d’améliorer son quotidien" résume Arthur. 

Cette année, l'asso essaime même à Nantes, où une bande d’étudiants de l’école de commerce a, elle aussi, trouvé le projet génial, et monté son antenne. "'D'autres villes nous ont contactés", se réjouit Arthur. "Mais nous voulons prendre notre temps, pour construire les choses bien, petit à petit." Bref, l’histoire ne fait vraiment que commencer. 

> Pour donner un cadeau, être bénévole, participer à la cagnotte en ligne, tous les détails sur la page Facebook de 'Un cado pour un charclo'. Permanence à Lille au 8, bis rue Jean-Moulin. Contact : ucpuclille@gmail.com

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