Un "Hijab day" organisé à Sciences Po pour "démystifier le voile" crée la polémique

Un "Hijab day" organisé à Sciences Po pour "démystifier le voile" crée la polémique
SOCIÉTÉ

POLEMIQUE - Un groupe d'étudiants de Sciences Po organise mercredi un "Hijab Day" ou journée du voile, pour sensibiliser sur le port du foulard en France. La tenue de l'évènement fait débat, dans un contexte où la question du port du voile et de mode islamique a été relancé ces derniers jours par plusieurs ministres.

Dans le contexte actuel, l'initiative ravive les tensions. Et va sans doute relancer le débat sur ce sujet sensible. Des étudiantes de Sciences Po lancent un "Hijab Day", une journée du voile, qui doit se dérouler ce mercredi dans les murs de la prestigieuse école de la rue Saint-Guillaume.

L'idée : une journée de "sensibilisation sur la question du foulard en France", est-il indiqué sur la page Facebook de l'évènement . Chaque étudiant qui le souhaite est ainsi invité à "se couvrir les cheveux d'un voile le temps d'une journée". Les étudiants seront accueillis dès le matin à la Péniche, lieu de rendez-vous des étudiants, où leur seront distribués des "jolis foulards et pashmina" - ils peuvent aussi venir avec le leur. Des "tutos" et "assistance manuelle" seront assurés.

"Il y a autant de voiles que de femmes"

Derrière tout ça, les initiatrices de l'évènement entendent "démystifier le tissu !", écrivent-elles. "Il y a autant de voiles que de femmes. C’est la personne qui le porte qui donne une signification à son vêtement, et elle est la seule légitime à le faire", insistent les organisatrices. Pour elles, se couvrir les cheveux d'un voile permettra à tous, à la fois de "prendre conscience du regard de l'autre", mais aussi vivre "l'expérience de la stigmatisation vécue par de nombreuses femmes voilées en France", indique toujours la page de l'évènement. Autre objectif : "montrer que nous disposons de nos corps comme nous l'entendons et nous vêtissons comme nous l'entendons et n’admettons pas l’idée d’un diktat quant à la façon dont nous choisissons de nous présenter, de nous vêtir."

Ce "Hijab Day" a notamment été programmé en réaction aux dernières polémiques sur la mode islamique et le port du voile. Notamment des positions défendues par les ministres : comme le débat sur le port du voile dans l'enseignement supérieur relancé par le Premier ministre, Manuel Valls, ou la ministre des Droits des femmes Laurence Rossignol qui s'était clairement prononcé contre la mode islamique : "Quand on cache le corps des femmes, quand on les dissimule, quand on les efface, derrière, pas loin, il y a leur dissimulation et leur effacement de l’espace public", avait-elle estimé.

L’initiative, lancée sur Facebook, a aussitôt suscité de très nombreux et vifs commentaires. Au point que l'administratrice a supprimé la page, pour en recréer une autre, qui ne permet pas de publier de commentaires. "Cela permet aussi de ne pas perdre notre temps à signaler les nombreux messages islamophobes, haineux et racistes que nous avons reçus", indique l'organisatrice. Sur les 2 300 invités, environ 200 disent qu'ils participeront, et 260 se disent "intéressés".  Au sein de l'établissement, les avis sont très partagés. Romain Millard, président de l'association Les Républicains, y voit "un mauvais coup contre les modérés de tous bords, qui souhaitent intégrer l'Islam dans une France laïque apaisée".


L'UNI est encore plus catégorique, en "s'opposant fermement à la tenue de cet évènement", selon le délégué national Jens Villumsen qui s'exprime dans le Figaro . Il y voit une "véritable provocation et incitation communautariste à Sciences Po, en totale contradiction avec les valeurs de la République et le respect des droits des femmes ".
Mais d'autres sont nettement plus favorables, comme L'Unef Sciences Po, là aussi citée par le Figaro, qui y voit une initiative "louable car elle rappelle que le port du voile est un acte que les individus font en fonction de leur propre volonté". Même ton pour l'association Politiqu’elles, qui oeuvre à la promotion des femmes en politique. Dans un communiqué partagé sur Twitter, Politiqu'elles indique "soutenir pleinement cette initiative", qui "vise à donner la parole à celles dont on parle tout le temps et qui ne sont jamais écoutées".


Sur les réseaux sociaux, le hastag #HijabDay a vite grimpé dans les "Trending topics", sujets les plus évoqués, et les positions sont très partagées. Certains sont "sidérés" de cette initiative dans ce lieu symbolique des élites.

Et d'autres encouragent cet évènement et voient dans les critiques de l'islamophobie.

L'école de Sciences Po a fini par réagir, via un tweet, en disant que l'évènement ne serait pas interdit, ce qui ne voulait pas dire que la direction le soutenait.

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