"Un Noël avec un morceau de pain et une tranche de bacon" pour les routiers coincés à Douvres

Des milliers de poids lourds sont coincés à Douvres en Angleterre ainsi que sur des parkings géants. Les chauffeurs passeront le réveillon dans leurs camions. Une soirée cauchemar, loin de chez eux, dans des conditions difficiles.

TÉMOIGNAGE - À Douvres, les files d'attente de camions s'étendent sur des kilomètres. Bloqués à la frontière britannique en raison d'une nouvelle souche du Covid-19 découverte dans le pays, les routiers s'apprêtent à fêter Noël loin de leurs familles. L'un d'entre eux nous décrit la situation sur place.

Triste Noël pour des milliers de routiers européens toujours bloqués, ce jeudi, dans des conditions sommaires aux abords du port britannique de Douvres. Après deux jours d'interruption en raison de l'apparition outre-Manche d'une nouvelle souche de coronavirus, le trafic avec la France ne reprend qu'au compte-gouttes et les poids-lourds s'entassent sur l'ancien aéroport de Manston. 

Londres a déjà prévenu qu'il faudra "quelques jours" pour décongestionner la zone où s'étirent des files de camions à l'arrêt. Sébastien Grenet, un routier de 43 ans, fait partie des victimes collatérales de cet isolement. Après quatre jours d'attente et une situation qui n'évolue guère, il doit se résigner à passer Noël seul, dans son camion. Une perspective qui l'attriste profondément.

Toute l'info sur

La France face à une 3e vague d'ampleur

Je vais fêter Noël dans 2m² avec le minimum.- Sébastien Grenet, routier

"J’essaie de ne pas trop penser à la famille, parce que c’est très dur", nous confie-t-il, la gorge serrée, alors qu'il attend plus ou moins patiemment son tour, depuis lundi, pour se faire tester et espérer ensuite embarquer à bord d'un ferry en direction des côtes françaises. "Je vais fêter Noël dans 2m² avec le minimum. Ça va être un Noël avec un morceau de pain et une tranche de bacon", résume-t-il, las. "Ça aurait été n’importe quelle autre fête… Mais nous, les routiers, on ne manque jamais Noël."  En plus d'être privé de ses proches, Sébastien Grenet est aussi quasiment privé de communication avec le monde extérieur, le réseau étant saturé.

Dans sa solitude, le Bourguignon a réussi à trouver trois autres routiers français, qu'il a pu rejoindre avec son camion. Les quatre stationnent désormais l'un derrière l'autre dans la file d'attente. "Ça nous permet d’être moins seuls, même si on ne se voit pas beaucoup car on essaie de rester le plus possible confinés dans nos cabines par rapport au Covid-19. Je n’ai pas envie d’être contaminé et de ramener le virus chez moi", rapporte-t-il.

J’ai pris ma dernière douche en fin de matinée lundi.- Sébastien Grenet, routier

Seul, dans son camion, il ne peut réprimer sa colère quant à l'organisation britannique, qu'il juge déplorable. Il dénonce notamment le manque d'hygiène flagrant. "On nous sert à manger gratuitement, mais il faut voir dans quelles conditions : il n’y a pas de masque, pas de gants... Il y a des bouteilles de sauce pour mettre avec les frites auxquelles tout le monde touche. Jusqu'à ce matin, il n'y avait pas de gel hydroalcoolique à côté des stands de nourriture", témoigne-t-il. Quant aux sanitaires, qui ne sont autres que des toilettes de chantier, ils ne sont jamais nettoyés. Aucune douche n'est d'autre part mise à disposition des routiers. "J’ai pris ma dernière douche en fin de matinée lundi, dans une station où il y a avait déjà beaucoup de monde", raconte le quadragénaire. Parti avec un stock de masques, il ne lui en reste aujourd'hui plus que "trois ou quatre".

Lire aussi

Celui qui parcourt les routes depuis maintenant vingt-trois ans affirme également ne recevoir que très peu d'informations de la part des autorités britanniques. Les rares qui lui parviennent sont sous forme de tracts en anglais, distribués par la police. Le dernier lui stipulait que les tests de dépistage du Covid-19 avait débuté, et le remerciait de sa patience. "Il y en avait en plein de langues, mais pas en français, alors que c'est quand même un pays voisin. Je ne parle pas l’anglais mais l’un des routiers français a pu traduire", indique Sébastien Grenet.

Selon lui, une cinquantaine de camions seraient encore devant lui, dans la file pour le dépistage. Une bonne position donc, mais qui ne le laisse pas espérer rejoindre la France avant plusieurs jours. "On a su qu’un Français avait été testé hier. Il est parti à 23h de l’aéroport, mais ce matin il n’avait toujours pas embarqué sur un ferry", se désole-t-il. "On nous dit que c’est à cause du virus qu’on est bloqués ici, mais j’ai un gros doute. Je pense que c’est plus une prise d’otage pour mettre une pression supplémentaire aux négociations du Brexit", affirme le routier.

Sur le même sujet

Les articles les plus lus

Cinq départements désormais en alerte orange pluie-inondation

"Nos aînés ont raison" : nouvelle tribune de militaires sur le risque d'une "guerre civile" en France

Vincent éliminé de "Koh-Lanta" : "En rentrant, je me suis inscrit à une formation pour devenir coach de vie"

Le "champignon noir" : que sait-on de cette infection qui touche les yeux de patients guéris du Covid en Inde ?

Elle a tué son mari qui la tyrannisait : l'interview poignante de Valérie Bacot dans "Sept à Huit"

Lire et commenter

LE SAVIEZ-VOUS ?

Logo LCI défend l'ambition d'une information gratuite, vérifiée et accessible à tous grace aux revenus de la publicité .

Pour nous aider à maintenir ce service gratuit vous pouvez "modifier votre choix" et accepter tous les cookies. > En savoir plus.