"Un porc, tu nais ?" : prix Goncourt 2016, Leïla Slimani réclame "le droit de ne pas être importunée"

"Un porc, tu nais ?" : prix Goncourt 2016, Leïla Slimani réclame "le droit de ne pas être importunée"

ENGAGÉE – Dans les colonnes de "Libération", l’écrivain franco-marocaine Leïla Slimani réagit à la tribune sur la "liberté d’importuner", qui fait polémique depuis sa parution dans "Le Monde". "Je ne réclame pas d’être protégée mais de faire valoir mes droits à la sécurité et au respect", écrit-elle notamment.

Elle n’est pas d’accord. Et elle a pris la plume pour le faire savoir. Prix Goncourt 2016 pour son roman "Une chanson douce", l’écrivain Leïla Slimani livre, avec ses mots à elle, sa réaction à la tribune publiée par Le Monde dans laquelle 100 femmes, dont la comédienne Catherine Deneuve, l'écrivain Catherine Millet et l'ancienne star du X aujourd'hui animatrice Brigitte Lahaie, réclament "la liberté d’importuner" et s’en prennent au mouvement #Balancetonporc. Ce texte fort, intitulé "Un porc, tu nais ?", est publié ce vendredi par Libération. La jeune femme, née à Rabat, au Maroc, en 1981, l'entame par une sorte de "liste" de ses envies :


"Marcher dans la rue. Prendre le métro le soir. Mettre une minijupe, un décolleté et de hauts talons. Danser seule au milieu de la piste. Me maquiller comme un camion volé. Prendre un taxi en étant un peu ivre. M’allonger dans l’herbe à moitié dénudée. Faire du stop. Monter dans un Noctambus. Voyager seule. Boire seule un verre en terrasse. Courir sur un chemin désert. Attendre sur un banc. Draguer un homme, changer d’avis et passer mon chemin. Me fondre dans la foule du RER. Travailler la nuit. Allaiter mon enfant en public. Réclamer une augmentation. Dans ces moments de la vie, quotidiens et banals, je réclame le droit de ne pas être importunée."

Mon fils sera, je l’espère, un homme libre. Libre, non pas d’importuner, mais libre de se définir autrement que comme un prédateur habité par des pulsions incontrôlablesLeïla Slimani dans "Libération"

"Je revendique ma liberté à ce qu’on ne commente pas mon attitude, mes vêtements, ma démarche, la forme de mes fesses, la taille de mes seins, poursuit Leïla Slimani. Je revendique mon droit à la tranquillité, à la solitude, le droit de m’avancer sans avoir peur. Je ne veux pas seulement d’une liberté intérieure. Je veux la liberté de vivre dehors, à l’air libre, dans un monde qui est aussi un peu à moi (...) Je ne suis pas une petite chose fragile. Je ne réclame pas d’être protégée mais de faire valoir mes droits à la sécurité et au respect. Et les hommes ne sont pas, loin s’en faut, tous des porcs."

En vidéo

Brigitte Lahaie en larmes sur TV5 Monde

Leïla Slimani, qui a été nommée représentante personnelle du président pour la francophonie, en novembre dernier, salue par ailleurs la réaction de nombreux hommes depuis le lancement du hashtag #Balancetonporc : "Les hommes que je connais sont écœurés par cette vision rétrograde de la virilité. Mon fils sera, je l’espère, un homme libre. Libre, non pas d’importuner, mais libre de se définir autrement que comme un prédateur habité par des pulsions incontrôlables. Un homme qui sait séduire par les mille façons merveilleuses qu’ont les hommes de nous séduire. Je ne suis pas une victime. Mais des millions de femmes le sont."

Tout savoir sur

Tout savoir sur

#BalanceTonPorc, le hashtag qui réveille les consciences contre le harcèlement

Plus d'articles

Sur le même sujet