Un rapport alarmant met en doute leur résistance en cas d'attentat : à quoi servent les piscines des réacteurs nucléaires ?

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FOCUS – Un rapport alarmant de Greenpeace, contesté par EDF, met en garde ce mardi contre la vulnérabilité des bassins français de stockage de combustible face au risque d'attaques. LCI s’attarde sur leurs caractéristiques et leur rôle.

En comptant La Hague et Creys-Malville, la France en compte 63. Les piscines d'entreposage des combustibles usés sont au centre d’un rapport sur la sûreté nucléaire dont Greenpeace publie une version résumée ce mardi. Dans leurs conclusions, les sept experts mandatés par l’ONG pointent notamment la capacité de résistance, ce que dément formellement EDF. Mais à quoi servent ces piscines si cruciales au fonctionnement des centrales ?  LCI vous donne quelques éléments de réponse. 

Plusieurs années pour refroidir le combustible usagé

Une piscine de stockage du combustible usagé permet d’entreposer provisoirement le combustible nucléaire irradié afin de protéger des radiations qu’il continue d’émettre. Ça n’est qu’après être passé par ce bassin d’entreposage que le combustible usagé, originellement constitué d'uranium plus ou moins enrichi ou d'un mélange d’uranium et de plutonium, est envoyé, plusieurs années plus tard, pour retraitement et stockage final. Il arrive également que du combustible neuf destiné au rechargement d’un réacteur à l’arrêt soit provisoirement stocké dans ces piscines, souvent séparée en plusieurs bassins grâce à des cloisons amovibles. 

Jusqu'à 20 mètres de profondeur

Après l'arrêt du réacteur, le combustible nucléaire usagé continue de dégager de la chaleur, appelée "puissance résiduelle", impliquant le refroidissement permanent de la piscine. Aussi, tous les bassins de ce type sont dotés d’un système de mesure de la température, qui ne doit pas dépasser 25 °C, et de réfrigération constantes de l’eau. Faute d'apport d'eau destinée au refroidissement d'une piscine d’entreposage du combustible usagé le contenu de la piscine s'évapore et l'ébullition cause alors l'échauffement puis l'éclatement des crayons de combustible. 


Pour garantir la manipulation du combustible en toute sécurité, cette dernière compte en une dizaine de mètres de profondeur pour un petit réacteur, et une vingtaine au moins pour un plus gros. 20 m pour un gros réacteur. En outre, une hauteur d’eau minimale de deux à trois mètres  au-dessus du combustible permet d’absorber le rayonnement. 


Enfin, pour garantir une étanchéité parfaite et empêcher toute dissémination de matières radioactives, les bassins doivent être construits selon des normes antisismiques. Cela vise notamment à pallier les éventuels mouvements des étagères de rangement situées dans le fond susceptibles d'endommager la paroi de la piscine, conduisant à une rupture d'étanchéité. 

Pourquoi elles seraient trop fragiles ?

Selon les experts mandatés par Greenpeace, des attaques seraient "en mesure de provoquer sur le type de structures et d'équipements des bâtiments d'entreposage du combustible en piscine les dégâts conduisant aux scénarios redoutés". En clair : une attaque terroriste pourrait endommager ces piscines et mettre en péril le refroidissement du combustible. En cause ? "Certaines faiblesses connues  pour l'ensemble des installations, comme l'absence de protection autre que des poutres et un bardage métallique sur les toits".


Greenpeace s'en prend à EDF, qui exploite les centrales, accusé de n'avoir "pas procédé aux renforcements nécessaires" malgré plusieurs rapports précédents mais aussi le survol de centrales, à répétition et toujours inexpliqué, par des drones. 


Le directeur du parc nucléaire d'EDF, Philippe Sasseigne, a assuré mardi au Parisien que les piscines "sont certes construites à l'extérieur du bâtiment réacteur, mais bénéficient d'un niveau de protection identique, aussi bien contre des agressions naturelles comme des tempêtes ou des inondations que contre des actes de malveillance comme le terrorisme." Et d'ajouter que "tous les moyens sont mis en oeuvre et de manière coordonnée, entre EDF et l'Etat" pour assurer la sécurité des centrales face aux nouvelles formes de menaces.

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