Elle avait falsifié des billets de concert du Bataclan pour se faire passer pour une victime, elle est condamnée à 4 ans et demi de prison

Elle avait falsifié des billets de concert du Bataclan pour se faire passer pour une victime, elle est condamnée à 4 ans et demi de prison
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Les attentats du 13 novembre, trois ans après

PROCÈS - Florence M., 49 ans, a été condamnée jeudi par le tribunal correctionnel de Créteil à 4 ans et demi de prison pour s'être fait passer pour une fausse victime de l'attentat du Bataclan, une escroquerie qui lui avait permis de toucher 38.000 euros.

Pour la première fois, une fausse victime des attentats de Paris était parvenue à profiter de son statut pour toucher de l'argent. Florence M. a été condamnée ce jeudi par le tribunal correctionnel de Créteil à 4 an et demi de prison ferme pour escroquerie. Elle a également été condamnée à rembourser 25.000 euros au Fonds de garantie pour les victimes de terrorisme (FGTI) et 13.320 euros à l'Assurance maladie, qui lui avaient versés ces sommes en sa qualité de victime de l'attentat du 13 novembre 2015 au Bataclan.

La prévenue, qui n'a pas encore indiqué si elle souhaite faire appel, a en outre été condamnée à verser 3.000 euros à l'association de victimes Life for Paris. Florence M. avait en effet travaillé pour cette association, bénévolement puis comme salariée, ce qui lui avait permis de falsifier une facture pour des billets du concert des Eagles or Death Metal, qui jouaient au Bataclan le 13 novembre 2015. C'est cette fausse facture qui lui a permis d'être inscrite sur la liste officielle des victimes de l'attentat et ainsi recevoir des indemnités du FGTI et une couverture à 100% de l'Assurance maladie.

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À Lorient le soir des attentats ?

Florence, 49 ans, avait déjà été condamnée à 3 reprises pour escroquerie quand elle a décidé de se rapprocher de l'association de victimes, peu après les attentats du 13 novembre 2015. Où était-elle en réalité le soir des attaques ? Selon les informations de connexion à son compte Facebook, elle était à Lorient. À l'audience, les cheveux teints en blond et rose, Florence dit ne jamais avoir mis les pieds dans la ville bretonne.

Ce compte Facebook est au centre des débats de ce jeudi. Car Florence s'est présentée à l'association Life for Paris en affirmant non pas qu'elle était victime, mais qu'elle connaissait une victime. Un certain Grégory. Sauf que Grégory n'existe que sur Facebook. Aucune trace de lui dans la liste officielle des victimes de l'attentat, ni nulle part ailleurs.

Elle s'est vite rendue indispensable- Le président de Life for Paris

À l'audience, si Florence reconnaît des faits d'escroquerie qui lui sont reprochés, elle persiste à affirmer que "Grégory existe". Même après que la présidente lui demande pourquoi le mot de passe de son compte Facebook est le même que celui de l'ordinateur de Florence. Même quand elle lui demande pourquoi Florence et Grégory n'ont jamais échangé de message sur Facebook après les attentats (seule une bribe de conversation aurait eu lieu entre eux en 2014). Même quand la présidente lui demande pourquoi elle avait enregistré le mot de passe du compte de Grégory sur son téléphone portable...

Il y a deux ans, pourtant, Grégory semblait bien réel pour tout le monde. Après les attentats, Florence raconte qu'il a été blessé par des balles de Kalachnikov. Elle commence alors à travailler bénévolement pour Life for Paris, en janvier 2016. Là, elle aide des victimes à réunir les pièces nécessaires à leur dossier d'indemnisation. "Elle s'est vite rendue indispensable", explique le président de l'association.

Elle fait discuter Grégory avec de vraies victimes

Le 15 mars 2017, alors que Florence dit connaître des difficultés financières, Life for Paris accepte même de l’embaucher. Un CDD à mi-temps jusqu'en décembre 2017. Elle semble impliquée, participe aux apéros entre victimes. Elle écrit même, sur son compte Facebook, être "dégoutée" et "révoltée" par ce candidat d'un télé-crochet qui avait menti en affirmant avoir composé une chanson pour son ami (imaginaire), victime des attentats...

Florence fait même converser de vraies victimes avec le fameux Grégory, sur Facebook. Ces victimes ne rencontreront jamais le "meilleur ami" de Florence, celui-ci étant, dit-elle, en rééducation loin de Paris. A l'audience, comme pendant les auditions, la prévenue ne peut fournir aucune adresse permettant de localiser Grégory. Rien qui permette de prouver son existence.

Démasquée par l'association de victimes

Deux événements viennent bousculer le manège mis en place. D'abord, la présidente de Life for Paris croise par hasard Florence dans la salle d'attente d'un psychologue qui fait des consultations pour... les victimes de l'attentat. Deuxième coïncidence : en épluchant les plaintes de victimes dans le dossier pénal des attentats, des membres de l'association tombent sur... une plainte de Florence, déposée en février 2017, avant son embauche au sein de l'association.

Dans cette plainte, les membres de Life for Paris retrouvent les mêmes expressions que dans certaines plaintes de vraies victimes. Le doute laisse vite la place à la certitude : Florence cherche à être considérée comme une victime de l'attentat du Bataclan, et elle a profité de son travail au plus près des victimes pour peaufiner sa crédibilité.

Elle a tenté d'obtenir un logement social à Paris

L'enquête révèle que la facture des places du concert des Eagles of Death Metal, envoyée par Florence au FGTI pour prouver sa qualité de victime, est falsifiée. Elle a été réalisée à l'aide de deux vraies factures appartenant aux victimes. Des victimes dont les documents ont transité par Florence. Les investigations téléphoniques montrent enfin que le téléphone portable de Florence n'a jamais "borné" près des lieux des attentats parisiens. Le 13 février 2018, Florence est interpellée.

Les enquêteurs découvrent encore d'autres méfaits. En plus d'avoir sollicité à de nombreuses reprises le FGTI, pour finalement obtenir 25.000 euros, et plus de 13.000 euros de la part de l'Assurance maladie, Florence a également demandé à la ville de Paris d'être prioritaire pour décrocher un logement social, à l'aide de son statut de victime. Elle a enfin falsifié son contrat de travail de Life for Paris, transformant son CDD à mi-temps en CDI à plein temps afin, dit-elle, de "trouver un appartement".

En vidéo

VIDÉO - En décembre 2017, une autre fausse victime condamnée à 6 mois de prison ferme

"Sans scrupule" ? "En détresse psychologique" ? Les deux ?

L'escroquerie de Florence s'explique-t-elle par le seul appât du gain ou également par une détresse psychologique ? Pour la défense, assurée par Me Savoy-Nguyen, c'est les deux. L'avocate se demande pourquoi Florence, alors qu'elle était déjà inscrite sur la liste officielle des victimes, a continué à parler aux vraies victimes. Comment expliquer ensuite que le compte Facebook du "meilleur ami" Grégory ait été créé avant les attentats, en 2013, et que Florence a accès, depuis son téléphone portable, à d'autres comptes Facebook, dont un "petit ami", tout aussi invisible que Grégory, et qui "vivrait à Los Angeles" ?

Analysée par un psychiatre et un psychologue, Florence a été jugée responsable de ses actes, mais montre une "absence de culpabilité" et une propension à se construire "plusieurs identités" afin de "compenser un manque d'affection". La défense rappelle également que Florence souffre du syndrome de Cushing, qui provoque notamment d'une obésité chronique et des problèmes psychologiques. Vivant chez sa mère à 50 ans, opérée d'un cancer en 2015, Florence aurait selon sa mère commis plusieurs tentatives de suicide et souffrirait d'un "mal être profond". Des mots prononcée par la défense et qui font rire jaune plusieurs victimes présentes dans la salle ce jeudi.

Au cours de l'audience, la prévenue revient sur son passé, sur les violences conjugales dont sa mère et elle-même ont souffert, sur ses six ans de chômage qui précèdent les attentats. Un portrait psychologique qui n'a pas excusé son escroquerie, aux yeux du tribunal. Les juges ont prononcé une peine plus sévère que les réquisitions du parquet, qui voyait Florence comme une prévenue "sans scrupule", dont les problèmes psychiques "ont bon dos". Les timides excuses de Florence aux victimes n'y ont rien changé. 

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