Une femme et un homme échangent leur prénom pour mettre en lumière le sexisme ordinaire dans le monde professionel

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SEXISME - Pendant deux semaines, deux employés ont échangé leur prénom pour prouver l'existence du sexisme ordinaire dans le monde professionnel. Et le résultat de leur expérience est sans appel.

Pour dénoncer le sexisme ordinaire dans le monde professionnel, deux anciens employés d’une petite entreprise aux États-Unis ont décidé de raconter le 9 mars sur Twitter une expérience qu’ils ont réalisée en 2014. Martin R. Schneider raconte sur son compte Twitter que son patron avait tendance à être beaucoup plus sévère avec sa collègue, Nicole Knacks, qu’avec lui. La raison ? Parce qu'"elle est plus lente avec les clients", justifiait leur responsable. En clair, Nicole prenait trop de temps pour négocier avec eux, selon lui. Résultat : Martin se voit contraint par son manager de la surveiller. "C’est quelque chose que nous détestions tous les deux et elle essayait à tout prix d’accélérer pour rendre du bon boulot", dit-il.

Une réponse "dédaigneuse"

Un jour, Martin répond à un client avec une boîte mail partagée et reçoit une réponse "très impolie et dédaigneuse" de la part de celui-ci. Agacé et surpris, il relit alors son mail pour voir si quelque chose ne va pas dedans. Il découvre finalement que tous ses derniers mails sont signés "Nicole", et non pas "Martin". Pour comprendre la raison de cette animosité, il envoie un courriel au même client en disant : "c’est Martin, je reprends le projet de Nicole". D’un coup, la réponse qu'il reçoit a un ton complètement différent. "Il m‘a répondu immédiatement et m'a remercié pour mes suggestions", affirme Martin. "Ma technique et mes conseils n’avaient pas changé. La seule différence, c’est que j’étais un homme", note-t-il.


Après cette découverte, Martin demande à Nicole si cela lui arrive souvent de se faire parler comme ça, ce à quoi elle répond : "pas tout le temps mais oui, très souvent".

Une expérience de deux semaines pour mettre en lumière ce problème

Il n'en fallait pas plus pour que les deux collègues se livrent à une petite expérience. Pendant deux semaines, Nicole signe par Martin et Martin, par Nicole. Du point de vue de Martin, l’expérience est un véritable calvaire. "C’était l’enfer. Tout ce que je demandais était questionné. Des clients normalement faciles étaient désormais condescendants. L'un d'eux m’a même demandé si j’étais célibataire", raconte Martin.

De son côté, Nicole "a eu la semaine la plus productive de sa carrière". À la fin de l’expérience, Martin réalise donc "que la raison pour laquelle elle prenait du temps avec les clients, c’est parce qu’elle devait convaincre les clients de la respecter".

Un patron insensible à l’expérience

Dans un post publié sur la plateforme Medium, Nicole a raconté la réaction de leur patron quand elle lui a parlé de son expérience avec Martin. "Il ne nous a pas crus. Il nous a répondu qu’il y avait un millier de raisons pour lesquelles les clients pouvaient réagir différemment. Cela peut être le travail ou encore la performance, vous n'avez aucun moyen de le savoir", affirme la jeune femme.


Exaspéré par la réaction de son patron, Nicole avoue avoir été stupéfaite et "très en colère". La jeune femme affirme ne pas avoir compris "ce refus de croire que le sexisme existe, même lorsque les preuves sont criantes et qu’un employé homme lui dit". Il n'en a pas fallu plus à Nicole, qui, dans la foulée, a quitté ses fonctions. "Je n’ai jamais réussi à comprendre. À la place, j’ai démissionné et j’ai monté ma propre boîte", conclut Nicole. 

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