"Une fois, un enfant a donné le cadeau à la nouvelle compagne de son papa" : comment les instits adaptent la fête des mères aux nouveaux schémas familiaux

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CÉLÉBRATION – Inscrite dans la loi depuis 1950, la fête des mères est une tradition dans plusieurs pays. En France, nombreuses sont les mamans qui ont reçu un collier de nouilles ou un poème, savamment glissé dans une carte stylisée par leurs bambins. Avec l’évolution de la cellule familiale (divorce, remariage, belle-maman, beaux-enfants, deux papas ou deux mamans...), la fête des mères est parfois remise en cause. Nous avons demandé à des instituteurs et institutrices de nous livrer leur expérience en la matière.

Le lapin en pâte à sel ou la boîte de camembert recouverte de coquillettes trône peut-être encore sur une étagère, bien en vue de tous, et pourtant votre enfant commence ses révisions du bac. Vous n’êtes pas la seule à garder précieusement ce premier cadeau de fête des mères confectionné à l’école. Il est d’ailleurs possible qu’il devienne bientôt une œuvre d’art en voie de disparition. La famille a évolué et la complexité est au rendez-vous. 


Comment faire, à l’école, lorsque l’on se retrouve dans une classe avec des enfants de parents divorcés, de papas célibataires, de couples homosexuels ou qui ont perdu leur maman ? Pour répondre à cette question, nous avons interrogé les plus concernés : les instituteurs.

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Mélody, professeur des écoles dans les Yvelines : "Avec les enfants, rien n'est compliqué, on s'adapte !"

Avec ses élèves, Mélody "réalise le genre de carte que l’on retrouve posée sur la cheminée pendant un bon nombre d’années". La fête des mères est pour elle une tradition et une fierté. Comme elle enseigne en petite section de maternelle, il s’agit du premier cadeau que les mamans reçoivent. Mais c’est surtout l’aspect pédagogique qui séduit l’institutrice. "Il s’agit d’un travail rassemblant plusieurs apprentissages en fonction du niveau de la classe, c’est enrichissant !", s'enthousiasme-t-elle, en ajoutant que l’idée de l’offrir à leur maman motive les enfants. 


Lorsqu’elle se retrouve avec des élèves dont la famille ne correspond pas au schéma "traditionnel", elle s’adapte. "Avec les enfants, rien n’est compliqué. S’il n’y a pas de maman, on lui demande à qui il veut offrir la carte ou le cadeau. Au lieu d’écrire ‘Bonne Fête Maman’, il écrira un mot gentil à la personne souhaitée". 

Arielle, institutrice dans une école primaire à Paris : " Ça m’a parfois posé des petits soucis"

La fête des mères "est à la discrétion de chacun et à mon sentiment, ça se perd un peu". Arielle n’est pas très favorable à cette tradition. Non pas parce qu’elle n’en voit pas l’intérêt mais parce qu’elle s’est déjà retrouvée dans des situations particulièrement complexes. En région parisienne, elle estime que la moitié des enfants sont élevés dans des familles recomposées. 


"Nous ne sommes pas toujours au courant des situations familiales de chacun, nous apprenons les choses au fur et à mesure", explique-t-elle. Alors qu’elle pensait bien faire en faisant confectionner un cadeau pour leur maman à ses élèves, elle s’est retrouvée en porte-à-faux. "Une fois, un enfant l'a donné à la nouvelle compagne de son papa, ce qui n’a pas du tout fait plaisir à sa maman", raconte-t-elle. "Quand ils sont une semaine sur deux chez l’un des deux parents, les petits ne sont pas toujours au fait, c’est parfois compliqué". 


Enseignante au primaire, Arielle se heurte également au manque de temps. Après la maternelle, le programme laisse moins de temps aux réalisations plastiques. 

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Fête des mères : la tradition des cadeaux faits à l'école

Aroun, enseignant-remplaçant : "On fait une fête de l’adulte"

En assurant les remplacements de ses collègues parties en congé maternité, Aroun se retrouve avec des élèves issus de milieux totalement différents : "Parfois, les familles sont tellement déchirées qu'il n’est même pas question de parler de la fête des mères". "Pour éviter les erreurs, il est important de se renseigner, de travailler avec les parents, d’en discuter". 


S’il trouve que cette célébration est un support qui permet de créer du lien entre l’école et la maison, il rappelle que "ça peut faire du mal à une famille". L’instituteur prend l’exemple d’un enfant ayant des parents homosexuels et qui se retrouverait avec un seul cadeau à offrir. "Il va se retrouver dans une situation délicate, qu’il ne comprendra pas".


Alors qu’il assurait un congé dans une école située en Zone d’Éducation Prioritaire en Seine-et-Marne, Aroun est tombé d’accord avec ses collègues : cette année-là, ils n’ont pas fait la fête des mères mais la fête des adultes. L’équipe enseignante a choisi une date qu’elle a transmise aux familles. Les enfants avaient la possibilité d’offrir leur cadeau à n’importe quelle grande personne, "du tonton au personnel de la cantine par exemple".

En 2014, le député Les Républicain Olivier Marleix avait d'ailleurs interrogé, dans une question à l'Assemblée, l'ancienne ministre de l'Éducation nationale sur "les nouvelles pratiques de certaines écoles" concernant la célébration de la fête des mères. Najat Vallaud-Belkacem lui avait alors répondu qu'il n'y avait pas "d'instruction ministérielle s'agissant des travaux réalisés par les enfants à l'occasion de la fête des mères et des pères. [...] Ils relèvent de la liberté pédagogique de l'enseignant". La loi n'indiquant aucune directive, la fête des mères dans les écoles devrait continuer d'évoluer avec les moeurs. 

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