Une jeune Hollandaise dénonce le harcèlement de rue avec des selfies

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STOP - Le harcèlement de rue, une réalité quotidienne pour de nombreuses femmes aux quatre coins de la planète. Une jeune étudiante résidant aux Pays-Bas a décidé de réagir en postant pendant un mois des selfies de ses harceleurs sur Instagram. Ses posts ont rapidement fait le tour du réseau social.

"Hey sexy girl, où vas-tu comme ça toute seule ?", "Tu veux monter dans ma voiture ?", "Je sais ce que je ferai avec toi, bébé" : des remarques déplacées de ce genre, Noa Jansma en entend tous les jours. Un harcèlement de rue ordinaire comme le connaisse malheureusement de nombreuses jeunes femmes aujourd’hui. Mais cette étudiante hollandaise âgée de 20 ans a décidé de réagir.


Pour dénoncer ce comportement machiste, elle a posté pendant un mois des selfies d’elle et de ses agresseurs sur un compte Instagram. Son projet s’appelle #Dearcatcallers (en français  "chers harceleurs"). Et "ce n’est pas un compliment", prévient-elle d’emblée.  Au total : 23 clichés annotés pour chacun d’entre eux des comportements et des remarques de ses agresseurs.

"Du pouvoir sur eux"

En préambule, elle explique dans un premier post que "ce compte a pour but de faire prendre conscience de la transformation de la femme en objet sexuel". "Puisque beaucoup de personnes ne savent pas à quelle fréquence et dans quel contexte les cas de harcèlement se produisent, je vais montrer pendant un mois mes harceleurs". Un pari gagnant puisque, un peu plus d'un mois après sa création, elle compte 141.000 abonnés.


"Souvent, les femmes ne savent pas répondre à un commentaire sexiste", explique-t-elle au site Redpers. "Poursuivre sa route semble être la seule solution, mais cela n'a aucune conséquence pour les harceleurs. Parfois je leur faisais un doigt d'honneur, mais je me sentais bête après. Je voulais faire quelque chose qui me donne du pouvoir sur eux."

Ils ne sont pas du tout méfiants parce qu'ils trouvent ce qu'ils font est tout à fait normalNoa Jansma

L'idée émerge petit à petit mais l'étudiante n'ose pas tout de suite faire le premier pas. Fin août, elle se lance et découvre avec surprise avec quelle facilité elle obtient le consentement de ses agresseurs. "Quand j'ai demandé à un homme de venir avec moi faire une photo, il a répondu avec enthousiasme," raconte-t-elle au site Het Parool. Etonnamment ses harceleurs ont en effet tous accepté d'être photographiés, et seul l'un d'entre eux lui a demandé le but de cette démarche. "Ils ne sont pas du tout méfiants parce qu'ils trouvent ce qu'ils font est tout à fait normal."


Un mois jour pour jour après son premier post, Noa Jansma a publié sa dernière photo. "Je peux continuer à l'infini", précise-t-elle à Het Parool, "mais je ne veux pas". Elle souhaite laisser la main à d'autres femmes et leur propose de poster leurs propres selfies pour que le combat se poursuive.

"Coups de com' militants"

Comme elle, d'autres jeunes femmes avaient déjà cherché à sensibiliser sur ce sujet par le biais de "coups de com' militants". Rapide tour d'horizon.

Juillet 2012 – Caméra cachée

Sofie Peeters a décidé de consacrer son film de fin d'études au harcèlement de rue qu'elle subit. En caméra cachée, on la voit déambuler seule dans les rues de Bruxelles et subir, jour après jour, des remarques désobligeantes, voire des insultes grossières. Son initiative a rapidement dépassé les frontières.

Juin 2014 – Des tee-shirts pour afficher son refus du harcèlement de rue

Laura et huit amies ont créé "Colère : nom féminin", une marque de tee-shirts et de tote bags. Leur slogan : "Ta main sur mon cul, ma main sur ta gueule." Les bénéfices ont été reversés à des associations militant contre les harceleurs.

Octobre 2014 - Dans les rues de New York

La jeune actrice Shoshana Roberts s'est promenée pendant 10 heures dans les rues de New York. Un ami, caméra cachée dans le dos, la précédait de quelques mètres. Un projet mené par l'association de lutte contre le harcèlement de rue Hollaback ! Sans grande surprise, le résultat est assez similaire à celui de Sofie Peeters, mais les réactions ont été plus violentes : la cofondatrice de l'association a dû faire face à des menaces de mort et de viol après la diffusion de la vidéo.

Février 2015 - #LaSaintValourdingue

L'antenne lilloise du collectif "Stop au harcèlement de rue" a lancé l'opération #SaintValourdingue sur les réseaux sociaux. L'idée : poster "la pire technique de drague ou accroche (à caractère sexiste/dégradant) que les internautes ont subie. Quelques mois plus tard, le collectif montait un "mur de la honte" sur la Grand Place de Lille, en invitant les passantes à y inscrire leurs expériences de harcèlement de rue.

Novembre 2015 – Simulation filmée dans le métro

Un couple d'acteurs a simulé un acte de harcèlement sexuel dans le métro londonien, tandis qu'un complice filmait la scène. Le but : savoir si les passagers allaient réagir. Heureusement, la réponse a été oui. Des passagers se sont interposés au point que les comédiens ont dû révéler le pot aux roses. La vidéo a ensuite été postée sur la chaine Youtube Trollstation.

Mars 2017 - Des dessins pour en rire

L'illustratrice Claire Gosnon s'est associée avec la réalisatrice de documentaires Julie Clavier pour réaliser une vingtaine de "strips" réunis sur le blog Goujat Mode d'Emploi. Avec humour, elles racontent les situations auxquelles sont confrontées les femmes dans leur quotidien.

Juin 2017 - Les coquettes se moquent des harceleurs ... en chanson

Les coquettes, un trio de chanteuses un peu délurées qui aiment raconter des histoires de la vie quotidienne. En spectacle à l'Olympia en juin dernier, elles s'amusaient à donner la réplique aux harceleurs de rue dans "Hey mademoiselle". De l'ironie et des rythmes entrainants, un autre moyen de réveiller les consciences.

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