Universités : ils ont obtenu leur licence avec mention mais sont privés de master pour la rentrée

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STAND-BY - Des étudiants qui ont obtenu leur licence cette année n’ont pas pu obtenir une place dans le master de leur choix pour la rentrée 2017, même avec des dossiers solides. En cause, une réforme qui permet aux universités d'effectuer désormais une sélection dès l'entrée en M1... et donc de limiter leur capacité d'accueil.

Pour des milliers d’étudiants, cette coupure estivale risque d’avoir un goût de plus en plus amer. Après la baisse des APL prévue pour octobre prochain et les ratés d’admission post-bac, qui laissent encore près de 65.000 nouveaux bacheliers sans affectation pour la rentrée, c’est au tour des étudiants en licence de se retrouver sans master.


Depuis une réforme votée cet hiver et qui sera appliquée dès cette rentrée, les universités peuvent opérer une sélection directement après la licence (bac +3), et non plus après la première année de master comme c’était le cas avant. Les rectorats ont toutefois l'obligation de proposer trois autres filières à tous les diplômés de licence qui n'auraient pas eu leur choix.

Sandra, 13 de moyenne, refusée

A un mois de la rentrée scolaire, de nombreux étudiants qui ont validé un bac+3 sont bloqués aux portes du master, leurs vœux ayant été refusés. Sandra, étudiante en psychologie à Nancy a validé sa licence avec 13 de moyenne et a vu deux de ses candidatures en master refusées, l’une pour "résultats inférieurs à ceux des candidats retenus" et une autre à cause "du nombre de places limitées". 


L’étudiante a rapidement fait une saisine auprès du rectorat via le site trouvermonmaster.gouv.fr mais n’a toujours pas eu de retour après validation de son dossier. Davantage que les refus, c'est surtout l'opacité des décisions et l'impossibilité de les contester qui fait bondir les étudiants concernés.


Avec cette réforme, les universités ont limité leur capacité d’accueil et défini des critères de sélection qui n'existaient pas auparavant, ce qui rend l’accès à certaines filières beaucoup plus difficile. Avec ces refus, Sandra a l’impression d’avoir pris "une grosse claque". Et malgré l'obligation qu'a son rectorat de lui faire trois propositions de master alternatifs, elle doute qu'elles soient en adéquation avec son projet professionnel. Aussi elle envisage déjà d’abandonner l'université pour un service civique.

Les réseaux sociaux, seule source d'information

Kévin, étudiant en psycho-criminologie à Rennes est lui aussi dans l’attente que la solution se débloque. L’étudiant de 27 ans a validé ses matières avec 14 de moyenne mais a pourtant été refusé dans le master qu’il espérait obtenir. Il a fait un recours auprès du président d’université et des enseignants mais ne se fait guère d’illusion pour la rentrée.  Lui aussi envisage de mettre son cursus entre parenthèses l’année prochaine pour se consacrer à son job étudiant. A une période de l’année où la plupart des administrations sont en congés, lui et des dizaines d’autres étudiants se regroupent sur Facebook et se tiennent informés en temps réel d’éventuels désistements.

Franchement, quand on n’est pas boursier, qu'on doit payer 400€ l'année, un loyer, les courses, etc. pour faire un truc qui ne nous intéresse pas, prendre la place d'une personne que ça aurait pu intéresser juste pour rester dans les études, c’est non…Sandra, étudiante refusée à plusieurs masters

Une bonne réforme mais des services qui n'ont pas joué le jeu

Si la Fédération des associations générales étudiantes (FAGE) trouve cette réforme plutôt satisfaisante, "en raison de la garantie du droit à la poursuite des études", elle déplore la mauvaise communication du ministère, des universités et des rectorats.  


L'organisation étudiante, qui fait partie des signataires du texte, approuve l'esprit de cette réforme qui cherche à obtenir "davantage de cohérence entre le bloc licence et le bloc master", mais en critique l'application à cause "des services qui n'ont pas joué le jeu derrière", notamment les universités qui en ont profité pour restreindre leur capacité d'accueil afin de ne pas être débordées.


Difficile de savoir combien d'étudiants sont concernés, alors que des épreuves de rattrapages peuvent avoir lieu jusqu'en septembre. D'après la fédération étudiante, il s'agirait d'un "phénomène récurrent" cette année.

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