Vaccin anti-Covid : les femmes ont plus d'effets indésirables que les hommes

CHRISTOPHE ARCHAMBAULT / AFP

INÉGALITÉS - Selon une étude américaine, les femmes ont tendance à développer davantage d'effets secondaires que les hommes après une vaccination contre le Covid-19. Ce qui n'est pas forcément une mauvaise nouvelle : cela veut dire qu'elles développent une plus forte réponse immunitaire.

On savait que les hommes et les femmes n'étaient pas forcément égaux face au coronavirus - les hommes étant plus à risque de développer des complications - on s'aperçoit aujourd'hui que cette inégalité s'observe également dans la réponse aux vaccins. Ainsi, dans une étude publiée le mois dernier, des chercheurs des Centers for Disease Control and Prevention (CDC), chargés de la surveillance de la santé aux États-Unis, ont montré que les trois quarts des effets secondaires des vaccins sont enregistrés chez les femmes. 

Après avoir analysé les données de sécurité des 13,7 millions de premières doses de vaccin Covid-19 administrées aux Américains, ils ont ainsi noté que parmi les effets secondaires signalés à l'agence, 79,1% provenaient de femmes, même si seulement 61,2% des vaccins avaient été administrés à des femmes. De plus, pratiquement toutes les réactions anaphylactiques graves concernent les femmes (29 cas sur 31). Dans le détail, les chercheurs ont rapporté que les 19 personnes qui avaient eu une telle réaction au vaccin Moderna étaient des femmes et que les femmes représentaient 44 des 47 qui ont eu des réactions  anaphylactiques au vaccin Pfizer. 

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Ce n'est pas vraiment une surprise : on observe ces différences de sexe dans beaucoup d'autres vaccins.- Sabra Klein, microbiologiste et immunologiste

"Ce n'est pas vraiment une surprise : on observe ces différences de sexe dans beaucoup d'autres vaccins", a expliqué dans le New York Times Sabra Klein, microbiologiste et immunologiste au Johns Hopkins Bloomberg School of Public Health. Dans une étude de 2013, des scientifiques du CDC avaient par exemple constaté que quatre fois plus de femmes que d'hommes, âgés de 20 à 59 ans, signalaient des réactions allergiques après avoir reçu le vaccin contre la grippe H1N1 de 2009, même si plus d'hommes que de femmes ont été vaccinés. Une autre étude a révélé qu'entre 1990 et 2016, les femmes représentaient 80% de toutes les réactions anaphylactiques des adultes aux vaccins.

Les nouvelles ne sont cependant pas toutes mauvaises pour les femmes, car les effets secondaires sont généralement légers et de courte durée. 

Ces réactions physiques sont aussi et surtout le signe qu'un vaccin fonctionne - que "vous développez une réponse immunitaire très robuste, et que vous serez probablement protégé en conséquence", ajoute le Dr Klein.

Des différences hormonales et génétiques

Mais pourquoi ces différences de sexe se produisent-elles ? Une partie de la réponse pourrait être comportementale. "Il est possible que les femmes soient plus susceptibles que les hommes de signaler des effets secondaires même lorsque leurs symptômes sont les mêmes", a déclaré Rosemary Morgan, chercheuse internationale en santé à la Johns Hopkins Bloomberg School of Public Health. Pourtant, il ne fait aucun doute que la biologie joue un rôle important. "Généralement, les femmes ont un niveau d'anticorps plus élevé ainsi qu'un plus grand nombre de lymphocytes B", explique Ashley Fink, de la Johns Hopkins Bloomberg School of Public Health, dans une étude de 2018 sur le sujet. "Or, une plus grande production d'anticorps implique une réponse plus forte au vaccin". 

Un facteur hormonal entrerait également en jeu. "On sait par exemple que les hormones féminines (œstrogènes et la progestérone) inhibent le récepteur ACE2, porte d'entrée du coronavirus dans les cellules. À l'inverse, la testostérone ralentit la production de cytokines qui entraînent l'inflammation qui va détruire les cellules infectées", poursuit le chercheur. Les différences génétiques entre les hommes et les femmes peuvent également influencer l'immunité. De nombreux gènes liés au système immunitaire se trouvent sur le chromosome X, dont les femmes en ont deux copies et les hommes n'en ont qu'un. 

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Pour Ashley Fink, ce constat suggère qu'il faudrait adapter les doses de vaccin selon les sexes, avec pourquoi pas des doses réduites administrées aux femmes, qui seraient ainsi moins exposées aux effets secondaires tout en étant aussi bien protégées. Ce problème se pose d'ailleurs aussi pour tous les médicaments de façon générale, car on sait que les hommes et les femmes métabolisent les médicaments différemment, les femmes ayant souvent besoin de doses plus faibles pour le même effet. 

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