Vaccins : l'Union européenne a-t-elle mal anticipé les besoins ?

Vaccins : l'Union européenne a-t-elle mal anticipé les besoins ?

STOCKS - La Commission européenne a réservé depuis août près de 1,8 milliards de doses de vaccins contre le Covid-19 à plusieurs laboratoires, et vient de commander un surplus de 300 millions de doses. Pourtant, certains États-membres s'inquiètent d'un manque de stocks disponibles.

La polémique sur la lenteur de la campagne de vaccination contre le Covid-19 n'est pas réservée à la France, loin de là. Parmi nos voisins européens, l'Allemagne, l'Italie, où la campagne a démarré beaucoup plus vite, mais aussi l'Espagne ou la Suède, voient naître eux aussi des polémiques autour du rythme de vaccination. 

Et dans les pays qui ont démarré plus fort que la France apparaît ce nouveau débat : les stocks réservés par la Commission européenne, chargée de mutualiser les commandes des États-membres, ont-ils été sous-estimés ? Permettront-ils de vacciner toutes les personnes vulnérables au cours de la première phase, d'ici à mars ?

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Ce débat secoue tout particulièrement l'Allemagne, qui compte déjà près de 400.000 personnes vaccinées, et où des responsables politiques ont directement mis en cause la chancelière Angela Merkel, et à travers elle, la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen. "Pourquoi la Commission a-t-elle commandé à l’avance si peu de doses de vaccin ?", a notamment interrogé Olaf Scholz, ministre social-démocrate allemand des Finances, illustrant l'état d'esprit dans le pays. Certains ont même pressé Angela Merkel de négocier de nouveaux contrats sans passer par l'UE, ce que la chancelière a jusqu'ici écarté. 

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Des commandes massives, mais...

La Commission européenne a-t-elle sous-évalué les besoins, notamment dans la première phase de la campagne de vaccination ? Si l'on s'en tient aux contrats, elle semble au contraire avoir largement anticipé. Au total, les négociations menées depuis cet été permettent de compter sur près de 1,8 milliard de doses de vaccins, alors que l'UE compte près de 450 millions d'habitants au total et que les mineurs ne sont a priori par concernés par la vaccination.

Six contrats avaient été conclus jusqu'ici : avec AstraZeneca le 27 août (300 millions de doses + une option d'achat de 100 millions), avec Sanofi/GSK le 18 septembre (300 millions de doses), avec Janssen le 7 octobre (200 millions + 200 millions en option), avec Pfizer BioNTech le 11 novembre (200 millions + 100 millions en option), avec Curevac le 19 novembre (225 millions + 180 millions en option) et avec Moderna le 25 novembre (80 millions + 80 millions en option). 

L'ampleur de ces commandes masque toutefois une difficulté. À ce jour, l'Agence européenne des médicaments n'a autorisé que deux vaccins, Pfizer/BioNTech et Moderna, et il faudra attendre encore jusqu'à fin janvier pour qu'elle valide un troisième, AstraZeneca, réputé plus simple à stocker et déjà sur le marché au Royaume-Uni. La Commission a été critiquée pour ce choix d'avoir multiplié les contrats, y compris avec des laboratoires dont les vaccins n'étaient pas prêts, comme le français Sanofi et son allié GSK. Une stratégie pourtant défendue par la Commission, qui a expliqué le 4 janvier ne pas vouloir "mettre tous les œufs dans le même panier" et donner leurs chances à plusieurs types de vaccins aux technologies différentes. 

Un surplus de 300 millions négocié en urgence avec Pfizer/BioNTech

Le plan de vaccination européen prévoit un déploiement très progressif des stocks, au fur et à mesure de leur fabrication, répartis en proportion de la population de chaque État-membre. Avec un impératif : commencer par les populations vulnérables, et en particulier les personnes âgées. 

La France, qui devrait bénéficier à terme de 15% des doses commandées à l'échelle de l'UE, soit de quoi couvrir la totalité de la population, le vaccin Pfizer/BioNTech doit être déployé à raison de 500.000 doses par semaine. Auxquelles s'ajoutera bientôt le vaccin Moderna, à hauteur de 500.000 doses par mois. Si les stocks sont conséquents, l'ampleur des besoins - 1 million de vaccinations prévues en Ehpad et chez les soignants dans cette première phase, puis 5 millions chez les plus de 75 ans à partir de 18 janvier, fait craindre une gestion à flux tendu. 

D'ores et déjà, des précautions sont prises afin d'honorer ces objectifs et donc, d'éviter une pénurie. La France vient à son tour de valider le rallongement de trois à six semaines du délai entre les deux doses, conformément à l'avis de l'OMS, permettant ainsi d'élargir la première phase de vaccination. En outre, l'Agence européenne des médicaments a recommandé vendredi l'utilisation d'une dose supplémentaire par flacon du vaccin Pfizer/BioNTech, soit six doses au lieu de cinq, permettant ainsi d'augmenter les capacités de vaccination de 20%.

Enfin, et surtout, la Commission européenne vient de négocier une rallonge auprès de Pfizer/BioNTech. Et non des moindres, puisqu'il s'agit de doubler la commande initiale, avec 300 millions d'unités supplémentaires, dont 100 en option. "Ce portefeuille de vaccins permettra à l'UE non seulement de couvrir les besoins de toute sa population, mais aussi de fournir des vaccins aux pays voisins", a assuré vendredi la Commission. Il faudra toutefois, là encore, se montrer patient : cette deuxième commande auprès de Pfizer/BioNTech ne sera livrée qu'à partir du deuxième trimestre 2021.

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