"Soit c’est moi, soit c’est perdu" : ces Français non-éligibles qui bénéficient de vaccins pour ne pas gâcher

"Soit c’est moi, soit c’est perdu" : ces Français non-éligibles qui bénéficient de vaccins pour ne pas gâcher

LOGISTIQUE – En centre de vaccination ou en cabinet, il arrive que des patients se désistent et laissent des doses inutilisées. Dans ce cas, pour ne pas perdre de stocks, on peut s’organiser en appelant des personnes pas encore prioritaires. Témoignages de vaccinés de dernière minute.

Lorsque Jean et Carole* ont été appelés par leur généraliste le 24 février dernier, ce fut l’étonnement général. Âgés respectivement de 63 et 58 ans et ne présentant aucune comorbidité particulière, ils ne s’attendaient pas à être contactés de sitôt pour se faire vacciner contre le Covid-19. À juste titre, puisque la vaccination doit s’ouvrir aux 60-69 ans à partir de la mi-avril et aux 50-59 ans à la mi-mai. "Quand la stratégie AstraZeneca a été expliquée début février, on a appelé notre cabinet médical pour demander s’il avait prévu d’avoir une liste d’attente", raconte Jean. "On a laissé notre nom et on ne s’en est plus du tout occupés."

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C’est donc une vingtaine de jours plus tard, alors que la vaccination en ville avec l’AstraZeneca vient à peine de démarrer, que le couple décroche un rendez-vous pour le surlendemain. Jean s'en souvient encore : "Au téléphone, je leur ai demandé s’ils étaient sûrs de ne pas se tromper." Lorsque vient le moment de recevoir la précieuse dose, Carole ne peut s’empêcher de ressentir un soupçon de culpabilité. "J’ai dit au médecin que j’avais le sentiment de prendre la place de quelqu’un d’autre. Il m’a répondu : ‘on s’est organisé dans le cabinet pour vacciner 50 personnes par jour et sur les deux jours, nous n’avons réuni que 60 personnes. ‘ Ce qui voulait dire : on ne va pas perdre les doses que l’on a récupérées donc on vaccine les volontaires." 

Une seule injection pour les anciens malades

Cet esprit d’initiative, consistant à contacter des patients déjà volontaires mais non-éligibles pour éviter de jeter des doses, a pu être qualifié par le ministre de la Santé de "bon sens". En pratique, un flacon composé de six ou de dix doses et pouvant en offrir une supplémentaire selon certains médecins, ne se conserve que pendant 48 heures une fois ouvert. Du côté de la Direction générale de la Santé (DGS), aucune consigne officielle n’est donnée pour vacciner les volontaires de fin de journée mais la doctrine adoptée est de ne perdre aucun vaccin : "Il vaut mieux privilégier les listes d’attente composées de personnes prioritaires mais s’il reste quelques doses et qu’une personne non-prioritaire est volontaire pour se faire vacciner, elle recevra évidemment une dose car c’est mieux que de la jeter", selon la DGS.

Dans les faits, chaque médecin ou responsable de centre de vaccination s’organise comme il l’entend. À Pantin, une généraliste choisit, en cas d’annulation de rendez-vous le jour-même, d’attribuer ces doses à des personnes ayant déjà eu le Covid-19. Chez les anciens malades, une seule injection suffit pour garantir l’immunité, ce qui peut nettement faciliter les choses. Laura a pu bénéficier de la politique de cette généraliste. La jeune femme de 25 ans, ayant été contaminée fin octobre, a reçu une dose du vaccin Pfizer le 19 mars dernier. Elle raconte avoir eu le numéro de cette médecin grâce à une amie, qui l’a eu elle-même d’un ami. 

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1% des doses concernées dans les centres

Après s’être inscrite sur liste d’attente, Laura a été rapidement appelée pour venir l’après-midi même. "Dans la salle d’attente, je me sentais un peu mal, entourée de vieilles personnes", confie Laura. "Et puis je me suis dit que les doses seraient de toute façon perdues et que c’était une bonne chose de faite. Je n’en ai pas vraiment besoin mais soit c’est moi, soit c’est perdu donc tant qu’à faire… Le but, c’est que le plus de personnes soient vaccinées." Depuis, le numéro de centre de Pantin est passé de main en main et la généraliste se trouve débordée d’appels. C’est que les doses manquent dans de nombreux centres et beaucoup aimeraient voir leur tour arriver.  

"Nous évitons autant que possible ces passe-droits", souligne de son côté le docteur Jean-Christophe Calmes, qui vaccine à la fois en centre et en cabinet. "Mais il peut arriver qu’il nous reste un fond de flacon en centre. Dans le cas où nous n’avons pas de patients sous la main, nous vaccinons des non éligibles." Selon le médecin, la proportion de vaccins attribués dans ces conditions est relativement faible et ne représente pas plus de 4 à 6 doses sur 500 injectées par jour dans les centres. En cabinet, le phénomène un temps constaté n’existe plus vraiment. Si la campagne vaccinale en ville a connu des débuts laborieux, aujourd’hui tous les rendez-vous sont pris. "En ville, en sélectionne les patients en amont. 1 flacon équivaut à 10 doses, donc on cale 11 rendez-vous ciblés", précise le médecin.

Des initiatives pour faciliter la prise de rendez-vous

Puisque ces choix dépendent des centres et des politiques menées, des médecins évitent le plus possible de contacter des non-éligibles et misent surtout sur la venue de dernière minute de patients du lendemain ou alors de bénévoles, présents sur place. "On s’efforce de respecter le cadre de 9h du matin à 6h du soir", atteste la docteur Marie-Laure Alby, qui vaccine à la mairie du 14e arrondissement de Paris et qui décrit un "système très rigide" : "On n’ouvre pas un flacon de six doses si l'on n’a pas six personnes. On est très rigoureux parce qu’on a constamment des demandes. Je ne vous dis pas qu’un bénévole ne s’est pas fait vacciner une fois, mais on trouve toujours deux personnes qui peuvent venir au lieu du lendemain."

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Et puis, face à la demande et au peu de stocks dont disposent les centres, des initiatives permettent aux Français de plus de 70 ans, prioritaires à la vaccination, de trouver plus facilement un rendez-vous. La plateforme "Vite ma dose !", développée par le site de modélisation CovidTracker, recense les créneaux encore disponibles dans chaque département à partir des données de Doctolib. L’application Covidlist, elle, a pour slogan "Aucune dose de perdue" et permet à tous, éligibles ou non, de laisser ses coordonnés et d’être appelé en fin de journée en cas de vaccins qui risqueraient d'être jetés à la poubelle.

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