Vague de froid : un "blackout" est-il déjà arrivé en France ?

Avec onze réacteurs nucléaires sur 56 à l'arrêt pour cause de maintenance, la France passe un hiver électrique sous haute tension.

COUPURE - Alors qu'une vague de froid frappe l'Hexagone et qu'une partie des réacteurs nucléaires sont à l'arrêt pour cause de maintenance, la consommation d'électricité repart à la hausse. De quoi laisser craindre une panne généralisée.

Les Français grelottent et la crainte d’un "blackout" ressurgit du passé. Depuis le début de la semaine, la consommation d’électricité repart à la hausse dans l’Hexagone. "Avec la vague de froid actuelle, on observe une hausse de la consommation d’électricité. Un pic hivernal à 85.800 mégawatts est d'ailleurs attendu ce jeudi matin mais il reste en-dessous de celui enregistré à 88.154 mégawatts le 11 janvier", assure-t-on chez RTE, l'opérateur en charge de la gestion du réseau de transport d'électricité en France. Le mois dernier, les tensions dues au froid sur le système électrique français avaient conduit le gestionnaire du réseau à inciter les Français à réduire leur consommation afin de sécuriser l'équilibre avec la production. 

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Un hiver électrique sous haute tension

Depuis un an, le secteur énergétique est entré dans une véritable zone de turbulence. La faute à la crise du covid-19 qui a notamment bouleversé le planning de maintenance des centrales nucléaires françaises. "Généralement, cela se fait pendant l’été, car la consommation est moins forte à cette période de l'année. Mais à cause du premier confinement, le planning a dû être décalé", explique RTE. En conséquence, 11 réacteurs sur 56 sont actuellement à l’arrêt. De quoi nous rendre plus vulnérable en cas de pic de consommation. Et ce, d’autant que la demande globale en électricité est au-dessus des moyennes enregistrées en temps normal. "Habituellement, la consommation est en moyenne de 72.800 mégawatts. Nous sommes bien au-dessus mais encore loin du pic hivernal de janvier ou du record historique, atteint en 2012, de 102.000 mégawatts", rassure RTE. 

Afin de compenser le manque lié à la production nucléaire et faire face à la hausse de la demande en électricité, l’opérateur puise actuellement dans les stocks d'énergies renouvelables, solaire et notamment éolien. "Ce n’était pas le cas en janvier dernier car il y avait quasiment pas de vent", précise RTE. De l’hydraulique aussi, "le stock ayant été optimisé durant l’automne pour justement être disponible en plein hiver", ainsi que "du gaz  et peu de charbon", en plus des importations en provenance des pays voisins avec une capacité pouvant aller jusqu'à 11.000 mégawatts. "Actuellement, la production disponible oscille entre 88.000 et 90.000 mégawatts. C'est suffisant pour répondre à la consommation, malgré le fait que nous ayons moins de réacteurs nucléaires disponibles que les autres années", énumère Jean-Paul Roubin, directeur de l’exploitation de RTE.

Le spectre d'une panne généralisée

Même s'il n’y a jamais eu en France jusqu'à présent de blackout à cause d'un manque de production, il arrive cependant que des incidents à l'étranger conduisent à des coupures d'électricité massives sur notre territoire. "Le réseau européen est interconnecté. Par conséquent, s’il y a un gros incident dans un pays, cela peut nous impacter aussi", explique RTE. Ce fût le cas le 19 décembre 1978. À 8h26, alors que s’ouvrent boutiques, usines et entreprises, la France tombe dans le noir. Métros, trains, ascenseurs, tout s’arrête sans prévenir. Seules quelques régions, le Sud-Est et les frontières nord et est, sont épargnées. Une vague de froid avait provoqué un appel de puissance de 38.500 mégawatts. L’importation d'électricité en provenance d’Allemagne avait conduit à une surcharge sur le réseau. À l'époque, il avait fallu attendre la mi-journée pour que le courant soit rétabli partout sur le territoire.

Il suffit d'appuyer sur un bouton et en quelques secondes on active un système qui permet de couper la consommation- RTE

Du côté de RTE, on assure que la situation est totalement sous contrôle. Dès le mois de juin, l’ensemble des acteurs de la filière s'était d'ailleurs mobilisé pour trouver des solutions à la situation particulière de la crise sanitaire impactant la production française en vue de cet hiver.  En cas de tensions sur le réseau, pour assurer l'approvisionnement en électricité, l'opérateur dispose de plusieurs leviers. Il peut notamment demander aux Français des écogestes afin qu'ils réduisent temporairement leur consommation (privilégier le mode éco des appareils électriques, baissez la température du logement, couvrir les casseroles, etc.), comme le 8 janvier dernier. D'autres mesures sont indolores, comme une diminution de la tension sur le réseau de 5%, qui ferait par exemple briller les ampoules un peu moins vivement. 

Si ces mesures ne suffissent pas, l'opérateur dispose par ailleurs de mécanismes qui lui permettent de baisser immédiatement la consommation jusqu'à 3 gigawatts, l'équivalent de trois réacteurs nucléaires. Il existe d'une part un mécanisme dit "d'effacement" sous forme de contrats passés avec des entreprises ou des particuliers qui acceptent temporairement de réduire leur consommation. Un autre dispositif dit "d'interruptibilité" permet aussi d'arrêter en une poignée de secondes la fourniture de courant sur 18t sites de production sous contrat avec RTE. Enfin, en dernier recours, l'opérateur peut procéder à un "délestage", c'est-à-dire à des coupures organisées et tournantes de l'alimentation électrique d'environ 200.000 foyers à la fois pendant 2 heures.

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Reste que la marge de manœuvre dont dispose RTE pour faire face à un pic de consommation est de fait bien plus limitée qu’en temps normal. Pour éviter le risque de tensions sur le réseau, une équipe d'ingénieurs surveille 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7 sur des écrans de contrôle l’état de la consommation dans l'Hexagone. L’équilibre production-consommation est géré en temps réel depuis le Centre national d’exploitation du système (Cnes), basé en région parisienne. "Grosso modo, c'est la tour de contrôle du réseau électrique national. Il y a une énorme carte de France sur laquelle sont représentées les grandes autoroutes de l’électricité. La consommation s’affiche en temps réel et en parallèle le niveau de la production sur les différents sites. Il suffit d'appuyer sur un bouton et en quelques secondes on active un système qui permet couper la consommation", explique RTE. Mais si l'on en croit l'opérateur, la panne ne risque pas d'arriver cet hiver.

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