"Nous sommes toutes Vanesa" : les travailleurs du sexe ont rendu hommage à une prostituée trans assassinée au Bois de Boulogne

"Nous sommes toutes Vanesa" : les travailleurs du sexe ont rendu hommage à une prostituée trans assassinée au Bois de Boulogne

Société
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REPORTAGE - Une marche blanche était organisée ce vendredi au Bois de Boulogne en hommage à Vanesa Campos, jeune femme transgenre et travailleuse du sexe d'origine péruvienne, sauvagement assassinée il y a une semaine. Confrontés à de nombreuses agressions, les travailleurs du sexe lui ont rendu hommage, incriminant médias et politiques et réclamant l'abrogation de la loi sur la prostitution.

Voilà un fait divers terrible que les médias ont quelque peu passé sous silence et qui pourtant révèle un malaise social, celui éprouvé par les travailleurs du sexe. Dans la nuit du 16 au 17 août dernier, Vanesa Campos, femme trans de 36 ans, a été sauvagement assassinée dans le bois de Boulogne à côté de Paris, son lieu de travail, après qu'elle ait tenté de défendre un client racketé. Un meurtre que Clémence Zamora-Cruz, porte-parole et militante trans de l’Inter-LGBT, qualifie dans Libération de "transphobe, putophobe et raciste”.


Le silence des médias étant assourdissant, une marche blanche était organisée ce vendredi pour rendre hommage à Vanesa, relayée par des associations de lutte contre la transphobie sur les réseaux sociaux. L'objectif de ce rassemblement ? Faire du bruit pour manifester leur colère face à l'horreur de la mort de Vanesa Campos, pour dénoncer la manière dont les médias l'ont traité sans respecter son identité, à la manière dont le gouvernement fait la sourde-oreille. Et donc demander que justice soit faite. 

Des militants LGBT et travailleurs du sexe ont donc fait du bruit, défilant ce vendredi après-midi depuis la Porte Dauphine, à l'ouest de Paris, roses blanches et pancartes à la main. Avançant vers le lieu du crime, le cortège scandait : "Trans assassinée, État complice !", "Justice pour Vanesa" ou "Arrêtez nos agresseurs, pas nos clients".

Derrière le meurtre, le malaise des travailleurs du sexe

Derrière l'assassinat de Vanesa, se cache un phénomène nouveau et préoccupant, celui des groupes de "roulottiers", cette mafia qui écume le bois, haut lieu de la prostitution nocturne, et détrousse les clients comme les prostituées jouant sur la vulnérabilité des deux camps. Dans la ligne de mire, la loi sur la prostitution adoptée en avril 2016 qui a notamment introduit la pénalisation des clients, désormais passible d'une amende de 1.500 euros - 3.750 euros en cas de récidive. Un système qui créé une situation intenable. En effet, les clients sont devenus la cible de cette loi et, de fait, les agresseurs savent qu’ils ne peuvent pas réagir. 


La violence à l'égard des jeunes femmes comme Vanesa (trans, travailleuse du sexe et migrante) se révèle, elle, exponentielle, comme en attestent les récentes agressions de plusieurs femmes par une "brigade anti-trav".

Le meurtre de Vanesa est la manifestation concrète de cette haine transphobe. Ses agresseurs, toujours en fuite, l'ont blessé mortellement alors qu'elle tentait de les empêcher de dépouiller un client. Et comme l'affirme publiquement Romina, femme trans originaire d'Équateur, ces "roulottiers" avaient clairement identifié Vanesa comme "meneuse dans le combat" contre ces bandes qui sévissent dans le Bois. 

Nous sommes meurtris dans nos chairs, nous sommes meurtris socialement.Clémence Zamora Cruz, militante pour les droits des personnes trans

"Nous sommes toutes Vanesa", clame Clémence Zamora Cruz, militante pour les droits des personnes trans. "Vu la précarité, comment ne pas imaginer que des criminels ne soient pas tentés de s’attaquer à des gens de notre communauté ? (...) Nous sommes meurtris dans nos chairs, nous sommes meurtris socialement." 


Les chiffres qu'elle cite sont accablants : les violences meurtrières à l’encontre des personnes trans et non-binaires ont fait 325 victimes entre octobre 2016 et septembre 2017. Et les chiffres de l’ONG transgender Europe, qui recense depuis janvier 2018 dans 71 pays 2609 victimes, concernent en grande majorité des femmes racisées, immigrées et travailleuses du sexe. 

L'après-Vanesa

Que faire alors pour aider les travailleurs du sexe pour qu'ils ne perdent pas la vie en défendant un client ou juste en travaillant ? Toutes les organisations présentes ont demandé l'abrogation de la loi sur la prostitution, au respect du travailleur du sexe et déplorent le mutisme de la classe politique. "Pourquoi ne pas plutôt faire un engagement dans la lutte contre la transphobie en général et vis à vis des violences faites aux minorités de genre ?", nous confie Marie*, travailleuse du sexe de 42 ans, qui craint pour sa vie. 


Giovanna Rincon, directrice de l'association Acceptess-T, organisatrice du rassemblement, réclame, elle, "de vraies mesures contre la transphobie", révélant incidemment comment la police maltraite les travailleuses du sexe, a fortiori lorsqu'elles sont migrantes. 


L'absence de réaction au sein du gouvernement, notamment de la secrétaire d'État à l'Égalité entre les femmes et les hommes, Marlène Schiappa, a également été dénoncée. Dans un communiqué, Le Mouvement du Nid, association féministe en faveur de l'abolition du système "prostitueur", considère, elle, la prostitution comme "du viol et de l'esclavage" : "Le nier, c'est faciliter le passage à l'acte, c'est banaliser le meurtre de Vanesa et de toutes les autres". 

À l'inverse, dans une interview aux  "Inrocks", Giovanna Ricon ne pointe pas du doigt le métier mais les effets de la loi adoptée en 2016 et son impact. "Si le but était de protéger les victimes de la prostitution, comment se fait-il que deux ans après l’adoption de cette loi, il y ait des meurtres, des agressions de personnes en grande précarité, de plus en plus isolées, qui sont de plus en plus en danger ?", s'interroge la directrice de l'association Acceptess-T.


* Le prénom a été changé, à la demande de l'interviewée

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