Variants du Covid : la France a-t-elle reconstitué son stock de masques FFP2 ?

Variants du Covid : la France a-t-elle reconstitué son stock de masques FFP2 ?

MESURES SANITAIRES - S'il est dédié aux soignants en France, le masque FFP2 est déjà imposé dans certains lieux pour le grand public en Bavière et en Autriche afin de mieux protéger contre les variants du Covid-19. Où en est la France, privée de ces fameux FFP2 au début de la crise sanitaire ?

Plus protecteurs face au virus, mais également plus difficiles d'utilisation et bien moins confortables, les masques FFP2 ne sont recommandés, en France, qu'aux soignants, et en particulier ceux qui sont amenés à effectuer des gestes invasifs auprès de patients potentiellement contaminés. Une stratégie conforme aux recommandations de l'OMS. 

Pour autant, l'arrivée de variants susceptibles d'être beaucoup plus contagieux, à l'instar de celui qui vient du Royaume-Uni, a remis le masque FFP2 au cœur du débat. La Bavière et l'Autriche l'ont même rendu obligatoire dans certains lieux, comme les transports, et il est en particulier recommandé pour les personnes vulnérables. En Bavière, le surcoût de ces équipements est en partie supporté par le gouvernement fédéral, qui l'a chiffré à 2,5 milliards d'euros pour quelque 27 millions de personnes concernées, selon le Süddeutsche Zeitung

Si le FFP2 n'est pas recommandé pour le grand public, la question va faire rapidement débat dans l'Hexagone. Si elle devait y recourir pour un public beaucoup plus large, la France aurait-elle les stocks nécessaires ?

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Depuis le début de la crise sanitaire, les autorités sanitaires du pays ont été contraintes d'opérer dans l'urgence afin de reconstituer le stock littéralement inexistant de ces masques FFP2, laissant les soignants sous-équipés, sur fond de polémique autour de la pénurie plus générale de masques grand public. "Il n'y avait aucun stock stratégique" au départ de la pandémie, avait justifié le ministre de la Santé Olivier Véran en mars dernier. "Il n'y avait plus de masques FFP2 depuis plusieurs années dans le stock, pour des raisons concrètes : ils sont réservés aux soignants de services réalisant des actes invasifs et à risque", avait également expliqué le directeur général de la santé, Jérôme Salomon, en juin devant la mission d'information de l'Assemblée nationale.

Le rapport de la commission d'enquête du Sénat, rendu en décembre 2020, rend compte de ce rattrapage dans l'urgence. Constatant la pénurie en janvier 2020, le gouvernement avait tenté de se constituer rapidement deux stocks, un stock stratégique national permettant de faire face à dix semaines de crise sanitaire, et un stock de sécurité pour trois semaines au profit des établissements de santé. Plusieurs commandes successives avaient été passées : 1,1 million de masques FFP2 dans un premier temps, puis 28 millions de masques fin février, et une première commande massive de 170 millions de masques courant mars. Au printemps 2020, durant la première vague, la DGS a chargé Santé Publique France d'acquérir un stock de 500 millions de masques FFP2.

Alors que les soignants hospitaliers étaient confrontés à la pénurie chronique, le gouvernement a également décidé de procéder à des réquisitions, soit environ 44 millions de masques supplémentaires, selon le rapport du Sénat. Des mesures de réquisitions et de contingentement qui ne sont plus systématiques depuis fin octobre, comme l'a souligné Libération, en raison d'un approvisionnement jugé suffisant. 

Un stock stratégique de 406 millions d'unités

La France, qui dépendait fortement de la production chinoise dans les premiers mois, a progressivement augmenté sa capacité. Celle-ci avait atteint 50 millions de masques - chirurgicaux et FFP2 - par semaine fin août, et devait être portée à 100 millions de masques par semaine fin 2020.

Fin septembre, Olivier Véran avait expliqué à l'Assemblée nationale que l'objectif était de constituer un stock stratégique d'État de "800 millions de masques chirurgicaux, et 200 millions de FFP2", précisant que cet objectif était "quasiment" atteint. 

Sollicitée par LCI sur le stock actuel, la DGS a indiqué mercredi que le stock actuellement détenu par Santé Publique France étant de 406 millions de masques FFP2, "soit 203% du stock cible correspondant à trois semaines de crise épidémique". Stock auquel s'ajoute celui constitué par les établissements de santé. Un grand bond en avant en quelques mois, donc. 

La production et l'approvisionnement en masques FFP2 semblent toutefois trop faibles pour imaginer, en l'état, une diffusion massive dans la population. D'autant que les besoins dans les hôpitaux sont gigantesques : Jérôme Salomon les évaluait, en juin dernier, entre 20 et 50 millions de masques par semaine en période de crise. Jusqu'au 4 octobre dernier, les spécialistes et l'ensemble des praticiens libéraux pouvaient bénéficier gratuitement de FFP2 en officine, mais au compte-gouttes, à raison de 24 masques par semaine. Un dispositif relancé par la DGS fin octobre, lors du second confinement, "jusqu'à épuisement des stocks", après quoi les soignants étaient censés s'approvisionner par leurs propres moyens. La distribution gratuite - et rationnée - pourrait toutefois reprendre en cas de nouveau pic épidémique, mais là encore, réservée aux soignants. 

Pour l'heure, sous réserve que les stocks soient suffisants et que les autorités sanitaires ne décident pas à nouveau de réquisitionner le matériel, le grand public peut acquérir librement ces masques FFP2 sur Internet ou en pharmacie. À condition de pouvoir en assumer le prix, près de dix fois plus cher que le masque chirurgical. 

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