Vers un allongement du délai de prescription des viols sur mineurs : Flavie Flament se dit "très satisfaite"

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INTERVIEW - Marlène Schiappa vient de présenter ce lundi un projet de loi pour, entre autres, allonger le délai de prescription des viols lorsque la victime est mineure. Pour Flavie Flament, co-présidente de la mission ministérielle à l'origine de la proposition, "c'est une très bonne nouvelle pour les victimes".

Elle avait contribué à libérer la parole l'an dernier. Dans un livre publié à l'automne 2016, Flavie Flament avait révélé avoir été violée par un célèbre photographe il y a près de 30 ans, avant de dévoiler qu'il s'agissait de David Hamilton. Ce dernier, qui avait nié les faits, a été retrouvé mort fin novembre à son domicile parisien, probablement un suicide.


Un débat qui avait contribué à relancer le débat sur le délai de prescription des viols sur mineurs, actuellement de 20 ans et que la mission co-présidée par Flavie Flament souhaitait voir allonger de dix ans. Le dossier, à l'époque récupéré par la ministre des Droits des Femmes Laurence Rossignol, est désormais entre les mains de Marlène Schiappa. Et les choses pourraient bien évoluer rapidement.


En effet, la secrétaire d'Etat a annoncé ce lundi qu'un projet de loi contre les violences sexuelles et sexistes sera bientôt présenté. Il prévoit notamment d'allonger le délai de prescription des viols sur mineurs, probablement de dix ans, à partir de la majorité de la victime. Une nouvelle dont s'est réjouie Flavie Flament à LCI.

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LCI.fr : Marlène Schiappa a présenté ce lundi un projet de loi pour, entre autres, prolonger le délai de prescription des crimes sexuels sur mineurs. C'est ce que vous proposiez.

Flavie Flament : Je suis très satisfaite. Ça fait toujours du bien de voir l'officialisation de quelque chose pour lequel on se bat depuis un an. C'est surtout une très bonne nouvelle pour les victimes. Pour les victimes d’hier aussi, dont les faits sont prescrits, on se sent réconfortées dans une décision qui changera les choses pour le monde de demain. Ce qui est super bon, c’est de se dire qu’on est en train de construire une société plus juste.

LCI.fr : Que pensez-vous du fait qu'elle ait recours à une consultation citoyenne pour définir le délai d'allongement ?

Flavie Flament : Aller consulter les citoyens qui auront envie de s'investir dans ce projet de loi, c'est quelque chose qui me parle et me plaît. Depuis un an et la sortie de mon livre, j'ai vraiment ressenti une sorte d'indignation citoyenne sur des questions qu'ils ignoraient. J'ai réalisé à quel point nous ne savions pas qu'elle existait. Je pense que cette consultation citoyenne va être extrêmement intéressante et j'ai hâte d'en voir le résultat. Ce sera très révélateur de l'état d'esprit de l'opinion sur cette question.

LCI.fr : Dans la mission ministérielle que vous avez co-présidée, vous évoquiez notamment "l'amnésie traumatique" pour justifier ce rallongement. En quoi cela consiste-t-il ?

Flavie Flament : L’amnésie traumatique? c’est à la fois le génie et le machiavélisme du cerveau qui un jour se retourne contre vous, dans le but de vous protéger. Les souvenirs vont alors se loger dans une partie du cerveau qui ne sera accessible qu’à la faveur d’un grand bouleversement de la vie : une grossesse, un deuil... Ça se manifeste comme un flash complètement incompréhensible, comme un feu d’artifice d’images qui partent dans tous les sens et dont on ne connait pas forcément l’origine. Et quand on va chercher ces souvenirs, on arrive à recomposer des séquences que l’on avait complètement oubliées.

LCI.fr : Au regard de vos travaux, pourquoi ne pas avoir recommandé l’imprescriptibilité plutôt qu’un rallongement de dix ans ?

Flavie Flament : Dans le rapport que l’on a rendu en mai dernier, on n’exclut pas du tout l’imprescriptibilité. Mais demander l’imprescriptibilité et l’obtenir est quelque chose qui aujourd’hui m’apparaît difficile et compliqué. C'est donc pour des raisons pragmatiques que l'on a demandé le rallongement de 20 à 30 ans après la majorité, ce qui est déjà un premier pas en avant d’un combat qui n’est pas terminé.

Je veux transformer ma douleur en un combat pour mes enfantsFlavie Flament

LCI.fr : Ce n’est pas la première fois qu’il est question de rallonger le délai de prescription. Comment être sur que ça ne va pas coincer cette fois ?

Flavie Flament : Je pense que les scandales qui ont émaillé l’actualité française ces dernières années comme l'affaire du père Preynat ou David Hamilton ont concouru à faire évoluer les choses et surtout à indigner les populations. Le peuple français est composé de parents, de grands-parents, de personnes qui ont été violées et qui veulent protéger leurs enfants. De mon côté, je veux transformer ma douleur en un combat pour mes enfants et me dire qu’ils vont vivre dans un monde où ils sauront qu’ils peuvent être entendus et écoutés si jamais ils se retrouvent un jour dans cette situation.

LCI.fr : Le projet de loi prévoit également de fixer l’âge du consentement sexuel. Une mesure qui intervient quelques jours après que la justice a jugé qu'une fillette de 11 ans n'avait pas été contrainte à une relation sexuelle avec un homme de 28 ans.

Flavie Flament : C’est une bonne chose, mais il va falloir choisir un âge de raison et de consentement. Après l'histoire dramatique de cette fillette, je me suis senti particulièrement concernée car j’aurais pu être sa place. Cette décision de justice est vraiment le reflet effarant de la méconnaissance des mécanismes de la libération de l’enfant. Les crimes sexuels sur mineurs sont des crimes spécifiques. Etre capable de requalifier un viol ou une agression sexuelle au motif qu’une petite fille n’a pas de la peau sous les ongles ou des bleus sur le corps qui pourraient prouver qu’elle a subi une agression, c’est quelque chose qui m’a profondément heurté.

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