Vers une amende de 90 euros pour un délit d'outrage sexiste ? "C'est une somme un peu faible", estime Schiappa

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INTERVIEW - Dans une interview accordée à David Pujadas sur LCI, la secrétaire d'Etat à l'égalité femmes-hommes Marlène Schiappa a évoqué le rapport parlementaire sur le harcèlement de rue qui doit lui être bientôt remis. Elle estime notamment qu'une amende de 90 euros serait "un peu faible".

C'est un rapport très attendu. Ce mercredi, la secrétaire d'Etat à l'égalité femmes-hommes était l'invitée de l'émission 24H Pujadas où elle est notamment revenue sur le harcèlement de rue. En effet, cinq députés doivent prochainement lui remettre un rapport pour définir ce qu'est le harcèlement de rue, dire à partir de quand il commence et comment on le sanctionne. 


Premère chose : il faudra plutôt parler d'outrage sexiste. "Ces parlementaires ont remarqué que le terme de harcèlement de rue était trop générique et renvoyait peut être trop à la rue et pas assez à l'espace public en général. Donc ils nous disent que l'outrage sexiste serait un terme plus juridiquement approprié à ce que nous voudrions sanctionner".


Comment le caractériser ? "L’idée est de dire qu'à partir du moment où l'on suit une femme pendant plusieurs rues, où on l'intimide, où on la menace c'est caractérisé comme un outrage sexiste et donc les forces de l'ordre pourront verbaliser en flagrant délit en mettant une amende."

Les parlementaires proposent en effet que des agents assermentés, notamment dans les transports, puissent constater et verbaliserMarlène Schiappa, secrétaire d'Etat à l'égalité femmes-hommes

Sur le montant de l'amende justement, la secrétaire d'Etat confie sans certitude qu'on se dirige vers une amende de classe 4 (90 euros si elle est minorée ; 135 euros si elle est simple et 375 euros si elle est majorée). Une somme qui ne satisfait pas totalement Marlène Schiappa : "A titre personnel je trouve que 90 euros est une somme un peu faible. Mais nous allons voir dans quel cadre juridique ça peut s'insérer et quelle est la somme qui fait consensus au niveau des forces de l'ordre".


Dernier point :  qui sera habilité à constater le délit ? La secrétaire d'Etat indique que "10.000 policiers de la sécurité du quotidien seront recrutés et qu'ils auront parmi leurs priorités le fait de verbaliser le harcèlement de rue". Mais pas seulement. "Les parlementaires proposent en effet que des agents assermentés, notamment dans les transports, puissent constater et verbaliser", continue Marlène Schiappa. 


Ces éléments ne sont pour le moment que des pistes de réflexion et le texte de loi définitif, qui comprendra d'autres mesures, sera présenté courant 2018 en conseil des ministres.

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Marlène Schiappa sur le congé paternité : "Je ne suis pas favorable à le rendre obligatoire"

La secrétaire d'Etat est également revenue sur un éventuel allongement du congé paternité. "Le gouvernement a demandé une mission à l’Inspection générale des affaires sociales (Igas) pour étudier l'allongement du congé paternité pour qu'il soit de plus de 11 jours et une meilleure indemnisation." Marlène Schiappa n'est en revanche pas favorable à le rendre obligatoire.


Première raison : le congé maternité n'est pas obligatoire non plus. "Il n'y a pas d'obligation pour les femmes de s'arrêter de travailler en tant que tel lorsqu'elles sont enceintes, donc je trouverais qu’il y aurait là une différence compliquée à justifier", a-t-elle assuré. 


Deuxième raison : le rendre obligatoire n'aidera pas à plus en profiter. "Dès lors que le gouvernement veut rendre quelque chose obligatoire, il y a une forme de réticence de la part de la population, assure la secrétaire d'Etat. On l'a vu avec l'obligation de prendre les congés parentaux [Ndlr : depuis 2014, le congé parental pour un enfant est passé de six mois à un an si le père prend le relai de la mère, et vice versa]. Non seulement les pères ne l'ont pas plus pris, mais ils l'ont moins pris".

Bardot ? "On dirait des propos de café PMU sincèrement, avec tout le respect que j'ai pour les cafés PMU"Marlène Schiappa, secrétaire d'Etat à l'égalité femmes-hommes

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Schiappa sur Bardot : "Je trouve le propos qu'elle tient assez caricatural"

Enfin, Marlène Schiappa s'est agacée des propos de Brigitte Bardot dans Paris March mercredi dernier. Cette dernière avait critiqué mercredi la dénonciation du harcèlement sexuel par des actrices, estimant que beaucoup d'entre elles "font les allumeuses avec les producteurs pour décrocher un rôle". "Ensuite, pour qu'on parle d'elles, elles viennent raconter qu'elles ont été harcelées, continue Brigitte Bardot... En réalité, plutôt que de leur profiter, cela leur nuit".


"Je trouve que c'est assez triste car Brigitte Bardot a été une icône d'une forme de libération de la femme et je trouve ça assez caricatural ce propos qu'elle tient, a confié la secrétaire d'Etat. Je trouve ça assez dommage d'en arriver à juger  à ce point les autres actrices et à faire des généralités. On dirait des propos de café PMU sincèrement, avec tout le respect que j'ai pour les cafés PMU, je trouve que l’on n’est pas là dans une réflexion digne d'un débat public". 

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