Victimes de viol en lieu public : la double peine ?

SOCIÉTÉ
STIGMATES - Certains cas d’agressions sexuelles ou de viols se déroulent en public, sous les yeux de passants tétanisés. Le psychologue Alain Vernet affirme que dans l’esprit des victimes "ces témoins sont coupables au même titre que l’agresseur".

Un homme dans le RER, témoin d’un viol qu’il ne cherche pas à empêcher. Le court-métrage "Je suis à l’heure" , qui crée depuis mardi le buzz sur Internet, est une fiction. Mais parce que ces témoins passifs existent, il trouve un ancrage terrible dans la réalité. Pour la victime, la double peine est réelle. Ne pas avoir été défendue au moment de l'agression est un traumatisme supplémentaire à gérer.

Alain Vernet est psychologue au centre hospitalier George Sand de Bourges. Selon lui, la passivité des témoins a des conséquences durables sur la personne brutalisée.  "Au moment de l’agression, beaucoup de victimes ont l’impression de quitter leur corps. C’est le meilleur moyen de se remettre un jour de l’agression. D’autres au contraire, se focalisent sur un bruit, une image. Évidemment, l’image de ces personnes tout autour, présentes mais impuissantes, sera très dure à effacer. Dans l’esprit de la victime, cela devient une fixation : elle ne voit plus qu’eux. À ses yeux, les témoins sont coupables au même titre que l’agresseur. Par extension, c’est son environnement tout entier qui devient persécuteur."

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Une double peine qui s’insinue également dans la vie sociale des victimes, dont les activités quotidiennes se retrouvent parfois empreintes de méfiance et de manque d’empathie. Le docteur Alain Vernet remarque chez ses patientes adultes victimes d’une agression sexuelle en public un état dépressif, un repli sur soi voire une régression. "Cet événement peut aussi se traduire par une instabilité physique", poursuit le psychologue. "Souvent, ces personnes n’acceptent plus qu’on leur impose un cadre et ont tendance à développer une certaine violence, parce qu’elles sont en colère. Les jeunes femmes notamment, deviennent insensibles et extrêmement craintives."

"Ce que je vois le plus souvent, termine-t-il, ce sont des personnes qui développent une certaine agressivité par personnes interposées ainsi qu’une fascination pour la violence. C’est-à-dire que parfois, elles vont se réjouir de voir quelqu’un être victime à son tour, comme si cela traduisait la violence qu’elles n’ont pas pu exercer elles-mêmes au moment de l’agression." Ces viols en lieu public restent une minorité. Selon les dernières études en date , 80 % des femmes abusées connaissent leur agresseur.

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