75 ans de la rafle du Vel d'Hiv' : "Cette gifle de ma mère m'a sauvé la vie" témoigne une rescapée

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SECONDE GUERRE MONDIALE - Arrêtée à l'âge de 8 ans, Rachel Jedinak doit son salut, ainsi que sa sœur, à un geste d'amour de sa mère qui lui a permis d'échapper à la déportation le 16 juillet 1942. Elle a aussi réussi à échapper à une deuxième rafle le 11 février 1943. Des épisodes de vie dont elle témoigne aujourd'hui dans les écoles. LCI est allée à sa rencontre.

16 juillet 1942, au petit matin. Rachel et sa soeur sont chez leurs grands-parents quand deux agents de police viennent les arrêter. Ce jour, et le lendemain, plus de 13.000 personnes de confession juive sont arrêtées, dont plus de 4.000 enfants. Rachel et sa soeur sont emmenées à la Bellevilloise, dans le XXe arrondissement de Paris, où elles retrouvent leur mère elle aussi arrêtée. Elles sont toutes les trois là, dans ce lieu qui est une étape transitoire avant le Vélodrome d'Hiver dans le XVe.


Rachel se souvient que sa mère avait une bonne intuition à ce moment, qui a été confirmée par une voisine. Elle raconte à LCI : "Une voisine est venue voir ma mère et lui a dit que sa fille de 14 ans a réussi à s’échapper par l’issue de secours. Ma mère se tourne vers nous et nous dit : ‘Si vous essayez de sortir là, vous retournez chez vos grands-parents, et si on revient vous chercher essayez toujours de fuir dans la rue'".

Mais du haut de ses 8 ans elle "sent aussi la peur" à ce moment-là, dans cette ambiance pesante où les cris "des hommes avec des armes" se mélangeaient aux pleurs des enfants :

Je n’ai pas voulu lâcher ma mère, alors je me suis agrippée fortement à sa robe en hurlant ‘je ne veux pas te quitter’. Alors (...) elle m’a giflée violemment, la seule gifle de ma vie. Je l’ai lâchée, surprise, et c’est plus tard que j’ai compris que cette gifle m’a sauvée la vieRachel Jedinak, rescapée de la rafle du Vel d'Hiv'

Elle et sa sœur ont réussi à s'échapper par l'issue de secours. Les deux enfants n'ont plus jamais revu leur mère, qui a été déportée le 29 juillet 1942.

Rachel Jedinak échappe à une 2e rafle : "La vie tient parfois à trois mots : 'fichez le camp'"

Quelques mois après avoir échappé à la rafle du Vel d'Hiv', Rachel Jedinak est de nouveau arrêtée avec sa sœur et sa grand-mère le 11 février 1943. Cette fois, elles sont conduites dans un commissariat du XXe arrondissement de Paris. Ou du moins dans le sous-sol du commissariat, "sous une trappe". "C'était cauchemardesque", se souvient-elle. Et de poursuivre : "Il y avait déjà en bas beaucoup de vieillards pleurants, grelottants, dans la pénombre, dans la peur". 

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Rachel Jedinak : "j'ai été raflée une deuxième fois quelques mois après"

Ce soir-là Rachel et sa sœur sont les deux seuls enfants arrêtés. Elles vont tenter de s'échapper, d'autant qu'au rez-de-chaussée du commissariat, "il y avait beaucoup de Français non-juifs au-dessus arrêtés cette nuit-là", se souvient-elle. Et ce détail va avoir son importance :

Les policiers ont accompagné d’autres personnes (au sous-sol), et au moment où ils remontaient on leur a sauté dans les jambes. On ne voyait que le haut de notre corps. Je rends toujours hommage à ces gens qui lorsqu’ils nous ont vues ont hurlé après les policiers des noms d’oiseaux, et ils ont dit ‘quelle honte de s’en prendre à des enfants’Rachel Jedinak

En réaction, les policiers leur disent au bout de quelques minutes "fichez le camp". Ce qui a inspiré cette leçon de vie à Rachel Jedinak : "La vie tient parfois à trois mots : ‘fichez le camp’".

Interventions dans les écoles

Rachel Jedinak est aujourd'hui une mémoire vivante de ce qu'on enduré les Français de confession juive durant le régime de Vichy. Après avoir survécu à cette période, elle a eu une fille et deux petits-enfants. Et c'est un de ses petits-fils qui l'a amenée à intervenir dans les écoles. Un jour en revenant des cours il a dit à sa grand mère : "Personne n’est au courant, la maitresse non plus, personne ne sait ce que tu as vécu pendant la guerre. Alors t’as intérêt d’aller parler dans les écoles, collèges et lycées". Rachel Jedinak confesse à LCI que "c'est lui qui m’a donné l’impulsion pour le faire".

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Rachel Jedinak et ses interventions scolaires pour raconter son histoire

Depuis ce moment, celle qui a échappé à deux rafles intervient auprès des élèves pour témoigner de son histoire, qui est aussi une page de l'Histoire française. Et surtout, Rachel Jedinak essaie de lier ses épreuves de vie à la société française actuelle : "Je mets en garde les jeunes contre les dérives actuelles, je leur raconte mon histoire et je leur dis que nous avons la chance de vivre dans un beau pays, une démocratie, un pays qui a les droits de l’homme, et qu’il faut se respecter entre nous".

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