"C'est le far-west" : à Nîmes, des quartiers otages d'une guerre meurtrière entre trafiquants

"C'est le far-west" : à Nîmes, des quartiers otages d'une guerre meurtrière entre trafiquants

ENQUÊTE - Alors que le ministre de l'Intérieur, Gérald Darmanin, a promis des moyens policiers supplémentaires lors d'un déplacement à Nîmes, certains quartiers pauvres de la ville font régulièrement face à des affrontements violents en lien avec le narco-banditisme.

Gérald Darmanin au chevet de la ville de Nîmes. Le ministre de l'Intérieur s'est entretenu ce lundi avec le maire LR Jean-Paul Fournier, alors que la ville s’inscrit depuis plusieurs mois dans une spirale d’actes criminels de plus en plus violents. Les habitants de trois quartiers pauvres sont ainsi confrontés à une escalade des règlements de compte à l'arme de guerre, en lien avec un trafic de drogue que les autorités peinent à enrayer. 

Il y a un an, le 21 février 2020, des voix s'étaient élevées à Pissevin, une des zones les plus pauvres de France, pour lancer "un appel au secours" après une fusillade ayant fait trois blessés. Depuis, la liste des morts s'est allongée dans la ville de 150.000 habitants, plus particulièrement dans ce grand quartier de l'ouest et dans deux plus petits à l'est, Chemin Bas d'Avignon et Mas de Mingue. Au début, les fusillades "n'ont pas fait de victime, puis des blessés de plus en plus graves, et on avait tous le sentiment qu'à un moment ou un autre, on aurait des morts", se rappelle auprès de l'AFP le procureur de la République Eric Maurel. 

Toute l'info sur

Le 20h

Selon le magistrat, une quinzaine de règlements de compte ont fait huit morts en 2020 à Nîmes, et déjà trois en 2021, dont un adolescent de 17 ans. "Ces assassinats sont en lien direct avec le narco-banditisme et sont des règlements de compte dans le cadre soit de guerres de territoire, soit de conflits commerciaux", ajoute Eric Maurel, évoquant "des "actions impulsives" et d'autres "très organisées".

Une école prise d'assaut

Les vitres de certains commerces portent encore des traces d'impacts de balles, stigmates de ces affrontements : "C'était le 15 juin dernier, il y a eu cet impact de balle et le soir même il y a eu un mort. C'est le far-west", témoigne un habitant dans le reportage de TF1 en tête de cet article. Dans ces trois quartiers constitués de barres et tours, parfois très dégradées, deux bandes rivales se livrent une véritable guerre, avec parfois des tirs en plein jour. "On est en présence d'individus parfois très jeunes qui ont accès à des armes de guerre", notamment des fusils d'assaut de type Kalachnikov AK-47 ou M-16, confirme Eric Maurel, évoquant des découvertes récentes de "stocks d'armes" dans le Gard. 

Au milieu de cette zone, une école élémentaire vit dans l'angoisse après avoir été prise d’assaut en décembre dernier par des trafiquants de drogue s'étant introduits dans la cour pour tenter d'échapper à la police. Le directeur, Christophe Boissière, a dû gérer cette journée de panique avec une centaine d'élèves confinés à la cantine et allongés dans le noir de longues minutes. Une expérience ô combien traumatisante : "Il y a des enfants qui font des cauchemars, qui ne veulent plus venir à l'école, ou qui ont peur de mourir quand on les confine lorsqu'il y a des tirs. Il y a aussi des enfants moins concentrés ou très excités. Dans tous les cas, c'est vraiment triste", assure-t-il. 

Certains parents ont également accepté de témoigner malgré les risques de représailles. "On a toujours cette boule au ventre de ramener nos enfants à l'école. On n'est pas à l'aise parce qu'on ne sait pas ce qui va se passer", explique une mère de famille. "C'est pas la première fois que des jeunes ont pris une balle perdue, mais le jour où un enfant se fera tuer, je pense que là les choses bougeront", renchérit une autre. 

Plus de 10.000 euros par jour

Pour éviter de nouvelles intrusions dans l'école, une clôture de trois mètres a été installée, tandis que deux policiers municipaux sécurisent chaque jour l'arrivée et le départ des élèves. Toutefois, leur présence ne dissuade même pas les dealers qui se tiennent, pour certains, à quelques mètres de l'établissement. Il faut dire que non loin de là, au pied des immeubles, des garages privés servent de repaires aux trafiquants. Les clients viennent y acheter de la résine de cannabis et de l'herbe, en voiture ou à pied. Dans ce quartier du Chemin-Bas d’Avignon, le trafic rapporterait entre 10.000 et 15.000 euros par jour aux dealers, selon la police. 

Ici, 7 personnes sur 10 sont au chômage, alors il est difficile de résister à l'argent facile de la drogue. "Ça va faire un an et demi. Je suis en formation. J'ai essayé de faire des démarches, mais l'État ne nous aide pas trop. Ça nous laisse pourrir dans le quartier. On est obligés de vendre de la drogue, survivre", raconte un dealer, aussitôt interrompu par les cris des guetteurs qui lancent "araaaaa" dès qu’une voiture de police est en vue. Des agents patrouillent effectivement tous les jours pour rassurer et effectuer des contrôles. Mais c'est insuffisant pour stopper le trafic. "On va interpeller le petit dealer qui aura travaillé la journée. La tête de réseau, elle aura trouvé quelqu'un qui va faire le boulot de vendre à la sacoche pour 100 ou 150 euros. Mais si on n'était pas là dans le quartier, je pense qu'il y aurait encore plus de trafic de stupéfiants, et que la population serait encore moins en sécurité", avance la commissaire Géraldine Palpacuer.

Lire aussi

Pour arrêter le trafic, l'État affirme apporter des solutions : des agents de police supplémentaires sont annoncés pour le mois d'avril, mais ce n'est pas assez pour le maire. "On va recevoir 13 policiers municipaux en plus, alors qu'il en faudrait pratiquement cinquante. Car ce ne sont pas des CRS qui viennent une semaine et qui s'en vont qui règlent le problème", affirme Jean-Paul Fournier. Sur le long terme, un vaste projet de rénovation urbaine est par ailleurs lancé. Au total, 400 millions d'euros sont prévus pour ces trois quartiers sensibles de Nîmes. Une attente beaucoup trop longue pour les habitants qui souhaitent voir les violences s'arrêter. 

Sur le même sujet

Les articles les plus lus

Éruption de la Soufrière à Saint-Vincent : des milliers d'évacuations dans la panique

Dîners clandestins : Brice Hortefeux plaide la bonne foi, Alain Duhamel se dit "piégé"

EN DIRECT - Le pic de la 3e vague atteint ? "Nous devons encore tenir", prévient Véran

Vacances confinées : ces Français qui trichent (sciemment ou sans le savoir)

Pourquoi le Chili se reconfine-t-il alors qu'il est le 3e pays le plus vacciné au monde ?

Lire et commenter