VIDÉO - Abandon du projet d'aéroport de Notre-Dame-des-Landes : 50 ans de discorde en 3 minutes

Société
DÉCRYPTAGE - Retour sur plusieurs décennies d'un débat interminable, et qui s'est tendu ces dernières années, alors que le gouvernement vient d'annoncer que le projet d'un aéroport à Notre-Dame-des-Landes était finalement abandonné.

Il n'y aura pas d'aéroport à Notre-Dame-des-Landes. La question s'est posée depuis plus de cinquante ans, et Edouard Philippe et Emmanuel Macron ont finalement tranché pour le non. Ces dernières semaines, trois personnalités chargées par le président de la médiation sur ce sujet ont rendu un rapport mi-décembre. Signe de la difficulté du dossier, l'exécutif a semblé hésité jusqu'au dernier moment avant de livrer son verdict. Et, évidemment, cette décision fait des heureux et des mécontents. Car à force de traîner en longueur, le projet a créé une véritable scission entre les défenseurs et les opposants de cet aéroport. LCI revient sur les grandes étapes de ce dossier brûlant. 

1963 - La toute nouvelle métropole Nantes-Saint-Nazaire veut devenir un carrefour européen aérien

Dans les années 60, en plein cœur des 30 Glorieuses, la France connaît un bel essor économique. Seule faiblesse : Paris centralise la majorité des projets de développement. Le gouvernement cherche alors à décentraliser les nœuds d’activité. Et pour cela, il mise sur la création de métropoles. Les huit premières voient le jour en 1963, parmi elles : Nantes-Saint-Nazaire. Mais pour se développer, sans dépendre de la capitale, la toute nouvelle métropole souhaite obtenir son propre réseau de communication. L’idée d’un nouvel aéroport, véritable pont reliant les grandes villes françaises mais aussi les mégalopoles européennes voit le jour. Alors sénateur RPR de Loire-Atlantique, Michel Chauty va même jusqu’à rêver d’un "Rotterdam aérien de l'Europe".

1968 - Notre-Dame-des-Landes est choisi pour devenir le site du nouvel aéroport

Le choix se porte sur Notre-Dame-des-Landes. À l’époque, il s’agit d’une petite bourgade, peu peuplée. On estime alors que les nuisances seront moindres qu’à Nantes. 1225 hectares sont classés en ZAD, Zone d’Aménagement Différé. L’objectif est de mettre en friche cet espace et d’y empêcher toute construction pour le "réserver" au projet d'aéroport. Personne ne s'imagine alors que l'attente sera aussi longue.


Les premiers terrains sont acquis par les pouvoirs publics en 1974 mais l'opposition s'est organisée, des associations de défense se sont créés. De nombreux agriculteurs et habitants ne comptent pas quitter leur terre. Surtout, ils estiment que ce projet est trop cher, inutile et anti-écologique. C'est finalement la crise pétrolière et les difficultés économiques qui suivent qui leur permettent d'obtenir leur première victoire. Faute de moyens, l'Etat met en veille le dossier.

2000 - Le gouvernement Jospin relance le dossier

Étonnamment, c'est une ministre écologiste qui relance le projet : Dominique Voynet évoque cette possibilité dès la fin des années 90. La loi Voynet, relative à l'aménagement du territoire, prévoit ainsi de "réserver les sites, là où c'est nécessaire, pour l'implantation de nouvelles plateformes (aéroportuaires notamment à) Nantes". En 2000, le gouvernement acte ainsi la création d'un nouvel aéroport, pour remplacer celui de Nantes, jugé trop petit. "Il a semblé nécessaire, compte tenu des nuisances qui pesaient sur les habitants de Nantes, de déplacer l'aéroport actuel sur le nouveau site de Notre-Dame-des-Landes, à une douzaine de kilomètres au nord de la ville", explique à cette époque la ministre de l'environnement. 


Cette annonce ne fait pas que des heureux, le conflit se radicalise, c’est l’acte de naissance de la ZAD des opposants. Le sigle est détourné, la "Zone d’Aménagement Différé" devient la "Zone à défendre".

2008 - Le Conseil d'Etat qualifie le projet d'"utilité publique"

Après des années d'enquête publique, le Conseil d'Etat déclare le projet de l'aéroport de Notre-Dame-des-Landes d'"utilité publique". Les opposants espéraient pourtant que le Grenelle de l'environnement irait dans leur sens - ce dernier imposait le gel de toute nouvelle structure aéroportuaire. Mais le nouvel aéroport est considéré comme un simple "transfert", un remplacement d'aéroport existant. 


L’opposition se renforce encore un peu plus : au-delà des manifestations, des militants occupent les maisons présentes sur le terrain. Les affrontements avec les forces de l'ordre sont parfois violents.

2015 - tous les recours sont rejetés

Après l'échec de Jean-Marc Ayrault, fervent défenseur du projet, le nouveau Premier ministre Manuel Valls reprend le flambeau. Le tribunal de Nantes rejette les 17 recours contre la construction de l’aéroport et permet la relance du projet et l’expulsion des derniers habitants de la ZAD.

2016 - un référendum local valide le projet

Face à la gronde, un référendum local est mise en place. Les habitants du département de Loire-Atlantique sont invités à se prononcer pour ou contre la construction du nouvel aéroport en juin. Le oui l’emporte à 55.17%, malgré de grandes disparités géographiques. Les villes concernées ont sans surprise, largement voté contre. En novembre, la cour administrative d’appel de Nantes autorise définitivement les travaux.

2017 - Emmanuel Macron lance une ultime médiation

Emmanuel Macron en fait fait une promesse de campagne : avant de trancher, il lancerait une médiation. " Je prendrai ma décision six mois après l’élection, mais avec malgré tout en tête le fait que la concertation locale a donné un avis favorable. Donc il faudrait des éléments forts pour que nous y revenions", avait-il tout de même prévenu. Trois personnalités ont été désignées pour rendre un rapport sur le sujet. L'objectif : sortir, sans heurts, de cette crise longue d'un demi-siècle. la préfète, Anne Bocquet, l’ancien président de l’autorité environnementale, Michel Badré, et le spécialiste d’aéronautique Gérard Feldzer ont livré leurs conclusions le mercredi 13 décembre. 

2018 - Le projet d'aéroport abandonné

Après une ultime visite surprise quelques jours avant de rendre sa décision, Edouard Philippe a finalement entériné l'abandon du projet d'aéroport à Notre-Dame-des-Landes. Et ce, donc, malgré un référendum local favorable. Le projet de construction d'aéroport à Notre-Dame-des-Landes "sera abandonné ", car les "conditions" de sa mise en oeuvre "ne sont pas réunies", a confirmé mercredi Edouard Philippe. "Je constate aujourd'hui que les conditions ne sont pas réunies pour mener à bien le projet d'aéroport de Notre-Dame-des-Landes". Le projet "sera donc abandonné", a déclaré le Premier ministre, précisant que "les terres" sur lesquelles le projet devait être édifié ne seront pas gardées par l'Etat et que l'actuel aéroport de Nantes-Atlantique serait "modernisé", ainsi que celui de Rennes. 

Quant à l'évactuation de la ZAD,  "nous mettrons fin à la zone de non-droit", a encore affirmé Edouard Philippe. Elle se fera de façon progressive d'ici le printemps, a encore précisé le Premier Ministre : "Les occupants illégaux de ces terres devront partir d'eux-mêmes d'ici le printemps prochain ou en seront expulsés".

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Notre-Dame-des-Landes : après l'abandon et l'évacuation, le dépôt des dossiers

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