"Ah bon, tu veux que je t'apporte un camion-poubelle ?" : on a passé la journée avec le père Noël (d'un centre commercial)

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ON A TESTÉ - Depuis le début du mois de décembre, des clones du père Noël peuplent les marchés ou les galeries commerciales. Comment ça se passe, toute une journée à prendre sur ses genoux des enfants surexcités ? Rencontre avec le père Noël du centre commercial Beaugrenelle, dans le 15e arrondissement de Paris.

"Alors, on a été sage cette année ?" Il y a ces deux yeux, gourmands, qui vous fixent, à demi perdus sous une barbe en nylon blanc. Et ce gros ventre. Et cet habit rouge. Heu... oui-oui-oui, sage. L'enfant à qui il s'adresse semble avoir passé l’âge de se poser la question, en fait. Mais qu’importe, le père Noël du centre commercial Beaugrenelle, dans le XVe arrondissement de Paris,  joue le jeu même avec les plus de 8 ans.


A l’approche de Noël, les clones de l’officiel bonhomme en costume rouge se multiplient, peuplant les marchés de Noël, grands magasins, ou supermarchés. C’est qu’il y a du boulot, pour venir à bout de ces files d’enfants, parents, nounous et poussettes, qui attendent, émerveillées, de venir parler au père Noël. Forcément, on a voulu voir comment ça se passait. A Beaugrenelle, ce mercredi, c'est un père Noël  expérimenté qui nous accueille. Il est grand, énorme, et a même son traîneau, ses rennes et un studio photo. "Père Noël, j’ai toujours fait ça !", nous confie-t-il entre deux discussions avec des enfants. "J’ai commencé à 20 ans, pour mes neveux et nièces. Et j'ai continué depuis pour tous les enfants nés dans ma famille". Mais quand ces petits sont devenus grands, notre Santa Claus a failli se retrouver au chômage technique. Depuis deux ans, donc, il officie au centre commercial Beaugrenelle. "Je le fais pour les gamins. J’adore voir leur tête !"

Le regarder, c'est un spectacle. Il y a Gisèle. Jolie petite métisse, trois pommes de haut pas plus, qui de loin, n’ose pas approcher, se tourne les doigts dans le nez en se tortillant. Pas à l’aise, au bord des larmes. Et le père Noël arrive. Lui murmure on ne sait quoi. L’emmène se faire prendre en photo sur le traîneau ; et visiblement, elle adore. La fillette ressort de l’entrevue amadouée, un bonbon dans la bouche. "Elle est timide", confesse sa maman. "Mais il a touché son nez, et il a fait clignoter la lumière en même temps, donc c’était un peu magique. Je viens d’Australie et tous les ans là-bas, on prend la photo avec le père Noël. Pour elle, c’était la première fois."  


Le tapis rouge hypnotise les gosses. Ils tournent autour, sans oser s’approcher, mais sont comme aimantés. Arrive Emmanuel. Lui est survolté. Vraiment. Il hurle de joie. A côté, dans sa poussette tirée par une maman fatiguée, Chloé, sa sœur, hurle elle aussi, mais de peur. Alessandro, 4 ans, attend de son côté gentiment, avec son ballon en forme d’épée trop grand pour lui. Tout droit, prêt, impressionné mais ne mouftant pas ; le père Noël s’approche, Alessandro a le regard fixe. "En fait, on est déjà venu l’autre jour, mais Alessandra avait trop peur, il ne voulait pas le voir, il se cachait derrière moi", raconte le papa. "Cette fois-ci, on est passé voir les lutins avant, c’est plus facile." Alessandro se fera embarquer dans le traîneau sans moufter. Et son papa  craquera  en achetant trois photos. 15 euros l'une. Pas la monnaie ? Pratique, il y a le distributeur juste à côté. 

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Les lettres au Père Noël ont évolué au fil des années

Mais que dit le père Noël aux petits pour les amadouer ainsi ? Il s’approche, murmure une litanie de questions, tente de toucher l’enfant. "Est-ce que tu as envoyé ta liste ? Qu’est-ce que tu as demandé ? Un avion ! Un gros avion ? Est-ce que tu as été gentil ? Oui ? Moyen-moyen ? On demande à papa et maman ? Tu as demandé quoi ? Un camion ? Ah bon, tu veux que je t'apporte un camion-poubelle ?" Parce que oui, c’est là le génie des petits : être toujours là où on ne les attend pas.  Le père Noël sait s’adapter, aussi, et varier son discours. Comme pour Emmanuel, le surexcité :  "Tu me promets de rester un peu plus calme si tu veux avoir les cadeaux ?" C’est traître. Forcément, le petit est prêt à tout jurer. Et il le fait : "OUI ! Promis !"

En fait, ils ne sont pas si crédules les enfants. Beaucoup ont compris qu’ils n’avaient pas là l’authentique, mais une jolie copie. Ils prennent quand même. Font comme si. Mais il y a néanmoins des ratés. Des enfants qui continuent de pleurer, qui se rapatrient dans les jambes des parents, malgré les questions, les bonbons. Et les parents qui du coup, en font des caisses, comme pour consoler Sant Claus. "On est heureux de vous avoir vu père Noël. Merci père Noël, merci !" , disent-ils en s’esquivant.

La stratégie du père Noël

C’est qu'il faut être stratège quand on enfile le costume de père Noël. D’abord, il faut attirer les enfants. Quand les visiteurs se font rares, le père Noël se campe droit dans ses bottes sur son tapis rouge, ventre en avant. Et chaque enfant qui descend de l’escalator a droit un grand signe de la main et un  "youhouuuu". Ça ne rate pas. Au loin, les yeux du petit s’allument, d’un coup. Cri de joie, il accourt, entraînant ses parents parfois récalcitrants, stoppés dans leur course aux paquets par ce passage obligé. 


Deux ados, assis sur un banc, regardent le défilé, de loin. Tout à l’heure, ils ont pris leur place dans la file d’attente, frétillants. "On l’aime bien nous le père Noël", ont-il dit, dans un rire nerveux. "On a vu qu’un père Noël s’était installé ici, on voulait lui dire bonjour." Maintenant, ils sont un peu déçus. L’entrevue a été rapide. Un peu trop à leur goût. "Ben comme on prenait pas de photos, on n’a pas eu de bonbon. Il nous a dit de nous mettre sur le côté. On a droit à rien. C’est pas trop esprit de Noël, quoi..."

C’est que son temps est compté, au père Noël. En cette fin de mercredi après-midi, ce n’est pas rempli-rempli, mais le débit ne se tarit pas. Et il rejoue sa partition encore et encore. Salue au loin, "Youhou", approche. Plié de genoux, serrage de main, bonbon, montée sur le traîneau, photo, descente du traîneau, tirage de photo... Et ça recommence. C’est sport, d’être père Noël. "Le bruit de fond, la musique, la chaleur, c’est vrai que c’est un peu fatiguant à la fin de la journée", reconnaît-il. "Après, on a des techniques : quand je suis fatigué d’être debout, je m’appuie sur mon traîneau pour me reposer."  


Et est-ce une bonne situation, père Noël ? Il noie la réponse dans un sourire. "Ah, ça ! On ne peut pas le dire. Je fais ça pour m’amuser. Pour le plaisir. C’est Noël, c’est pour faire rêver les enfants, comme je l’ai toujours fait."  Et, parfois, c’est payant, gratifiant. "Souvent, les enfants demandent des jouets, des playmobils, des... comment ça s’appelle ça, PS Switch ?" "Mais l’an dernier, une petite m’avait demandé si son frère pouvait revenir à la maison, parce qu’il avait été retiré de la garde de son papa. Deux jour après, elle est revenue, a couru vers moi a et m’a dit 'ce que tu m’as promis, ça s’est réalisé, mon petit frère est revenu avec moi' !" Un mot de la fin ? Il se gratte la barbe en nylon. "Ben je sais pas... Vous avez été sage, vous ?" Allons bon, il est reparti en pilote automatique.

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