VIDÉO - Bassin de la Villette ouvert à la baignade à Paris : que risque-t-on si on boit la tasse ?

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SANTÉ – Alors que la première piscine en eau vive de Paris a été inaugurée de mardi matin par Anne Hidalgo à La Villette, les autorités assurent que la qualité de l’eau du canal de l'Ourq est bonne et ne présente pas de danger.

Un grand "pas en avant". Un "rêve" qui devient réalité. Un "lieu magique". Depuis hier, et l’ouverture au public du bassin de la Villette à la baignade, les envolées lyriques ne manquent pas pour commenter l’évènement. Pas n’importe lequel, il est vrai : il s'agit là d'un bassin "en eau vive", c’est-à-dire au milieu des eaux du canal. Une "première" à Paris, depuis 1923. 


Et, ce mardi  matin, un peu avant que la maire de Paris Anne Hidalgo n’inaugure l’endroit, batifolaient dans des eaux à peine verdâtres,  des dizaines d’enfants.

A la rédaction de LCI, devant les écrans de télévision qui retransmettaient l’évènement, l’heure était pourtant plus à la méfiance qu’aux réjouissances : "Arg, si tu bois la tasse là-dedans !", "Ah, c’est dégueu...", a-t-on entendu ici et là, pour ne citer que les commentaires les plus enthousiastes. Alors forcément, quitte à jouer les Cassandre, on s’est demandé ce qu’on risquait, à aller s’y mouiller. Car aucun traitement chimique n’est effectué, comme dans les piscines traditionnelles. A La Villette, c'est de l'eau na-tu-relle. Limite un peu trop ?


Evidemment, si les eaux ont pu être ouvertes à la baignade, c’est que la qualité de l’eau est jugée bonne. L’Agence régionale de santé, qui organise régulièrement des prélèvements, a donné son feu vert. La qualité microbiologique des eaux de la Villette est en effet bonne ces deux dernières années, dans les standards de la réglementation européenne. 

A la recherche des "germes fécaux"

Ce qui est surtout scruté, est la présence éventuelle de bactéries d’origine fécale (comme les entérocoques intestinaux ou la bactérie Eschericia coli). Un terme charmant, pour parler de ces substances provenant des excrément d’oiseaux, des mammifères, ou... des égouts : les germes fécaux  peuvent en effet provenir d’un dysfonctionnement du réseau des eaux usées, ou proliférer à la suite de violents orages, donnant lieu à des ruissellements, qui amèneraient des bactéries dans les bassins. 


Et dans  ce cas, les eaux contaminées peuvent occasionner, pour les baigneurs, des petits soucis, comme le rappelle la Fédération française de triathlon pour la pratique de la "natation en eau libre". Au choix, vous n'avez pas nagé depuis longtemps, vous buvez la tasse, et avalez donc de l’eau : vous êtes bons pour des troubles digestifs, avec une bonne gastro-entérite ; autre option, votre voisin baigneur s'est appuyé sur votre tête pour ne pas couler, vous avez donc mis la tête, le nez, et les oreilles sous l'eau, vous récoltez des troubles ORL, type otites externes ou pharyngites. Mieux encore : vous savez nager, vous vous êtes donc longuement baignés, ce qui implique en toute logique que votre peau a été en contact avec l'eau, et donc avec des bactéries. Vous écopez de troubles dermatologique style surinfection de plaies. Et si vous êtes vraiment un poissard, vous attrapez la leptospirose, maladie rare, mais transmise par le contact de la peau avec de l'eau douce contaminée par l'urine d'animaux infestés... Une maladie bénigne (fièvre élevée, maux de tête, douleurs musculaires), mais qui "peut évoluer vers une atteinte rénale, hépatique, méningée ou pulmonaire", nous précise le site de l’Institut Pasteur. Sympathique, non ?


Qu'on se rassure. Pour l’instant, n’ayez crainte, aucune de ces joyeusetés n’est à l’ordre du jour. Les eaux de la Villette, approvisionnées par le canal de l’Ourcq et de la Marne,  sont, d’abord, de bien meilleure qualité que celles de la Seine. Et surtout, elles sont scrutées de très près. L’Agence régionale de santé y effectue des prélèvements toutes les semaines pendant tout l’été, et la Ville de Paris fait ses propres analyses, quotidiennes, via le réseau Eau de Paris. Chaque bassin est équipé de filtres, qui retiennent les algues, des particules,  et d’éventuelles saletés. Une petite dizaine de capteurs sont également installés pour vérifier la qualité de l’eau. 

Il n’y a pas de risque à boire la tasse !Anne Hidalgo, lors de l'inauguration

La chaleur, et d’éventuels orages, pourraient provoquer une pollution, en créant des ruissellements pluviaux susceptibles de drainer des débordements d’eaux usées. Mais le système de surveillance mis en place par la Ville permettra d’être réactif, et de fermer les bassins le temps que les seuils reviennent à la normale. Anne Hidalgo l’a assuré, lors de l’inauguration : "Il n’y a pas de risque à boire la tasse ! Des mesures sont faites tous les jours, et une jauge de baigneurs est installée – pas plus de 300 à la fois, ndlr -, liée aux questions sanitaires, pour pouvoir en permanence contrôler la qualité de l’eau. On fait comme dans une piscine classique !"  


Surtout, pour Anne Hidalgo, cette première à Paris sera suivie de beaucoup d’autres, dans le cadre du plan Nager à Paris. "Cela ouvre cette porte à la baignade en eau libre dans Paris !", s’est-elle réjouit. Au programme, en 2019, une nouvelle piscine devrait ouvrir dans le lac de Daumesnil, dans le bois de Vincennes. Avant le feu d’artifice prévu en 2024, avec l’installation prévue de trois piscines... dans la Seine, cette fois-ci, à l’occasion notamment des Jeux Olympiques.


En attendant, la première piscine en eau vive de Paris va donc vivre sa première épreuve, demain mercredi : est en effet prévu un gros orage, dans la journée. Le bassin de la Villette va-t-il survivre ? La qualité des eaux de baignade résistera-t-elle au déchaînement du feu du ciel ? A voir. Mais Anne Hidalgo a prévenu ce mardi matin : "Evidemment, s’il y a un très, très gros orage, il faudra un peu de temps, quelques jours, avant de rétablir la qualité de la baignade en eau libre. Mais c’est comme à la plage ou en rivière !"

>>  Baignade autorisée dans le Bassin de la Villette. Du Lundi 17 juillet au dimanche 3 septembre. De 10 h à 20 h.

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