Langues régionales : les parents du petit Fañch crient à "l'acharnement"

Langues régionales : les parents du petit Fañch crient à "l'acharnement"

BRETAGNE - Les parents du petit Fañch vont devoir repartir au combat. Une décision du Conseil constitutionnel a en effet dit non aux signes diacritiques dans les actes de l'état civil.

Le Conseil constitutionnel a retoqué partiellement vendredi la proposition de loi Molac en faveur des langues régionales, avec la censure de l'"enseignement immersif" et de l'utilisation de signes diacritiques comme le tilde (~) dans les actes de l'état civil. Une décision qui a ému des présidents de région, tels que Jean Rottner (LR, Grand Est) qui y voit "un manque de confiance vis-à-vis des territoires et de leurs richesses", ou encore Alain Rousset (PS, Nouvelle-Aquitaine), pour qui "il est temps de rouvrir le débat sur la place des langues régionales dans la Constitution".

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Cette censure a une forte charge symbolique en particulier en Bretagne, où le combat des parents de Fañch, qui étaient allés jusqu'à la Cour de cassation pour permettre à leur fils de garder son "n tilde", avait passionné. "C'est un gros retour en arrière", juge auprès de TF1 le père, Jean-Christophe Bernard, dans la vidéo en tête de cet article. "Ça devient usant et pénible. C'est de l'acharnement ! Je ne sais pas de quoi ils ont peur. Ce n'est pas mon fils qui va faire trembler la République", s'émeut-il. "On croyait que c'était terminé. Fañch a eu quatre ans le 11 mai, et là on retourne en arrière. On a l'impression de faire un pas en avant et là, c'est dix pas en arrière", renchérit Lydia Fuzier, sa maman.

Retour en arrière

Il faut dire que cette affaire a subi de nombreux rebondissements. Quand en mai 2017, le procureur s'oppose à l'inscription de cette petite vague sur l'acte de naissance du petit Fañch, l'affaire émeut les défenseurs des langues régionales. Le 13 septembre 2017, le tribunal de Quimper est formel : autoriser le tilde reviendrait "à rompre la volonté de notre État de droit de maintenir l'unité du pays", estime-t-il, citant la loi du 2 Thermidor An II (20 juillet 1794) qui a imposé, durant la Terreur, le français comme seule langue de l'administration. Mais c'est surtout une circulaire ministérielle de 2014, listant seize signes (accent, tréma, cédille, etc.) autorisés sur certaines lettres seulement, qui interdit le tilde à l'état civil.

En novembre 2018, la cour d'appel de Rennes donne finalement raison à la famille en jugeant que l'usage du tilde "n'est pas inconnu de la langue française". Un pourvoi en cassation du parquet général est déclaré irrecevable en octobre 2019. Mais, faute de modification de la circulaire, le problème subsiste. Ainsi, en novembre 2019, le parquet de Brest interdit le tilde à un deuxième Fañch, né à Morlaix. Face à l'inertie de l'administration, le député breton Paul Molac (Libertés et Territoires) fait une proposition de loi pour la promotion des langues régionales, qui permettra d'autoriser "tous les signes diacritiques des langues régionales". Celle-là même qui vient d'être en partie retoquée par le Conseil constitutionnel. 

Les écoles Diwan également sur la sellette

Au-delà du tilde, c'est aussi l'enseignement en immersion qui a été jugé anticonstitutionnel, comme dans les écoles Diwan où les enfants parlent et entendent le breton toute la journée. Ce mardi matin à Quimper, les parents étaient dans l'incompréhension. "Tout ça est lamentable, tout simplement. Franchement, je ne vois pas quel peut être le danger pour un pays que plusieurs langues soient parlées", s'est ainsi offusqué un père de famille. "Ce n'est pas normal, c'est une école comme une autre. C'est peut-être même un plus. Ils apprennent après plus facilement les langues quand ils apprennent petits. Ils sont beaucoup plus autonomes", ajoute une maman.

Ces écoles associatives ont déjà du mal à trouver assez de financements. Keven Ar Fur, le directeur des écoles Diwan de Quimper ne cache pas ses craintes : "J'ai peur qu'il y ait des freins dans le développement des écoles Diwan alors qu'on a besoin de nouveaux enseignants, de nouveaux postes", dit-il.

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Les défenseurs du breton se rassembleront samedi 29 mai à Guingamp. D'autres mobilisations sont prévues un peu partout en France. En attendant, le Premier ministre Jean Castex a annoncé ce mardi à l'Assemblée qu'il diligentait deux députés pour une mission sur les langues régionales et qu'il recevrait ensuite l'ensemble des représentants des établissements enseignant des langues régionales.

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