VIDÉO - Canicule : existe-il des solutions pérennes pour que les logements restent frais ?

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CANICULE - Dur de survivre à cette énième semaine de canicule. A fortiori dans les grandes villes et en appartement. Alors comment faire pour construire ou adapter les logements, afin de résister aux fortes chaleurs, sans avoir recours à la clim, cette fausse amie ? LCI fait le point sur les solutions possibles.

36, 37, 38... Le thermomètre s'affole cette semaine encore. Il n'y a plus personne dehors, les gens sont cloîtrés chez eux, à l'hôtel ou se ruent dans les magasins climatisés. Même si la France est loin des Etats-Unis où 90% des logements sont équipés de clim, près de 500 000 foyers en possèdent une, soit 40% de plus qu'en 2015. Or nous le savons, si c'est bien agréable sur le moment, cela ne fait qu'empirer la situation à l'extérieur. En rejetant l'air chaud dans les rues, les villes de plus en plus climatisées deviennent de véritables fournaises.


Pour Amandine Crambes, ingénieure-urbaniste à l'Ademe, trouver des solutions contre la chaleur "ce n’est pas une question d’innovation, mais reconsidérer les procédés constructifs". Il faut "remettre du bon sens dans la conception des logements collectifs". Repenser l’emplacement, l’orientation, l’équipement et l’orientation d’une maison en fonction de son environnement, pour en tirer le meilleur. Ce sont en partie les préceptes de l’architecture bioclimatique. "C’est ce vers quoi il faut tendre dans les prochaines années", assure-t-elle.

Ensoleillement et circulation d’air

La première chose qui vient à l’esprit quand nous pensons à l’ensoleillement d’une maison, c’est son orientation. Mais Jérôme Turbin, le co-fondateur de l’Atelier Architecture Verte, explique que malgré des périodes de canicules toujours plus longues, les plans avec les pièces de vie orientées vers le sud au moment de la construction d’une maison restera une constante, "car nous allons aussi avoir des grands froids dans le futur". En revanche, l’orientation d’un bâtiment devrait aussi prendre en compte d’autres informations, telles que la direction et la force des vents dominants. 

C’est l’idée de Meteodyn, une entreprise qui a développé un logiciel de cartographie des vents en milieu urbain, pour profiter des flux d’air afin de refroidir naturellement l’intérieur des bâtiments. "Pour cela, il faut orienter les habitations de manière à ce que les vents les plus intéressants soient traversants, et prévoir des ouvertures représentant au moins 20% de la façade soumise au vent", expose Guillaume Caniot,  expert climatologie urbaine chez Meteodyn. Cette extraction d’air froid est un système passif, qui ne nécessite pas de système de récupération d’énergie. Bien évidemment, cela dépend des régions, un vent devient potentiellement intéressant à partir de 4m/seconde à l’extérieur, et nécessite d’être régulier. Néanmoins, la technique fait ses preuves : "Nous estimons qu’un vent entrant d’une vitesse d’un mètre par seconde représente une température ressentie de - 1 degré" explique-t-il.


Cela implique aussi des choix dans la distribution interne. "On fait de moins en moins de logements traversants et on met des climatiseurs à la place", regrette Amandine Crambes. L’objectif futur pour profiter de ces techniques est de maximiser la circulation d’air dans chaque logement, mais aussi à l’intérieur de tout le bâtiment. 

Isolation : choix des matériaux et protections extérieurs

Jérôme Turbin estime que "la tendance à venir, ce sont des températures extrêmes, chaudes comme froides. Il faut donc augmenter l’isolation et les protections extérieures". Ce qui inclut une très grande isolation des murs, mais aussi du toit, et l’emploi d’un triple vitrage. "Dans une maison bien conçue, il fait toujours 20 degrés à l’intérieur peu importe la température extérieure", assure l’architecte. Mais évidemment, il faut aller au-delà des normes actuelles.


Amandine Crambes rappelle quant à elle que, "en plus d’avoir une mauvaise isolation, beaucoup de bâtiments haussmanniens n’ont même pas de volets, c’est parfois aussi simple que ça". Il faut donc investir sur les équipements de protection pour diminuer l’ensoleillement, en sachant que stores et rideaux sont inefficaces s’ils sont à l’intérieur. "Les rayons traversent le vitrage et sont coincés entre le dispositif et la vitre, ce qui provoque un effet de serre et ajoute encore de la chaleur", selon Jérôme Turbin. 

Le choix des matériaux est également primordial, notamment en fonction de leur inertie, autrement dit de leur capacité à emmagasiner la chaleur et à la relâcher progressivement. "C’est beaucoup lié à la couleur des matériaux", explique Amandine Crambes. "Par exemple, l’asphalte a une grande inertie : il capte la chaleur toute la journée et la restitue très lentement dans la nuit, donc les villes ne se refroidissent jamais". Utiliser la différence de température entre le jour et la nuit est d’ailleurs une des méthodes de l’architecture bioclimatique pour lutter contre la chaleur, c’est le free cooling. Une surventilation nocturne, qui n’est cependant efficace que si les matériaux de la maison permettent un réel refroidissement. La pierre, la terre, le béton, ou encore mieux, un mur ou un toit végétalisé. 

La végétalisation reste la meilleure solution

“Végétaliser les toits et les murs restent la meilleure solution actuellement. Un bâtiment avec une toiture sombre peut atteindre 80 degrés, une toiture claire 45 degrés… alors qu’une toiture végétalisée ne dépassera pas les 29 degrés.” L’albédo est plus élevé - c’est à dire que les rayons du soleil sont moins absorbés et plus renvoyés vers le ciel - donc il y a moins d’inertie et un apport d’eau qui contribue à tempérer. “C’est une question d’évapotranspiration. Pour rafraîchir un espace, un arbre mature est aussi efficace que 5 climatiseurs fonctionnant 20 heures par jour.” Alors que la climatisation se limite à transférer la chaleur à l’extérieur sans l’éliminer.

Si ces mesures n’excluent pas l’acquisition d’une climatisation - notamment dans les régions les plus chaudes et sans vent - elles peuvent en tout cas en réduire drastiquement son recours. Pour Jérôme Turbin "les systèmes de l’architecture bioclimatique ne sont pas encore appliqués partout, car nous sommes toujours dans des logiques normatives écologiques minimalistes". Notamment car ces bâtiments ont un coût plus important à la construction. "Mais cela va changer" assure-t-il.

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