Supermarchés : la colère d’une éleveuse contre des côtes de bœuf à 9,50 euros le kilo

Supermarchés : la colère d’une éleveuse contre des côtes de bœuf à 9,50 euros le kilo

ALIMENTATION - Le prix bas de côtes de bœuf en grandes surfaces a été épinglé par une jeune agricultrice cette semaine. Des enseignes expliquent avoir bradé ces morceaux de viande pour écouler les stocks initialement destinés aux restaurateurs.

Un seul tweet a suffi pour mettre le feu aux poudres. Il y a quelques jours, l'agricultrice de 29 ans Anne-Cécile Suzanne interpelle le groupe Carrefour sur les prix cassés pratiqués sur les côtes de bœuf. L'enseigne les vend à 9 euros le kilo au lieu de 22 euros en moyenne, soit un prix trois fois inférieur à la normale. "Je soigne mes animaux tranquillou en ce dimanche matin. Et j'entends d'un coup à la radio" la promotion de Carrefour, écrit-elle "scandalisée".

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Selon l'éleveuse normande, cette offre exceptionnelle est la démonstration que le marché bovin ne fonctionne pas. "Il faut que l'agriculteur et l'ensemble de la filière puissent être rémunérés, regrette-t-elle. J'estime que le consommateur doit acheter la viande en moyenne autour de 16 euros le kilo. Derrière un kilo de viande, il y a toute une vie. Et quand on rémunère aussi peu cher, ça paraît dégoutant."

La jeune femme vend ce type de viande à 3,85 euros le kilo contre 4,15 euros avant le Covid. Comme l'illustre l'infographie ci-dessous, s'ajoutent les coûts d'abattage, de découpe, de transport, de vétérinaire, et encore de mise en rayon, pour un coût final bien plus élevé afin que toute la filière bovine perçoive une rémunération correcte. 

La fermeture des restaurants en raison de la crise du Covid-19 depuis fin octobre participe à la dépréciation des prix de la viande en supermarchés. "On est dans une situation où la filière n'arrive pas à écouler le produit", explique François Vincent, le directeur marchandise alimentaire Carrefour. Les promotions sont donc inévitables, "sinon, il (le morceau de viande, ndlr) est perdu. Nous, on ne va bien évidemment pas faire de marge là-dessus. L'objectif, c'est de pouvoir écouler." L'offre proposée dans les magasins Carrefour, mais aussi Système U, Leclerc et Cora, a duré quelques jours. Elle était donc "ponctuelle", affirme-t-il.

Nouveau prix-repère pour les consommateurs

Pratiquer des prix bas régulièrement pourrait ainsi avoir des conséquences dramatiques sur la filière bovine. "Dès lors que vous cassez des seuils de prix (10 euros pour une côte de bœuf, ndlr), vous créez un nouveau prix-repère avec le risque que le consommateur s'y habitue", prévient l'expert en grande consommation Olivier Dauvers.

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De plus, les clients sont tiraillés par un "paradoxe intime". À la fois, ils aspirent à rendre la vie des paysans meilleure par le biais d'achats responsables en magasins. Mais quand ils se retrouvent dans les rayons, "une grande part d'entre eux vont se laisser tenter" par les promotions ou d'autres produits, souligne le spécialiste. "C'est toute l'ambivalence entre le consommateur et le citoyen. C'est le même individu, mais il y a deux casquettes derrière." 

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