Chasse à courre : achever un animal à coups d'épieu est-il légal ?

Lors des chasses à courre, il est fréquent que la mise à mort de l'animal de déroule sur un plan d'eau où il s'est réfugié.

POLÉMIQUE - Les images d'une chasse s'achevant sur un étang de la forêt de Rambouillet a suscité des réactions virulentes. Si la méthode de mise à mort du cerf, tué par des coups d'épieu, peut choquer, elle n'en demeure par moins légale et encadrée.

Des associations de défense des animaux se sont indignées ces derniers jours sur Facebook, partageant à leurs abonnés les images d'un enregistrement vidéo réalisé dans la forêt de Rambouillet. On y observe deux hommes sur un petit canot s'approcher d'un cerf à l'agonie à l'issue d'une chasse à courre. "Après des heures de traque, le cerf est attrapé, transpercé par 3 coups d'épieu et finit par être noyé dans des douleurs qu'on ne peut imaginer", relate le message qui accompagne la séquence. 

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La mise à mort filmée de l'animal a choqué des internautes, qui ont relayé massivement ces images. Les associations indiquent que la scène s'est déroulé en ce début janvier sur "les étangs de Hollande", dans les Yvelines. Les chasseurs à courre du "Rallye Bonnelles" sont directement visés. Si la scène surprend les non-initiés et peut interpeller par sa violence, elle n'en demeure pas moins légale. Dans cette forme de chasse, très encadrée, l'usage d'un épieu, autrement qualifié de "lance" par les participants est courant.

Une issue courante dans les chasses à courre

Devenu l'Office français de la biodiversité le 1er janvier 2020, l'Office national de la chasse et de la faune sauvage (ONCFS) a longtemps supervisé la chasse en France. Et présentait sur son site les règles encadrant l'usage "d’une arme blanche et de l’épieu à la chasse". L'ONCFS écrit que "la chasse à l’épieu comme celle avec une dague ne sont pas autorisées en tant que telles en France", mais que leur usage n'est pas interdit en tant que tel. Il est possible d'en user "uniquement pour la mise à mort d’un animal aux abois ou mortellement blessé par un tir réussi". En soi, la chasse à l'épieu n'existe donc pas, mais son usage s'inscrit dans d'autres formes de chasse.

LCI s'est fait confirmer que les images relayées par les associations ont bien été tournées en forêt de Rambouillet il y a quelques jours. Les chasseurs présents à l'image font partie du Rallye Bonnelles, comme l'indique Antoine Gallon, porte-parole de la société de vénerie. Cette association rassemble les 390 "équipages de France" pratiquant la chasse à courre, répartis dans 70 départements. Et représentant environ 100.000 personnes.

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"Depuis plus de 100 ans, un équipage chasse à courre" dans cette forêt de Rambouillet, explique-t-il, et "celui-ci chasse uniquement le cerf". Il décrit cette pratique comme "la confrontation entre les chiens et le cerf", une longue poursuite sur les traces de l'animal. Ce dernier "use de multiples ruses pour échapper à ses poursuivant et parvient trois fois sur quatre à s'échapper".  Lorsque l'équipage parvient à ses fins, l'animal "a deux sorties possibles", indique Antoine Gallon : "s'il cesse sa course et fait face aux chiens, il appartient au chasseur de tuer l'animal". L'autre "sortie" consiste pour le cerf à "se mettre à l'eau".

Dans ce cas de figure, "les chasseurs montent alors dans une barque, se portent à lui pour le tuer. Au plus près, car ce n'est pas une chasse à tir". Cela est donc réalisé "à bout touchant ou à bout portant", avec un épieu (une lance disent les chasseurs), ou une dague de vénerie. Pourquoi ne pas utiliser un fusil pour achever plus rapidement l'animal ? Car lorsqu'il est dans l'eau, il s'avère délicat de viser depuis une barque. Quand l'animal est sur la terre ferme, l'utilisation d'une arme blanche est quant à elle privilégiée afin d'éviter de blesser les chiens et les hommes à proximité du cerf ou du sanglier. 

L'objet de débats houleux

Potentiellement choquante pour des non-initiés, cette technique de mise à mort, commune dans la chasse à courre fait partie des aspects qui sont brandis par les associations de défense des animaux. Des militants qui espèrent que la législation actuellement en vigueur soit étendue. En effet, les "sévices graves et actes de cruauté" envers les animaux ne sont aujourd'hui punissables que s'il s'agit d'animaux domestiques ou en captivité, dans des zoos en particulier. Ceux qui évoluent en liberté dans la nature ne sont pas concernés

Quand les chasseurs à courre invoquent les "besoins de régulation", et la perpétuation de traditions "millénaires", leurs opposants dénoncent des pratiques barbares. Le naturaliste et militant Pierre Rigaux a très récemment dévoilé d'autres images, tournées dans le cadre d'une chasse à courre au sanglier. Un animal est montré violemment mordu par des chiens tandis qu'un autre est achevé à coups d'épieux, agonisant. 

"J’ai regardé la vidéo, on voit à chaque fois un animal qui est blessé", a réagi sur France Inter Willy Schraen, président de la Fédération nationale des chasseurs. "Ce n’est pas parce qu’il est encore sur ses quatre pattes qu’il n’est pas mortellement blessé. On voit que ce sont des animaux qui ont eu une blessure par balle. Rassurons-nous, la plupart sont tués net par la balle mais il y a un pourcentage faible d’animaux où il faut intervenir."

Dans les forêts, les heurts sont fréquents entre chasseurs et militants associatifs, qui réclament la cessation de cette pratique ancestrale. Ils s'appuient notamment sur des enquêtes d'opinion réalisées à leur initiative ces dernières années par l'institut Ifop. Ce dernier avait chaque fois conclu que 4 Français sur 5 se montraient hostiles à la chasse à courre et souhaitaient son interdiction. Une mesure que les autorités ont systématiquement écarté. 

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