Explosion des demandes d'aide alimentaire : "Des conséquences pires que celles de la crise de 2008"

Explosion des demandes d'aide alimentaire : "Des conséquences pires que celles de la crise de 2008"

URGENCE - Selon une enquête réalisée par Action contre la faim, Agir pour la santé des femmes et la Fondation de l’Armée du Salut sur un site de distribution alimentaire à Paris, 50% des bénéficiaires interrogés n’avaient pas recours à l’aide alimentaire avant la crise du Covid-19. "La crise sanitaire est une bombe à retardement sociale", s'alarme Hélène Quéau, directrice de la mission France chez ACF.

La pauvreté va-t-elle exploser en France ? Une chose est sûre, la crise sanitaire et économique a mis sous tension les associations d'aide alimentaire, qui accompagnent cinq millions de personnes en France. Voyez plutôt : +10% d'inscrits pour la campagne d'hiver des Restos du cœur, de 10 à 15% d'ayants-droit supplémentaires à la Croix Rouge, entre 20 et 25% de nouveaux bénéficiaires pour la Fédération des banques alimentaires... "En parallèle de la hausse des bénéficiaires, nos stocks ont baissé en volume de 22%", s'inquiète par ailleurs Claude Baland, le président de la Fédération des banques alimentaires qui irrigue 5.400 associations dans toute la France en denrées alimentaires, et 400 de plus depuis le premier confinement. 

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Cette situation est d'autant plus alarmante que tout le monde anticipe une longue crise sociale. Car, fait notable, toutes ces associations doivent désormais faire face à des profils nouveaux, comme le montre l'enquête menée en septembre et octobre par Action contre la faim (ACF), Agir pour la santé des femmes et la Fondation de l’Armée du Salut, auprès de 179 bénéficiaires d’une distribution quotidienne de panier-repas dans le quartier de Barbès, dans le 18e arrondissement de Paris (41% de femmes et 59% d’hommes). Ainsi, avant l’arrivée du Covid-19 en France, la moitié des répondants n’avaient pas recours à l’aide alimentaire. Et parmi ces personnes, un tiers vit dans son propre logement.

"On anticipe des conséquences pires que celles de la crise de 2008", prévient Hélène Quéau, la directrice de la mission France chez ACF que nous avons interrogée...

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Est-ce que ce chiffre de 50% de nouveaux bénéficiaires confirme le ressenti que vous avez sur le terrain ?

Hélène Quéau - Ces données confirment une explosion de la fréquentation chez tous les acteurs de l’aide alimentaire, comme l'indiquent les chiffres nationaux. Cela peut être variable selon les zones, mais clairement, à Paris, en Seine-Saint-Denis, et à Marseille, on est autour de ces chiffres-là. Ils sont d'autant plus effrayants que dans un autre contexte, on parlerait de crise humanitaire. Parmi ce nouveau public, on a désormais des autoentrepreneurs et des artisans qui se retrouvent sans activité et avec des dettes énormes. Mais aussi beaucoup d'étudiants et de retraités. Et de plus en plus de familles avec enfants, souvent en chômage partiel, qui n'y arrivent plus.

Depuis le début de l’épidémie, la dépense moyenne dédiée à la nourriture par semaine a baissé de 12 euros- Hélène Quéau, directrice de la mission France chez ACF

Autre donnée significative, avant le début de la crise, les bénéficiaires du dispositif de Barbès dépensaient en moyenne 39,3 euros par semaine pour se nourrir. Depuis le début de l’épidémie, la dépense moyenne dédiée à la nourriture par semaine est passée à 27,7 euros, soit une perte de près de 12 euros. 29% des bénéficiaires ne dépensent plus d’argent pour se nourrir et 25% dépensent moins de 20 euros chaque semaine dans l’alimentaire. Ces chiffres démontrent une nette dégradation de la situation économique des personnes due à la crise sanitaire, les dépenses alimentaires étant la variable d’ajustement pour les ménages français.

Par ailleurs, en dehors du secteur alimentaire, l’enquête démontre aussi que les bénéficiaires du dispositif ont d’autres besoins non couverts, à savoir un logement (28%), des vêtements (8%) et/ou un emploi. Il a également été noté des besoins en termes d’aide financière pour divers motifs, dont le paiement du loyer par exemple.

Une "urgence" qui va durer

Cette enquête a été finalisée juste avant le nouveau confinement de novembre, craignez-vous que la situation soit encore plus critique depuis ce reconfinement ?

Je pense qu'une partie de la population qui fréquente nos sites, comprenant des personnes à la rue, des personnes âgées vivant seules, des femmes avec enfants et des travailleurs pauvres, est désormais considérée en "insécurité alimentaire sévère". Il est par exemple dit clairement que lors du confinement, les personnes ont la capacité de se déplacer vers des lieux d'aide alimentaire. Pour autant, il faut que ce soit su par tout le monde, ce qui n'est pas forcément le cas de la population étrangère. On parle aussi d'un million d'emplois perdus sur toute l'Ile-de-France : et bien, l'impact, on le voit clairement dans les sites de distribution alimentaire. 

Cette crise sanitaire est une bombe à retardement sociale, car c'est une urgence qui va durer dans le temps. Je crains même que nous n'en soyons qu'au début. Du coup, les aides ponctuelles ne suffiront pas, il va falloir aller au-delà, et avoir différentes modalités de réponses. On sait, par exemple, qu'il y a beaucoup de jeunes entre 18 et 24 ans qui vont se retrouver sans recours. Ainsi, les chèques Ticket Service, qui ont été distribués de manière assez large pendant la crise, vont devoir être pérennisés. Il y a aussi un enjeu sur les minimas sociaux qu'il va bien falloir augmenter. Car cette distribution de paniers repas froid est peut-être adaptée à un public à la rue, mais elle ne le sera pas pour ces nouveaux demandeurs. Il va donc falloir aussi prévoir un accompagnement social.

Autre chiffre frappant, 44% des personnes interrogées disent n'avoir pris qu'un repas par jour, c'est là-aussi un signal qui a de quoi effrayer ?

32% des répondants disent que le nombre de repas moyen qu’ils prenaient avant la crise était supérieur au nombre de repas pris actuellement. Et effectivement, 44% d'entre eux affirment n’avoir pris qu’un seul repas le jour précédant l’enquête. Et a priori ce repas doit être celui de la distribution alimentaire ! Il constitue d'ailleurs plus un en-cas qu'un vrai repas, car il est censé être un coup de pouce et n'a pas vocation à remplir l'entièreté des besoins. On note également que 23% des enfants ont été contraints de réduire leur consommation alimentaire en raison de la crise.

Pour nous, il y a aussi un autre indicateur d'insécurité, 87% des répondants ont eu recours à ce qu'on appelle "une stratégie négative d’adaptation". Soit ils ont eu recours à des aliments moins chers et moins appréciés : au moins une fois pour 64% des répondants ; où ils ont supprimé de leurs achats certains produits : pour 61% des répondants (généralement les produits abandonnés par faute de moyens sont les protéines animales, les fruits et légumes) ; ou bien ils ont réduit les portions dans l’assiette : 42% ont eu recours à cette stratégie sur deux jours ou plus par semaine. Enfin, afin de privilégier les repas des enfants, la quasi-totalité des femmes questionnées ont expliqué avoir réduit la consommation des adultes.

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