"Tout est allé très vite" : ex-alcoolique, Carole raconte sa descente aux enfers et sa guérison

"Tout est allé très vite" : ex-alcoolique, Carole raconte sa descente aux enfers et sa guérison

TÉMOIGNAGE - Fondatrice du groupe Facebook "Alcool au féminin", Carole Gazon vient en aide à celles qui, comme elles, ont sombré. Elle s'est confiée à Audrey Crespo-Mara dans "Sept à Huit" sur cette addiction qui l'a menée à la rue, et son long chemin vers la guérison.

La vie de Carole Gazon a basculé il y a plus de dix ans. Avant, elle n’avait jamais eu de problème avec l’alcool, mais tout s'effondre un soir quand son ex-mari, le père de ses deux filles âgées de 10 et 12, lui annonce au téléphone qu'il ne reviendra pas. Assise seule devant ce dîner aux chandelles qu'elle lui a préparé, abasourdie, elle engloutit la bouteille de vin et de champagne pour glaner un peu de force afin de lui écrire quelques mots sur l'ordinateur. 

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"C'est comme ça que tout a commencé", lance-t-elle. "Et ensuite, c'est l'engrenage, car tout est allé très vite en fin de compte. Au début, je me cachais devant les filles pour qu'elles ne me voient pas et après, je cachais mes bouteilles pour pas qu'elles ne les voient non plus. Plus ça allait, plus j'avais besoin de boire en rentrant du travail ; il me fallait de l'alcool de plus en plus tôt", se souvient-elle.

Une pulsion irrépressible

Carole commence par boire du bon vin, mais très vite, elle ingurgite tout ce qui lui tombe sous la main. "De la piquette ou des bricks de vin, tout ce que vous pouvez trouver. Et puis j'avais l'alcool festif aussi. Je me suis mise à beaucoup sortir pour oublier et être dans un tourbillon. J'avais besoin de cet alcool médicament", explique-t-elle, précisant que cette envie est rapidement devenue quotidienne, passant "d'un verre, puis deux, à la bouteille entière". Ce besoin est vécu par Carole comme une pulsion irrépressible, "qui vous prend dans tout le corps, la tête", dit-elle. 

Et très vite, aussi, tous les signes de la dépendance sont là. "Les tremblements le matin, être sur les nerfs, on ne pense plus qu'à avoir sa dose d'alcool pour enivrer encore plus le cerveau", analyse-t-elle. Résultat, la jeune femme ne se reconnaît plus. "Je ne suis plus la maman que je suis d'habitude, à jouer, à faire les devoirs, on laisse tout tomber", admet-elle.

Le plus terrible, c'est le jour où Carole tombe sur le journal intime d'une de ses filles, elle y lit : "Maman sent l'alcool, je ne le supporte plus". Mais cet électrochoc n'aura pas l'effet escompté. Bien au contraire. "Ça m'a tellement bouleversée que je me suis mise à boire encore plus. J'ai été une mère indigne ; elles ont beaucoup souffert de cette période-là", reconnaît-elle. Même constat d'échec au travail. Devenue première femme manager d'une société pharmaceutique, Carole subit la pression liée à son poste et se rassure grâce à l'alcool. "On était en open-space et j'avais ma bouteille dans mon sac donc j'allais très souvent aux toilettes pour boire. Du coup, je n'étais plus aussi performante qu'avant et j'ai perdu mon emploi", raconte-t-elle.

Sans mes filles, je me suis enivrée encore plus et un soir mes voisins m'ont vu enjamber le balcon et ont appelé les pompiers qui m'ont rattrapé in extremis.- Carole

Engloutie dans cette spirale infernale, Carole ne gère plus rien et finit par confier ses filles à leur père. "Leurs résultats scolaires étaient en baisse, je ne pouvais plus rien faire. Et là, j'ai baissé les bras", dit-elle. Une déchirure telle qu'elle l'habite encore aujourd'hui. Et surtout le début de sa descente aux enfers. "Sans mes filles, je me suis enivrée encore plus et un soir mes voisins m'ont vu enjamber le balcon et ont appelé les pompiers qui m'ont rattrapé in extremis. Je ne les avais même pas entendu rentrer et fracasser la porte. Je voulais vraiment en finir", poursuit-elle. 

Très fortement endettée en raison de multiples crédits à la consommation de plus de 77.000 euros, Carole ne paye plus son loyer,  ni ses factures. Et deux ans après ses premiers verres, la jeune femme se retrouve à la rue, sans abri. "Ça a été une période très noire de ma vie, car vous ne pouvez même pas faire appel à votre famille parce que vous ne savez plus quoi répondre tellement vous avez honte", dit-elle. Sans plus aucun contact, Carole finit par basculer dans la folie. "J'avais des bouffées délirantes, des hallucinations visuelles et auditives, je voyais des monstres partout", égrène-t-elle. 

Les crises s'enchaînent et l'une d'elle, plus forte que les autres, la conduit aux urgences psychiatriques. Affaiblie, ne pesant plus que 35 kg, la jeune femme manque de passer l'arme à gauche. Prise en charge, les médecins découvrent que Carole est bipolaire. "Ce qui a expliqué tout le comportement excessif que j'avais eu, ainsi que la dépendance à l'alcool parce que ça en fait partie", explique-t-elle. Contrainte de suivre un traitement assez lourd, Carole reprend vie peu à peu. 

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Cela fait maintenant dix ans qu'elle a arrêté de boire. "C'est la fin d'un cauchemar tout en sachant qu'on reste avec une épée de Damoclès sur la tête. Comme ma bipolarité est stabilisée, je n'ai plus de souci avec ça. En revanche, je ne vais pas reprendre un verre de vin, car vous pouvez rechuter très vite. Il faut être clair et droit dans ses bottes", lâche-t-elle. La jeune femme a désormais un ultime combat : renouer avec ses filles. "J'essaye de les contacter, ça ne marche pas. Je leur ai laissé un tel souvenir qu'elles n'ont pas forcément envie de me rencontrer. Elles n'ont pas supporté du tout cette période et c'est normal, alors maintenant, je les attends. Elles savent que la porte est ouverte"

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