Des retraités condamnés à reboucher leur mare... à cause de grenouilles trop bruyantes

Des retraités condamnés à reboucher leur mare... à cause de grenouilles trop bruyantes

CARNET DE CAMPAGNE - La justice vient de sommer les propriétaires d’une mare dont les locataires sont jugés trop bruyants. Une association de protection de la nature s’est pourvue en cassation afin d'empêcher la destruction de l’habitat des batraciens.

En Dordogne, dans la petite commune de Grignols, un conflit kafkaïen oppose depuis bientôt dix ans les Pécheras à leurs voisins. L'objet de la discorde ? Une mare dans laquelle des grenouilles chantent une partie de la nuit, notamment au Printemps, au moment de la saison des amours. Incommodés par le tapage nocturne des batraciens et leurs coassements incessants, les Malfiones, venus s’installer dans la maison mitoyenne, avaient porté l’affaire en justice, en déposant une plainte pour "trouble anormal du voisinage" en 2012.  

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Après moult rebondissements, le 17 décembre 2019, la cour d'appel de Bordeaux, avait finalement condamné le couple d’agriculteurs retraités à reboucher leur mare mais sans injonction préalable de déplacer les grenouilles, en dépit de leur statut d’espèces protégées. Une condamnation accompagnée d’une astreinte de 150 euros par jour. Les Pécheras avaient alors saisi la Cour de cassation mais le couple avait été débouté. Sans se soucier du devenir des grenouilles. Porter atteinte à des espèces protégées constitue pourtant une infraction au Code de l'environnement, passible de deux ans de prison et 150.000 euros d'amende. 

30.000 euros de frais de justice engagés et 13.000 euros à verser aux voisins

"On a arrangé cette mare, on l’a réhabilitée. La loi sur l’eau dit qu’il faut le faire, le gouvernement dit que la planète est en grand danger et qu’il faut faire des zones humides. Nous on le fait, et on est condamné", déploraient déjà à l'époque dans un reportage de TF1 Annie et Michel Pécheras. 

En décembre 2020, le juge de l'exécution des peines leur a donné 90 jours pour vider la mare, sous peine de devoir à nouveau s'acquitter de 150 euros d'astreinte par jour. Intenable pour ce couple d'agriculteurs retraités, dont la note s'élève déjà, après neuf ans de procédure judiciaire, à plus de 30.000 euros de frais engagés. En outre, les époux Pécheras ont été condamnés à verser 13.000 euros à leurs voisins.

La campagne reste un lieu de vie des espèces en tout genre. Les citadins arrivent et veulent les chasser- Valentin Coupri, initiateur d'une pétition en soutien aux Pécheras

Des associations de défense de l’environnement, alertées par le couple de retraités, se sont elles aussi penchées sur le dossier. À l'instar de Cistude nature, qui a réalisé des prélèvements sur le site et a trouvé, parmi les batraciens menacés, cinq espèces protégées, dont deux au niveau européen. De quoi permettre, soutient-elle, de casser le jugement. Suite à la décision du tribunal de Bordeaux, l'association de protection de la nature Sepanso, qui suit également le dossier, a saisi à son tour la Cour de cassation. Pour essayer cette fois de défendre devant la plus haute juridiction française l'utilité de la mare, en tant que zone humide, et lieu de reproduction d'espèces protégées. Une décision doit être rendue fin janvier dans cette affaire, devenue le symbole d’une ruralité à défendre. 

Car, en l'occurrence, l'affaire des Pécheras dépasse de loin les frontières du département de la Dordogne, comme en témoigne une pétition en ligne, lancée en 2016 pour les soutenir dans leur combat et qui cumule à ce jour 165.000 signatures. "J'ai grandi à la campagne, et de plus en plus on voit ce type d'histoires, qui paraissent totalement improbables mais que la justice cautionne. La campagne, ça reste un cadre naturel, un lieu de vie des espèces en tout genre. Les citadins arrivent et veulent les chasser", expliquait alors à LCI Valentin Coupri, l’initiateur de la pétition intitulée "Froggate, Soutien aux époux Pecheras : pour que nos campagnes ne deviennent pas des villes".

Ces dernières années, plusieurs procès atypiques mettant en cause les nuisances sonores des animaux de la campagne ont fait la Une de l'actualité. Le plus emblématique reste celui du coq Maurice, sur l’île d’Oléron, qui s’était invité dans les pages du New York Times en juin 2019. Accusé de pousser des cocoricos trop dérangeants, le gallinacé, est devenu le symbole d’une cohabitation tendue dans les campagnes françaises. La justice avait finalement donné raison à sa propriétaire. Un an plus tôt, le tribunal d’instance de Guebwiller, dans le Bas-Rhin, avait, lui, relaxé Sésame, un cheval de trait appartenant à des viticulteurs  dont l'odeur du crottin avait poussé des voisins à déposer plainte. Le juge avait alors estimé que la présence d’un cheval n’avait rien d’anormal dans un tel environnement. Ce qui ne les a pas dissuadés de faire appel.

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