Féminisation des noms de rue : où en sont les municipalités ?

Lorsqu'une rue porte le nom d'un personnage célèbre, il s'agit presque systématiquement d'un homme. Où sont les femmes ? De plus en plus de municipalités essaient de rétablir une forme d'équilibre.

PARITÉ - Lorsqu'une rue porte le nom d'un personnage célèbre, la préférence est presque toujours donnée à un homme. De plus en plus de municipalités essayent toutefois de rétablir l'équilibre, ce qui n'est pas toujours facile.

Quand vous vous promenez en ville, levez-vous les yeux pour prêter attention aux noms des rues ? Les passants qui le font sont sans doute frappés par le nombre écrasant d'entre elles portant le nom d'un homme. En effet, à y regarder de plus près, il faut savoir qu'en France à peine 5% des rues et 2% des boulevards et autres avenues sont baptisés du nom d'une femme. 

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À Lille, par exemple, il y a plus de 1100 rues et seulement 35 ont un nom de femme. Dont la rue Jeanne d'Arc, où le JT de TF1 s'est notamment rendu pour son reportage visible en tête d'article. Il faut dire que c'est le nom de personnage féminin le plus attribué dans l'Hexagone. 

Pour certains, les raisons sont seulement historiques, toutefois la ville nordiste entend bien combler son retard et faire de ce dossier une priorité. "Nous avons engagé une politique volontariste depuis plusieurs années pour la féminisation de l'espace public. Ainsi, tout un nouveau quartier, le Bois-Habité, est doté exclusivement de noms féminins", explique Charlotte Brun, adjointe à la mairie.

Nantes et Paris sortent du lot

Mais la commune la plus active en la matière depuis cinq ans, c'est Nantes. Ici 70% des nouveaux noms de rue sont ceux de femmes illustres, davantage que lors des deux derniers siècles. "Il me semble important de reconnaître que les femmes ont participé à la société", estime une habitante. Ces dénominations ont été sélectionnées dans une liste de 38 personnalités choisies par les Nantais. On y trouve par exemple les allées Joséphine Baker et Frida Kahlo. "La démarche est encore longue, il y a beaucoup de chemin à parcourir pour arriver à une parité des noms de rue", reconnaît toutefois l'élu Olivier Chateau, délégué au patrimoine.

Même combat dans la capitale où depuis 2014, la proportion de voies parisiennes portant le nom d'une femme a doublé, atteignant 12% aujourd'hui. 125 hommages ont ainsi été rendus à des femmes de tous horizons : Simone Veil (8e), Jacqueline de Romilly (5e), Olga Bancic (11e), Clarissa Jean-Philippe (14e), Simone Iff (12e), Yvette Chauviré (15e), Rose Valland (17e), Jeanne Moreau (19e), ou encore le sergent Aurélie Salel (20e).

Dax et Concarneau à la lutte

La ville de Dax dans les Landes souhaite aussi "œuvrer à la féminisation des noms de rue", comme l'a dit Alexi Arras, adjoint à l'urbanisme de la ville lors du dernier conseil municipal de mai. Trois nouveaux noms de rue viennent donc d'être attribués à des femmes, notamment pour un lotissement en construction à l'Ouest du centre-ville. Il faut dire que le retard pris par cette municipalité est immense. Sur les 400 rues que compte la cité thermale, seules 3% portent des noms de femmes contre 35% des noms d'homme.

Pour autant, pourrait-on aller jusqu'à débaptiser des rues portant un nom d'homme pour y mettre un nom de femme ? C'est ce qu'a fait la ville de Concarneau dans le Finistère. La rue Jean-Jacques Rousseau est ainsi devenue la Nouvelle Héloïse. Mais pour Thierry Le Corre, adjoint à la mairie, en charge du cadre de vie et de l'urbanisme, pas question de débaptiser trop de rues masculines. Il propose une autre solution : "Vous pouvez baptiser les rues avec des noms d'arbres, de fleurs, de bateaux. Cela ne porterait pas à conséquence", dit-il.

Débaptiser des noms de rue n'est donc pas la solution privilégiée par les villes qui misent plutôt sur les nouveaux quartiers pour accroître la visibilité des femmes dans l'espace public. 

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